Grand soupir de soulagement dans l'industrie de la télévision: Quebecor Media a finalement décidé de reprendre le versement de ses contributions mensuelles au Fonds canadien de télévision.

Richard Therrien

Grand soupir de soulagement dans l'industrie de la télévision: Quebecor Media a finalement décidé de reprendre le versement de ses contributions mensuelles au Fonds canadien de télévision.

Plus tôt dans la journée, mardi, la ministre du Patrimoine canadien, Bev Oda, et le CRTC ont exigé que Quebecor paie son dû au Fonds, sans quoi ils refuseraient d'étudier la proposition de fonds privé de l'entreprise, dévoilée lundi par Pierre Karl Péladeau. Visiblement, Quebecor a entendu l'ultimatum, mais ne compte pas pour autant abandonner la bataille.

Dans un communiqué, l'entreprise dit se réjouir de l'ouverture exprimée par le président du CRTC, Konrad von Finckenstein. «Nous sommes disposés à entreprendre de bonne foi et dans les plus brefs délais des pourparlers avec les autorités fédérales», affirme Pierre Karl Péladeau, tout en insistant sur l'importance de revoir de fond en comble la nature même du Fonds canadien.

La décision de Quebecor et de Shaw Communications d'interrompre les paiements a fait grand bruit à la Chambre des communes, où le NPD a même demandé la démission de la ministre Oda pour son inaction dans ce dossier. Il faut dire que le gouvernement a mis du temps à réagir, laissant les deux géants agir à leur guise.

Quant au projet d'un fonds Quebecor, il a été très mal accueilli dans le milieu de la télévision. Le vice-président des services français de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, déplore que le projet ne réponde aux intérêts que de Quebecor. «J'ai regretté que M. Péladeau n'ait pas un discours sur l'intérêt de l'industrie en général et des téléspectateurs. Quebecor fait une offre qui fait l'affaire de Quebecor, mais qui ne fait pas avancer l'industrie.»

M. Lafrance, qui est poursuivi par Quebecor pour avoir qualifié Pierre Karl Péladeau de «voyou» dans Le Devoir récemment, s'est montré plus modéré mardi, presque rassembleur.

«Il va falloir que tous les partenaires s'assoient et trouvent une solution pour produire de la télévision ensemble. On ne peut pas faire cavalier seul chacun de son côté.»

La présidente de l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ), Claire Samson, qualifie l'idée du fonds Quebecor de «proposition indigne», «totalement inacceptable», «aberrante» et «égoïste». Selon elle, «la proposition ne mérite pas d'être analysée».

Elle dénonce une fois de plus la façon dont Pierre Karl Péladeau procède pour indiquer son désaccord. «Si ce n'est pas illégal à son avis, c'est certainement immoral», dit-elle.

Le producteur chez Zone3, Vincent Leduc, avoue avoir été insulté par les propos de M. Péladeau, qui souhaitaient que les producteurs deviennent des experts en production plutôt qu'en financement.

À TVA, Zone3 produit Le Coeur a ses raisons et Histoires de filles. Dans les plans de Quebecor, si Zone3 continue de produire ces émissions, ce sera comme sous-traitant, et l'entreprise en perdrait les droits de suite.

Par voie de communiqué, le syndicat des communications de Radio-Canada a dit exhorter le gouvernement fédéral et le CRTC «à la plus grande fermeté face à la grossière tentative de deux conglomérats de faire main basse sur le Fonds canadien en provoquant une crise artificielle dans cette institution.»