Ils étaient pratiquement unanimes dans leur opposition à leur employeur, ils sont maintenant profondément divisés.

Philippe Mercure LA PRESSE

Ils étaient pratiquement unanimes dans leur opposition à leur employeur, ils sont maintenant profondément divisés.

Les employés d'Olymel de Vallée-Jonction se prononcent aujourd'hui sur une nouvelle recommandation du conciliateur dans un vote qui risque de créer un «climat de haute tension» non seulement à l'usine d'Olymel, mais dans toute la communauté qui l'entoure.

C'est en tout cas ce que redoute Maurice Lemelin, spécialiste des relations de travail à HEC Montréal. Dimanche, la quasi-unanimité qui avait caractérisé auparavant le rejet des offres patronales a volé en éclats, les employés n'étant plus que 52,9% à refuser la dernière proposition d'Olymel.

«À mon avis, c'est à peu près ce qu'il y a de pire», dit M. Lemelin en voyant les employés ainsi divisés en deux clans. À la suite du rejet, les échanges se sont poursuivis toute la nuit entre les parties.

Le conciliateur nommé par le ministère du Travail, Jean Poirier, a finalement formulé une recommandation lundi, sur laquelle les employés voteront aujourd'hui à 13h.

La tension risque d'être importante entre ceux qui cherchent maintenant à sauver leur emploi et les autres, qui refusent toujours de se plier aux baisses de rémunération exigées par Olymel.

Déjà, les rumeurs d'escarmouches et d'employés qui en empêchent d'autres de voter circulent abondamment dans la petite ville de Tring-Jonction, en Beauce.

«Les enjeux sont énormes, non seulement pour les travailleurs d'Olymel, mais pour toute la région», souligne M. Lemelin.

La fermeture de l'abattoir de Vallée-Jonction, le plus important au Québec, placerait par exemple les quelque 600 producteurs de porcs de la région dans une situation délicate. Privés de débouchés pour leurs animaux, plusieurs redoutent la faillite.

«On n'est pas à Montréal, les gens vivent dans la proximité. Et ça peut devenir une situation très conflictuelle entre les tenant de chaque côté», croit M. Lemelin.

Selon lui, un vote serré aujourd'hui, peu importe son issue, risque de «laisser des cicatrices».

«Si on réussit à s'entendre, je ne suis pas sûr que le retour au travail va se faire avec gaieté de coeur et que la motivation des employés va être au rendez-vous.»

Et dans un cas où les offres sont refusées et qu'Olymel ferme l'usine comme elle menace de le faire depuis le début des négociations, «je ne sais pas trop comment ceux qui étaient prêts à accepter les offres pour sauver leur emploi vont regarder les autres le lendemain. Et imaginez si, après six mois, ils sont toujours sans emploi... Ce n'est rien pour rapprocher les parties. C'est une situation qui est un peu catastrophique».

La direction d'Olymel a refusé lundi d'indiquer à quel moment elle soumettrait pour sa part la recommandation du conciliateur à son conseil d'administration. Les deux parties ont convenu de ne faire aucun commentaire avant l'issue du vote d'aujourd'hui.

De passage à Montréal, lundi, le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, a par ailleurs indiqué qu'une subvention ne faisait pas partie des solutions envisagées, mais que le gouvernement du Québec se préparait à l'éventualité d'une fermeture de l'usine de Vallée-Jonction.