À l'exception d'une entreprise de Saskatchewan, le Fonds de revenu Pages Jaunes (T.YLO.UN) a mis la main sur tous les éditeurs d'annuaires téléphoniques au pays.

Réjean Bourdeau

À l'exception d'une entreprise de Saskatchewan, le Fonds de revenu Pages Jaunes [[|ticker sym='T.YLO.UN'|]] a mis la main sur tous les éditeurs d'annuaires téléphoniques au pays.

«La boucle est pratiquement bouclée avec la dernière transaction», constate l'analyste Carl Bayard, de Valeurs mobilières Desjardins.

Lundi, Pages Jaunes a annoncé l'achat d'Aliant Directory Services, pour 330 millions de dollars au comptant.

Il s'agit de la division de bottins téléphoniques qui était détenue à 87,1% par Bell Aliant Regional Communications, société de télécoms des Maritimes.

Le reste de l'entreprise (12,6%) appartenait déjà à Pages Jaunes, qui en gérait les activités.

M. Bayard considère que le prix payé est plutôt raisonnable.

Il équivaut à 10 fois le BAIIA (bénéfice avant impôts, intérêts et amortissements) d'Aliant. Cela se compare à 11 fois pour MTS Media, du Manitoba, acheté en août dernier.

«Pages Jaunes a payé un peu moins cher pour la compagnie des Maritimes», souligne l'analyste.

La division d'Aliant fait affaires au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, à Terre-Neuve et à l'Île-du-Prince-Édouard. Elle réalise des ventes annuelles d'environ 65 millions.

Le spécialiste pense que la vague d'acquisitions est probablement terminée au pays du côté des annuaires.

«Elle pourrait toujours acheter les services de SaskTel mais il s'agit d'une petite entreprise et le gouvernement ne semble pas très intéressé à vendre», explique M. Bayard.

Par ailleurs, il ne pense pas que Pages Jaunes s'intéresse, pour le moment, aux États-Unis.

En quelques années, la fiducie de revenu montréalaise a acquis SuperPages (pour 2,6 milliards) et MTS Media (pour 281 millions), deux éditeurs d'annuaires en papier présents dans l'ouest du pays.

Elle a aussi entrepris une diversification du côté des services sur Internet, des sites d'annonces classées et des magazines spécialisés. Pour ce faire, elle a acheté Trader Canada (pour 761 millions) et Trader Media Corporation (pour 436 millions).

Toutes ces transactions ont été facilitées par l'émission de nouvelles parts (et non d'actions puisqu'il s'agit d'une fiducie). Actuellement, la société compte plus de 530 millions d'unités (ou parts) pour une valeur boursière d'environ 7 milliards.

Sur des ventes annuelles prévues de presque 1,7 milliard cette année, ses activités d'annuaires comptent pour environ 70% du total.

«C'est un secteur d'activité très stable et peu cyclique», signale l'analyste.

Puisqu'elle possède tous les grands éditeurs d'annuaires téléphoniques au pays, Pages Jaunes n'a pas de concurrents directs. Par contre, elle doit faire face à la concurrrence des journaux communautaires, de la radio et d'Internet, précise le spécialiste.

Par ailleurs, elle réalise 20% de ses revenus du côté des magazines spécialisés, comme Auto Hebdo, et quelques 10% avec ses services Internet.

Carl Bayard s'attend à une croissance de 5% pour ses revenus totaux et de 7% pour ses bénéfices (BAIIA) cette année.

À son avis, l'exercice en cours sera concentré sur l'intégration des dernières acquisitions du groupe. «Il y a déjà des synergies au niveau des coûts et il faut attendre un peu plus de temps pour que cela se fasse sentir pour les revenus», dit-il.

L'analyste constate que les marges de profit (BAIIA) de Pages Jaunes sont excellentes. Elles sont de 60% pour les annuaires et de 30% pour les produits spécialisés.

Sans compter que la fiducie de revenu produit des flux monétaires libres d'environ 700 millions par année.

Ses dépenses de capitalisation sont aussi très faibles puisqu'elle impartit une bonne partie de sa production, comme l'impression de ses annuaires.

Le spécialiste estime que son niveau d'endettement est assez élevé puisque sa dette équivaut à 2,9 fois son BAIIA. Toutefois, ajoute-t-il, sa capacité à générer des flux monétaires permettra de réduire sa dette et de racheter des parts.

Pour le moment, elle distribue 1,09$ par unité. L'analyste ne s'attend pas à une augmentation de ses distributions d'ici 2011, année où la nouvelle fiscalité des fiducies de revenu sera mise en place par le gouvernement fédéral.

Par contre, précise-t-il, une politique de rachat donnerait du tonus aux parts.

«Il y a peu d'entreprises aussi stables qui offre un rendement annuel de 8,25% du dividende», rappelle M. Bayard.

Il recommande fortement l'achat des parts de Pages Jaunes. Son cours cible est de 15$ d'ici un an. Il s'agit d'un gain potentiel de 15% par rapport au cours actuel.