Pendant que la GRC fait la sourde oreille, un nouveau jugement affirme que les manoeuvres de Mount Real sont une "tromperie" contrôlée par un dirigeant «despotique»: Lino Matteo.

Francis Vailles

Pendant que la GRC fait la sourde oreille, un nouveau jugement affirme que les manoeuvres de Mount Real sont une "tromperie" contrôlée par un dirigeant «despotique»: Lino Matteo.

«Tout cela n'est que fumisterie, tromperie et manigance ourdie par des gens perfides et sans vergogne au mépris flagrant des investisseurs, dont on a abusé la confiance», écrit le juge Jean-Yves Lalonde, de la Cour supérieure.

Le jugement a été rendu mercredi dans le cadre de la faillite de l'organisation. Depuis près d'un an, quatre entreprises soutiennent que certains biens de Mount Real leur appartiennent, des biens dont les investisseurs ne pourraient donc tirer profit, au terme de la liquidation. Les quatre entreprises sont Red Chili Media, Overture Media, mais surtout Sterling Leaf Income Trust et Stearling Leaf Income Services, des fiducies de revenu inscrites en Bourse. Selon ces entreprises, certains contrats d'abonnement aux magazines de Mount Real leur appartiennent, puisque Mount Real les leur aurait cédés.

Hier, le juge a conclu que les quatre entreprises n'avaient aucun droit sur ces contrats. Pire: l'un des dirigeants de l'organisation, Jeffrey Klein, a laissé entendre «que les supposés transferts (de contrats) étaient purement factices, ayant eu lieu dans les faits entre Lino P. Matteo et Lino P. Matteo'», écrit le juge.

Marionnettes...

Le juge écorche au passage certains dirigeants, dont Jeffrey Klein et Éric Clement, de Honeybee Media, qu'il qualifie de «marionnettes» à la solde de Lino Matteo.

Président de Honeybee Media durant trois ans, Éric Clement ne savait pas si son entreprise avait des employés! «L'âme dirigeante de Mount Real, Lino P. Matteo, avait mainmise sur l'ensemble des actifs et il en exerçait un contrôle despotique», écrit le juge.

D'autres gens d'affaires sont écorchés par le jugement, dont l'ex-président et actionnaire du courtier Investpro Securities, Robert Laflamme. Sa firme fut le courtier de Sterling Leaf pour recueillir des fonds des investisseurs. Or, Investpro n'a pas fait de véritable vérification dilligente, comme il se doit, dit le juge.

«Le travail de Robert Laflamme a été limité à rassembler les informations à inclure dans le prospectus pour satisfaire aux exigences de la législation«, écrit le juge, qui souligne que M. Laflamme était possiblement en conflit d'intérêts, puisqu'il siégeait au conseil d'administration de Mount Real.

Enfin, le juge Lalonde se demande pourquoi les dirigeants clés Lino Matteo, Lawrence Holden et Joe Pettinichio, n'ont pas témoigné. «Pourquoi se cachent-ils tous?»

Par ailleurs, la GRC est revenue sur ses propos tenus mercredi à La Presse. Elle soutient maintenant qu'elle n'a pas abandonné le dossier de Mount Real, que le dossier est simplement inactif. «La GRC va rouvrir le dossier quand le syndic va nous renvoyer les documents manquants», a déclaré jeudi un autre porte-parole, Sylvain L'Heureux.

Mercredi, le caporal Luc Bessette avait clairement indiqué que le dossier avait été fermé ces derniers jours. «On ne mettra pas nos enquêteurs sur des dossiers perdus d'avance, on va gaspiller votre argent«, avait expliqué M. Bessette pour justifier la fermeture du dossier.

Du côté du syndic Raymond Chabot, Jean Robillard garde la même version. «Nous avons donné tout ce qu'on avait à la GRC. D'ailleurs, on a eu aucune demande de la GRC à l'égard de documents manquants. C'est la GRC qui a tous les pouvoirs pour enquêter.»