Pour rester compétitives, les entreprises canadiennes devront tirer davantage parti des avantages des autres pays. À leur tour, elles devront mieux les faire profiter de leur savoir-faire.

Rudy Le Cours

Pour rester compétitives, les entreprises canadiennes devront tirer davantage parti des avantages des autres pays. À leur tour, elles devront mieux les faire profiter de leur savoir-faire.

Dans son étude L'évolution du rôle du Canada dans la chaîne d'approvisionnement mondialisée, Danielle Goldfarb du Conference Board du Canada a étudié l'évolution des échanges internationaux du Canada en les subdivisant en trois catégories: matières premières, produits semi-finis et produits finis.

Juqu'ici rien de neuf, mais Mme Goldfarb a eu l'originalité de présenter la chose du point de vue de l'acheteur plutôt que du vendeur. Si un panneau de contreplaqué est un produit fini du point de vue de l'exportateur canadien, ce peut-être aussi la matière première d'un fabricant américain de mobilier industriel.

Une usine de pare-chocs vend des produits finis, mais le constructeur d'autos les considère plutôt comme une composante de ses véhicules qu'il a impartie à un sous-traitant ou à une filiale délocalisée qu'il juge plus productive.

Mme Goldfarb a examiné les données du commerce international canadien de trois années spécifiques 1990, 2000 et 2005. La première période de 10 ans permet d'observer l'effet de l'Accord de libre-échange canado-américain alors que l'intervalle des cinq années subséquentes permet de voir le rôle grandissant des pays émergents tels le Brésil, la Chine, l'Inde et le Mexique.

En 1990, 40% des livraisons de nos entreprises à l'étranger servaient de matière première à leurs clientes. Ce n'était plus que 31%, 15 ans plus tard. La part de composantes est passée quant à elle de 28% à 32% tandis que la proportion de produits finis passait de 32 à 38%. Dans tous les cas, le gros du changement s'est fait entre 1990 et 2000.

Du côté des importations, la donne est un peu différente. Les entreprises canadiennes ont augmenté la part étrangère de leurs composantes entre 1990 et 2000, mais étaient revenues au point de départ (42%) en 2005. Le Canada a surtout accru les achats de produits finis à l'étranger depuis 2000.

Les États-Unis, notre principal partenaire commercial qui absorbe 82% du volume de nos exportations et qui fournit 57% du volume de nos importations, ont accru leurs relations commerciales depuis 1990. Toutefois, la composition des échanges a peu varié durant la période, surtout dans la catégorie intermédiaire. Cela a de quoi étonner à première vue, compte tenu du degré d'intégration des deux économies.

L'Europe de l'Ouest, notre deuxième partenaire commercial avec 7% de nos exportations et 12% de nos importations, a modifié la nature de ses échanges commerciaux durant ces 15 ans. La part des produits intermédiaires que nous lui vendons est passée de 15% à 22% alors que celle que nous importons est passée de 17% à 32%. La part de produits finis achetés d'Europe a aussi bondi de 18% à 51% alors que celle que nous leur vendons a crû de 17% à 31%.

Là où le Canada fait piètre figure, c'est avec les économies émergentes. Plus de la moitié de nos exportations sont constituées de matière première alors que la part de produits finis plafonne à 20%.

Du côté des importations, c'est évidemment l'inverse. Ainsi, avec la Chine, 70% de nos achats sont des produits finis. Mince consolation, la part de produits intermédiaires augmente un peu.

«Le volume de composantes venant des pays émergents dépasse de beaucoup le volume de composantes canadiennes dans la chaîne d'approvisionnement de ces pays», observe-t-elle.

Mme Goldfarb propose donc que le Canada se concentre dans les produits ou les composantes où il excelle de manière à tirer sa juste part de l'économie mondialisée.