Après six ans, Philippe De Montigny en avait assez de pratiquer le droit dans un grand bureau de Montréal. Il ne voulait plus préparer les contrats. Il voulait les signer lui-même.

Vincent Brousseau-Pouliot

Après six ans, Philippe De Montigny en avait assez de pratiquer le droit dans un grand bureau de Montréal. Il ne voulait plus préparer les contrats. Il voulait les signer lui-même.

Aux grands maux les grands moyens. En septembre 2005, l'avocat de 30 ans est retourné sur les bancs d'école, à l'Université Dartmouth. Son objectif : préparer sa nouvelle carrière dans le monde des affaires internationales.

Cette expérience lui ouvrira des portes qui lui étaient inaccessibles avant son arrivée au New Hampshire . Mais la clé — un MBA de deux ans — lui coûtera environ 110 000 $US.

À quelques mois de l'obtention de son diplôme, il ne regrette pas sa décision. Loin de là. «La loyauté du réseau d'anciens à Dartmouth est incroyable, dit-il. Quand tu envoies un CV à un ancien, tu es certain d'avoir un retour d'appel dès le lendemain. Avoir un réseau, ça aide dans la recherche d'emploi. Le sentiment d'appartenance des anciens est remarquable. Ça doit être qu'ils ont aimé leur séjour à Dartmouth.»

L'avocat, qui se spécialisait en fusions et acquisitions chez Stikeman Elliott, sait de quoi il parle. L'été dernier, après sa première année d'études, il a travaillé à Boston au sein d'une firme de gestion d'énergie fondée par deux anciens du MBA de Dartmouth. Il songe y retourner après l'obtention de son diplôme en juin.

L'Université Dartmouth est membre du club-sélect des Ivy Leagues, au même titre que Harvard et Yale. Son École de gestion a inventé l'ancêtre du MBA en 1900. Dans la vie, le prestige n'est jamais gratuit. La facture salée n'empêche toutefois pas les étudiants de dormir la nuit.

«Ce n'est pas un risque énorme, fait valoir Philippe De Montigny. Environ 95% des étudiants ont un emploi à la fin du programme. Et les autres ont eu plusieurs offres intéressantes. Ils attendent simplement la bonne.»

Selon le doyen de l'École de gestion de l'Université Dartmouth, le salaire annuel moyen d'un détenteur de leur MBA est de 155 000 $US ... à sa première année sur le marché du travail.

«C'est un mythe que nos frais de scolarité sont trop élevés, dit le doyen Paul Danos. Nos étudiants peuvent les rembourser facilement. N'importe qui répondant à nos critères académiques peut se l'offrir. C'est un investissement qui se finance tout seul. Surtout avec les salaires offerts présentement dans le secteur des affaires et de la finance.»

Plusieurs bourses d'études permettent aux étudiants d'alléger leur facture d'environ 20%. Pour l'excédent, l'École de gestion nommée en l'honneur d'Amos Tuck – un ami du président Lincoln et l'un des fondateurs du Parti républicain – a son propre programme de prêt.

«Les conditions et le taux d'intérêt sont très avantageux. Nous n'avons rien à rembourser dans les six mois après l'obtention de notre diplôme», dit Philippe De Montigny.

Comme plusieurs de ses collègues de classe, le Montréalais avait prévu le coup. «Dès le début de ma carrière d'avocat, j'ai su que voulais faire ce genre de programme, dit-il. J'ai donc mis entre 40 000 $ et 50 000 $ de côté.»

Le jeu en vaut la chandelle selon Forbes et The Economist, qui considèrent le MBA de Dartmouth comme l'un des meilleurs au monde. En 2006, The Economist l'a classé 2e au monde et Forbes, 11e aux États-Unis. Le MBA de HEC Montréal a pris le 10e rang de la liste d'excellence internationale de Forbes (excluant les États-Unis).

«Notre MBA est une porte d'entrée vers les emplois les mieux rémunérés du milieu financier, dit Paul Danos. C'est la clé afin de faire carrière dans la gestion internationale de haut niveau. Si vous voulez travailler à ce niveau, il faut entrer dans les meilleures écoles. L'aspect financier se réglera par lui-même après la fin des études.»

Une vingtaine de Canadiens, dont deux Québécois, étudient présentement à l'École de gestion de Dartmouth, qui compte 480 futurs gestionnaires provenant des quatre coins de la planète. « Nous tentons de faire un mélange intéressant, dit M. Danos. Nous ne voulons pas qu'un pays soit surreprésenté. Les Canadiens sont généralement d'excellents étudiants, notamment en raison de l'excellence de leur anglais. »

Crédits d'impôt : jusqu'à épuisement des stocks

Comme Philippe De Montigny, plusieurs Québécois font le pari d'un MBA dans une grande école de gestion américaine. Leur nouvel emploi – ou leur promotion – aide à payer la facture.

S'ils retournent au bercail après avoir encadré leur précieux diplôme, ils peuvent compter sur un petit coup de pouce des gouvernements. En effet, ils n'ont qu'à déduire une partie de leurs frais de scolarité, au même titre que les étudiants d'universités québécoises.

L'Agence de revenu du Canada permet de déduire 15% des frais de scolarité. Le crédit d'impôt fédéral est disponible jusqu'à épuisement des stocks. Revenu Québec est encore plus généreux : son crédit non remboursable est de 20%. Il ne comporte pas de plafond lui non plus.

À l'Université Dartmouth, les frais de scolarité sont d'environ 40 000 $US par année. Un total d'environ 90 000 $ CAN pour un MBA de deux ans. C'est donc dire qu'un étudiant épargnera 31 500 $ CAN (35% de  000 $CAN) en impôts à son retour au Québec. Des économies qui peuvent évidemment être étalées sur plusieurs années.