Au Mexique ces jours-ci, les autorités policières mènent un dur combat contre les trafiquants de deux produits qui se vendent à prix d'or: la drogue... et le maïs.

Richard Dupaul

Au Mexique ces jours-ci, les autorités policières mènent un dur combat contre les trafiquants de deux produits qui se vendent à prix d'or: la drogue... et le maïs.

Le phénomène n'est pas nouveau dans le cas de la drogue. Mais la flambée récente des prix du maïs – l'ingrédient de base de l'incontournable tortilla mexicaine - est le sujet de l'heure au pays des enchiladas.

Sur le marché mondial des denrées, le prix du maïs a presque doublé depuis un an, après une décennie de quasi-stagnation.

Dans cette foulée, les prix de la tortilla ont bondi de 50 à 400% dans certaines régions du Mexique. Si bien que cela a provoqué une manifestation monstre dans les rues de Mexico, mercredi dernier, la population exigeant l'intervention du gouvernement.

Le nouveau président mexicain, Felipe Calderon, a même déclaré la guerre aux caïds du maïs. Quiconque est pris à accumuler des stocks de cette céréale dorée, dans le but de faire grimper les prix, risque dix ans de prison. En plus, il a négocié un prix plafond temporaire avec les grossistes de tortillas.

Mais les prix demeurent élevés et ça rechigne dans les casa mexicaines. Aussi, des familles se tournent vers des substituts à la fine galette de maïs, dont les ventes diminuent. Un élément vital de la cuisine et de la culture locales est donc menacé.

Mais l'intervention du gouvernement dans la «crise de la tortilla» est davantage une tactique pour apaiser la grogne qu'une mesure efficace. Car les causes de cette crise se trouvent de l'autre côté de la rivière Rio Grande, qui délimite la frontière nord du Mexique.

Bush

Selon les analystes, les Mexicains doivent surtout blâmer le plan de George Bush de subventionner la production d'éthanol produit à partir du maïs. C'est depuis l'annonce de cette politique, l'an dernier, que les prix montent en flèche à la faveur de la forte demande anticipée des producteurs de carburants.

Et ce n'est pas fini. Avec le nouvel objectif de Washington visant à réduire les importations de pétrole et à favoriser les énergies non polluantes, il y a fort à parier que le maïs coûtera de plus en plus cher.

Sauver la planète a un prix. Or, la poussée des prix de cette céréale devrait préoccuper tout le monde, pas seulement les Mexicains.

Le maïs est utilisé dans la production de plusieurs marques de céréales que les Canadiens mangent au petit déjeuner, dont les fameuses Corn Flakes, de Kellogg.

On en trouve aussi dans les boissons gazeuses, les friandises et les autres aliments qui sont sucrés avec du sirop de maïs. Le coût du maïs a aussi une incidence sur le prix du jambon et divers produits du porc, nourri avec cette céréale dorée.

L'inflation

Bref, le maïs se retrouve sur nos tables quotidiennement. Et comme les aliments canalisent environ 18% de notre consommation courante, selon Statistique Canada, il est inévitable que l'envolée du marché du maïs aura un effet, tôt ou tard, sur l'inflation.

Selon le département des études économiques de Merrill Lynch, la flambée redoutée des prix des aliments pourrait même être un élément déclencheur d'une nouvelle poussée inflationniste dans un avenir pas très lointain.

Les investisseurs doivent aussi se méfier car l'inflation est leur pire ennemi. Une forte hausse des prix est généralement suivie d'une remontée des taux d'intérêt, ce qui mine le rendement de la Bourse. Aussi à Wall Street ces jours-ci, on prend très au sérieux le crise des tortillas...

Pour le moment, la valeur gonflée du maïs n'a pas provoqué une onde de choc sur le prix. Mais la semaine dernière, le géant américain Kellogg annonçait des profits en baisse à cause de l'augmentation des prix des céréales. Pour soutenir ses ventes, la multinationale a choisi de ne pas refiler entièrement la facture aux consommateurs.

Mais on peut se demander si Kellogg ou d'autres transformateurs alimentaires vont maintenir cette stratégie très longtemps.

Le drame que vivent des familles mexicaines ces jours-ci est un rappel que la lutte contre le réchauffement climatique ne se fera pas sans heurts.