Les jeunes de 18 à 24 ans sont-ils indépendants, négligents, ignorants ?

Marc Tison

Les jeunes de 18 à 24 ans sont-ils indépendants, négligents, ignorants ?

Chose certaine, ils consultent peu les conseillers de leur institution financière, si l'on en croit le sondage publié cette semaine par TD Waterhouse.

À peine 10 % des jeunes épargnants de 18 à 24 ans ont fait appel aux conseils d'un spécialiste pour la préparation d'un plan financier, alors que 38 % de l'ensemble de la population a pris cette précaution.

«Les épargnants jeunes et inexpérimentés sont ceux qui ont le plus besoin de conseils et d'encouragements pour fixer et poursuivre leurs objectifs financiers et pourtant, il semble qu'ils soient les moins enclins à obtenir ces conseils», a observé Patricia Lovett-Reid, première vice-présidente chez TD Waterhouse Canada.

Pas surprenant, répondrez-vous : les jeunes ont moins d'argent.

«Ils sont plus préoccupés de gérer leur endettement que leurs placements, soutient Christian Bélair, président de la Fédération étudiante universitaire du Québec. Les jeunes qui poursuivent des études universitaires arrivent plus tard sur le marché du travail, souvent avec un endettement important, et n'ont pas développé les réflexes relatifs aux placements et à l'épargne.»

Il est vrai qu'il faut différencier les jeunes adultes aux études et ceux qui ont déjà entrepris leur vie active. Bernard Fortin, directeur du développement des affaires chez Desjardins, segmente même davantage : il distingue les jeunes travailleurs en logement de ceux qui habitent encore chez leurs parents. «Ils ont une capacité d'épargne très élevées, souligne-t-il. Ils sont capables de donner un grand coup pendant deux ou trois ans. C'est là que notre rôle de conseil doit prendre une plus grande place.»

Pour cela, il faut réussir à les interpeller en succursale. Les plus jeunes ont davantage tendance à utiliser les médiums électroniques que ceux des tranches d'âges supérieures.

Et encore faut-il que les conseillers financiers s'intéressent à eux.

«Beaucoup préfèrent s'intéresser à ceux qui ont déjà des capitaux, reconnaît Aurélie Desfleurs, professeur à l'École de comptabilité et à la Chaire Groupe Investors de planification financière de l'Université Laval. Certains sont quand même conscients que c'est la clientèle de demain.» Des attentes de rendement modestes

Plus surprenant, les jeunes n'attendent qu'un rendement de 5,2 % sur leurs placements en 2007, un taux nettement inférieur aux 7 à 10 % des autres tranches d'âges.

Une différence surprenante, alors que la jeunesse est habituellement peu frileuse face aux risques. «Les jeunes doivent être beaucoup plus au fait des frais qu'ils peuvent payer que des rendements qu'ils peuvent obtenir», avance Christian Bélair.

Pour Richard La Ferrière, directeur régional de la planification financière chez TD Waterhouse, les jeunes sont peut-être simplement plus réalistes. «Beaucoup de gens ont des attentes démesurées, après quatre ans de vaches grasses», constate-t-il.

Ceci explique-t-il cela ? Le même sondage révèle que près de la moitié des jeunes gèrent leurs placements seuls, alors que cette proportion s'établit à peine à 28 % chez les adultes de 18 à 69 ans.

Aurélie Desfleurs ne s'en surprend pas. «Ils savent utiliser Internet. S'ils décident de s'intéresser à l'investissement, ils vont aller chercher l'information eux-mêmes. À la rigueur, ils sont peut-être mieux outillés que leurs aînés.»

Le véritable problème, croit-elle, n'est pas tant le manque de consultation que le manque d'épargne. «Je m'inquiète beaucoup plus du taux d'endettement des jeunes et de leur surconsommation», affirme-t-elle. Et allez hop, quelques conseils gratuits...

Certains soutiennent pourtant que la jeunesse est faite pour être vécue, et que la retraite est trop lointaine pour se préoccuper de l'épargne. «Ce n'est pas la somme qui compte, mais l'habitude, rétorque Bernard Fortin. Même si on ne met que 25 $ par mois dans son REER, l'habitude est installée. Il n'est pas nécessaire de réduire dramatiquement le rythme de vie.»

Ces 25 $ correspondent justement à la contribution mensuelle minimale fixée pour plusieurs fonds communs. «Qu'on achète des parts pour 100 000 $ ou 25 $, on a accès aux mêmes gestionnaires professionnels», fait valoir à ce propos Richard La Ferrière, qui insiste pour que l'épargne soit inscrite au budget dès la première paie. Père de trois enfants, il parle en connaissance de cause.

«Mon plus jeune a 24 ans, confie-t-il. J'étais au téléphone avec lui il y a deux minutes, parce qu'il vient de faire une offre sur une maison. On a discuté à nouveau du programme d'accès à la propriété pour qu'il le comprenne bien.»

Dès qu'ils ont eu 18 ans, leur père a insisté pour qu'ils possèdent une carte de crédit plafonnée à 500 $, sous promesse d'acquitter le solde à chaque mois, question de peaufiner leur dossier de crédit. Autre obligation assortie : pour chaque 500 $ de revenu, 50 $ devaient être épargnés.

Cette discipline a permis à l'aîné de ses fils d'emporter l'achat d'une maison disputée par trois autres acheteurs, grâce à un prêt préautorisé.

L'épargne est pourtant en compétition avec la consommation. Richard La Ferrière réplique avec un autre exemple d'éducation pratique. Un de ses enfants avait besoin d'une paire de chaussures de sport.

Le papa avait alloué un budget de 150 $. Son fils lui a demandé un modèle à 250 $, en promettant d'épargner et de lui verser la différence de 100 $. «Je lui ai dit : je t'achète celles à 150 $ et tu épargnes le reste. Aujourd'hui, il magasine à cinq endroits avant d'acheter.»

Les parents ont en effet une influence prépondérante. «Eux aussi doivent encourager leurs jeunes à consulter, à se renseigner, insiste Aurélie Desfleurs. Ils ont un rôle très important à jouer, en donnant l'exemple eux-mêmes, ou au moins en faisant des recommandations.»

Du temps bien investi.