Après avoir laissé Vincent Lacroix se lancer sur des pistes lors de ses contre-interrogatoires, l'Autorité des marchés financiers a décidé d'attaquer ses théories de front lundi après-midi.

Michel Munger

Après avoir laissé Vincent Lacroix se lancer sur des pistes lors de ses contre-interrogatoires, l'Autorité des marchés financiers a décidé d'attaquer ses théories de front lundi après-midi.

Lundi marquait le 29e jour du procès pénal où l'ancien PDG de Norbourg est accusé d'avoir retiré 115 M$ des fonds communs de Norbourg et d'avoir produit plus d'une centaine de faux documents.

Vers la fin de l'audience, alors que Michel Martin témoignait à titre d'ancien responsable d'une partie du soutien administratif chez Norbourg, le procureur Eric Downs a posé plusieurs questions visant à répondre aux théories de M. Lacroix.

La première est celle du «trou comptable» de 20 M$ dans les fonds Evolution après leur acquisition par Norbourg auprès de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Vincent Lacroix est souvent revenu sur le sujet en contre-interrogeant des témoins.

Lundi, Me Downs a fait dire à Michel Martin qu'il n'y avait pas de trou. Questionné sur les politiques du sous-traitant administratif CITAC, de Québec, M. Martin a expliqué que cette entreprise avait tendance à maintenir de l'encaisse dans les comptes pour minimiser le nombre de transactions.

À son avis, cela pouvait donner une encaisse de 8 M$ à 10 M$, une méthode de travail pouvant être utilisée dans l'industrie. Eric Downs lui a demandé si cela pouvait expliquer un trou de 20 M$. «Pas de cet ordre-là», a répondu Michel Martin.

Par la même occasion, M. Martin a affaibli une autre idée lancée précédemment par Vincent Lacroix. Le PDG déchu avait fait dire à son ancien vice-président à la conformité et ensuite chef des finances, Jean Hébert, qu'il y avait des problèmes avec CITAC. Cela aurait justifié le transfert du soutien administratif des fonds Evolution vers le personnel de Norbourg en avril 2004.

Pourtant, Michel Martin a estimé que les relations avec CITAC étaient bonnes et que le transfert de responsabilités est «une des plus belles conversions que j'ai faites».

Enfin, une notion auparavant amenée au procès par Vincent Lacroix a été mise en doute par Eric Downs et son témoin. M. Lacroix avait déjà posé des questions sur les commissions versés à des représentants, faisant circuler des sommes vers les comptes bancaires de Norbourg au lieu du chemin habituellement pris par l'argent des investisseurs.

Si M. Martin a admis que dans le cadre de certaines séries de fonds communs - appelées séries F - des commissions transitaient par les comptes de Norbourg, le total n'était que d'environ 200 000 $ par trimestre.

L'ampleur des montants n'aurait donc rien à voir avec les 115 M$ qui seraient passés de façon anormale par les comptes d'opération de Norbourg.

Le contre-interrogatoire de Michel Martin doit s'amorcer mardi matin.