Malgré le ralentissement généralisé de l'économie occidentale, le Québec parvient jusqu'à maintenant à se garder à flot, un peu mieux même que l'ensemble du Canada.

Rudy Le Cours

Malgré le ralentissement généralisé de l'économie occidentale, le Québec parvient jusqu'à maintenant à se garder à flot, un peu mieux même que l'ensemble du Canada.

Au deuxième trimestre, son économie a connu une croissance réelle de 0,9% en chiffres annualisés, contre 0,3% en moyenne d'un océan à l'autre.

Les données publiées hier par l'Institut de la statistique du Québec montrent aussi une importante révision des résultats du premier trimestre. D'un recul de 0,8%, comparable à celui du Canada, on se retrouve désormais avec une croissance zéro. Bref, on croyait s'être enfoncé un pied dans la récession durant l'hiver alors que seul le gros orteil l'aura effleurée.

Depuis le début de l'année, l'économie du Québec avance comme un escargot, certes, mais progresse tout de même. Autre donnée encourageante, en juin, la production de biens et de services a avancé de 0,2%, alors qu'elle avait reculé de 0,5% en mai. Autrement dit, le Québec a entamé le troisième trimestre avec un modeste élan.

L'avancée demeure si timide toutefois qu'il paraît plus adéquat de parler de quasi-stagnation que de croissance franche. «L'économie du Québec reste fragile et plusieurs indicateurs pointent dans cette direction, prévient Hélène Bégin, économiste senior chez Desjardins. La détérioration du marché du travail et la chute de confiance des ménages indiquent que le pire n'est peut-être pas derrière nous.»

«Il n'y a pas beaucoup de perspectives de rebondissement tangible au cours des prochains trimestres», renchérit Marc Pinsonneault, économiste principal à la Financière Banque Nationale.

En août, le Québec comptait quelque 25 000 emplois de moins qu'en début d'année.

Le secteur manufacturier a reculé pour le quatrième trimestre d'affilée au printemps, tandis que l'économie américaine se détériore à vue d'oeil, depuis le début de l'été. Il faut noter cependant que la valeur des livraisons en usines a augmenté en juillet.

Moins fringants que durant l'hiver, les consommateurs québécois ont néanmoins continué de dépenser d'avril à juin, malgré la flambée des prix à la pompe. En termes réels, leurs achats de biens et de services ont progressé de 2,8%, soit davantage que dans l'ensemble du pays. Aux États-Unis où un plan d'urgence de l'administration Bush a injecté 85 milliards dans les revenus sous forme de rabais fiscal, la consommation a progressé de 1,2% seulement.

La grande différence entre les consommateurs québécois d'une part, les canadiens et les américains d'autre part, réside sans doute dans la vitalité du marché immobilier. Chez nous, aucune des six régions métropolitaines n'a encaissé de baisses du prix des propriétés.

Bref, l'effet richesse associé à la valeur d'une maison continue. «C'est un atout pour l'économie du Québec et surtout un risque en moins pour les consommateurs», souligne Mme Bégin.

Après l'hiver enneigé que nous avons connu, l'activité avait repris au printemps dans la construction résidentielle. Le nombre de mises en chantier a toutefois diminué durant juillet et août.

Ce qui paraît constant cependant, ce sont les dépenses gouvernementales en infrastructures engagées par le gouvernement Charest. Revues fortement à la hausse pour le premier trimestre, les dépenses publiques ont continué de progresser.

Les automobilistes qui sillonnent les routes de la Belle Province ont vu les chantiers pousser comme des champignons: ici la réfection d'une chaussée, là le remplacement d'un viaduc. «Ça va vite quand c'est pour les routes, explique en entrevue Mme Bégin. Il y a peu de bureaucratie et on octroie les contrats.»

Les entreprises n'ont pas maintenu la même cadence cependant même si leurs bénéfices ont progressé de 6,8% avant impôts. Il s'agit, selon l'Institut, de la hausse la plus forte en quatre ans. «Les investissements des entreprises en machines et en matériel ont un peu baissé, concède M. Pinsonneault, mais sont restés à un niveau historique élevé en proportion du PIB réel.»

Depuis le début de l'année, c'est le commerce extérieur et non la demande intérieure qui mine la croissance. Tant dans ses échanges avec les autres pays qu'avec les autres provinces, le Québec achète davantage qu'il ne vend.

L'an dernier, il a ainsi enregistré un déficit de 18,2 milliards en dollars constants. Sur une base annualisée, ce déficit s'était creusé jusqu'à 25,6 milliards ce printemps, retranchant du coup 5% à la croissance. Mince consolation, les exportations réelles internationales ont rebondi en juillet, nous apprenait l'ISQ plus tôt cette semaine.

Toutefois, le Québec a creusé aussi sont déficit commercial avec les autres provinces au printemps. On ne saura pas avant le Temps des Fêtes si ce fossé s'est approfondi durant l'été.

Exprimée en dollars constants, la taille de l'économie du Québec s'élevait à 268,6 milliards en juin et équivalait au cinquième de la canadienne.