Loblaw (T.L) a fait 40 mises à pied, mercredi et jeudi, au siège social de Provigo à Montréal. Et ce n'est pas fini.

Laurier Cloutier

Loblaw [[|ticker sym='T.L'|]] a fait 40 mises à pied, mercredi et jeudi, au siège social de Provigo à Montréal. Et ce n'est pas fini.

La directrice principale des affaires corporatives de Provigo, Josée Bédard, l'a confirmé hier à La Presse Affaires.

Les 40 employés «ont été mis en disponibilité, dans le plus grand respect, et d'autres pourraient suivre, mais je ne peux en préciser le nombre pour le moment», a ajouté Josée Bédard.

Le leader canadien Loblaw, sa compagnie mère, a annoncé le mois dernier qu'elle va devoir se défaire de 800 à 1000 personnes, au Québec et en Ontario en particulier.

En même temps, Loblaw annonçait une radiation d'éléments d'actif de près de 1 milliard, soit l'équivalent des deux tiers de la valeur de Provigo, achetée en 1998 au prix de 1,5 milliard.

Josée Bédard a par contre nié que Provigo prépare la fermeture de son siège social, presque neuf d'ailleurs. Plusieurs informations contraires portent pourtant sur la centralisation de l'administration au siège social de Loblaw, à Brampton.

Provigo n'a déjà plus de siège social à Montréal. Josée Bédard a confirmé que le grand immeuble moderne, où travaillent «près de 1000 personnes, est devenu le Centre de services aux magasins».

Une pancarte «À louer» a été installée récemment devant ce siège social de Provigo, mais elle n'était plus là jeudi. Provigo est à la veille d'y mettre une pancarte «À vendre», a répliqué laconiquement une source.

Celle-ci n'est pas la seule à sentir que le couperet tombera sous peu. Un employé de la haute direction de Provigo, viré jeudi, a dit craindre qu'il «ne reste plus beaucoup de monde au siège social bientôt. J'ai aimé ça travailler ici, mais Provigo n'aurait jamais dû être vendue à Loblaw».

Un fournisseur a pour sa part confié que 800 employés vont quitter Provigo sous peu, dont 400 au siège social. Un autre craint de perdre une grande partie de ses contrats et il prétend que «Montréal se fait voler ses emplois par Toronto».

Un professionnel qui a déjà décroché des contrats doute que Provigo, avec près de 450 magasins au Québec où travaillent 30 000 personnes, puisse diriger tout ça de Toronto. «C'est trop gros.»

Bref, la machine à rumeurs s'est emballée auprès des travailleurs et fournisseurs proches de Provigo. Et des analystes alimentent aussi le débat.

«La nouvelle structure, centrée sur le siège social de Brampton, éliminera presque toute gestion régionalisée», écrit Perry Caicco, analyste du commerce de détail chez Marchés de capitaux CIBC, à Toronto.

Le vice-président principal aux approvisionnements, à la mise en marché et aux affaires agro-alimentaires de Provigo, Daniel Tremblay, n'a pas commenté jeudi. «Je suis la porte-parole», a dit Josée Bédard.

Loblaw fait face à des défis de taille après s'être lancé à l'assaut de Wal-Mart. Au Québec, la chaîne doit livrer une lutte féroce à Metro et Sobeys-IGA.

Le président de Wal-Mart Canada, Mario Pilozzi, a répliqué cette semaine par des investissements de 500 millions dans la construction de 21 «supercenters» de 100 000 à 250 000 pieds carrés, combinant un Wal-Mart et un supermarché, en Ontario et en Alberta, dès cette année.

Ils s'ajoutent aux sept premiers «supercenters» ontariens qui font déjà la vie dure aux supermarchés de Loblaw et à ses Real Canadian Superstores.

Si Loblaw-Provigo centralise tout à Brampton, «ce sera un dur coup, une des pires nouvelles des derniers 20 ans», a répliqué Gaétan Frigon, ex-vice-président de Metro et ex-président de la SAQ.

La création de Provigo a été «le moteur de la révolution des marchands indépendants, dans les années 60. Metro et IGA ont emboîté le pas et les chaînes corporatives Steinberg et Dominion ont fini par disparaître du Québec».

Quand la Caisse de dépôt et placement du Québec a finalement accepté de vendre son gros bloc d'actions de Provigo, Loblaw a assuré qu'elle maintiendrait ses achats au Québec et elle les a d'ailleurs augmentés.

Provigo s'est par contre chicanée avec ses marchands et a fini par racheter leurs supermarchés. Ces derniers ont par contre concurrencé avec peine Metro, en particulier, dirigée par Pierre H. Lessard, l'ex-bras droit du fondateur de Provigo.