La retraite de Jean-Pierre pourrait venir plus tôt qu'il le croyait. Et surtout plus tôt qu'il le voudrait.

Marc Tison

La retraite de Jean-Pierre pourrait venir plus tôt qu'il le croyait. Et surtout plus tôt qu'il le voudrait.

Âgé de 59 ans, Jean-Pierre est depuis deux mois en congé de maladie pour épuisement professionnel. «Je crains même de ne pouvoir reprendre mon travail, lequel comporte un niveau de stress très élevé», confie-t-il.

Il se retrouverait alors en retraite forcée. Il rejoindrait ainsi sa conjointe, Suzanne, déjà retraitée à 61 ans.

Mais l'employeur de Jean-Pierre n'offre pas de régime complémentaire de retraite. Suzanne elle-même ne touche pour l'instant qu'une rente de la RRQ de 155 $ par mois. Le couple ne peut donc compter que sur ses économies. «Tous nos avoirs sont constitués de nos REER, d'épargne et de notre résidence», expose Jean-Pierre.

Les REER de Jean-Pierre totalisent 265 000 $, et ceux de Suzanne, environ 100 000 $.

Leur maison, d'une valeur de 140 000 $, est encore grevée d'une hypothèque de 95 000 $.

Les questions de Jean-Pierre trahissent son désarroi: «Ai-je les moyens de prendre une retraite anticipée? Devrais-je retourner travailler à temps partiel dans un emploi moins stressant, d'ici l'âge de 65 ans? Devrions-nous songer à vendre notre résidence, laquelle représente des coûts totaux mensuels d'environ 1000 $? Devrions-nous couper dans nos dépenses?»

Une base de comparaison

Le planificateur financier Jacques Brouillard, des Services financiers Groupe Investors, a d'abord établi une base de comparaison: quelle serait la situation du couple si Jean-Pierre recommençait dès maintenant à travailler pour son employeur actuel et ne prenait sa retraite qu'à 65 ans?

Les dépenses du couple s'élèvent présentement à environ 2900 $, versements hypothécaires exclus. Jean-Pierre estime que ce coût de vie sera maintenu jusqu'à 70 ans.

En supposant une inflation de 3 %, et des rendements annuels de 7 % sur les REER, de 3 % sur les épargnes non enregistrées et de 2 % sur la maison, le couple aurait en main en 2035 un actif de 759 000 $, alors qu'ils approcheront des 90 ans. Leurs dépenses actuelles, maintenues et ajustées à l'inflation, atteindraient alors 80 000 $ par année.

Voilà pour l'idéal.

Second scénario

Depuis son retrait en mars dernier, Jean-Pierre touche des prestations d'invalidité de son assurance collective de 713 $ par mois. La date de son retour au travail est encore inconnue et dépendra de son état de santé.

Dans son second scénario Jacques Brouillard pose l'hypothèse que Jean-Pierre ne reprendrait son travail actuel qu'après deux ans de congé, en mars 2009. Dans l'intervalle, il continuerait à recevoir les mêmes prestations d'invalidité.

Le conseiller prévoit dans ses calculs une contribution REER de 6000 $ pour 2007, et aucune par la suite — les prestations d'invalidité ne procurent aucun droit de cotisation au REER.

Dans ce scénario, toujours avec les mêmes paramètres d'inflation et de rendement, l'avoir net de notre couple atteindrait 749 000 $ en 2035. Les différences avec notre scénario de départ sont minimes.

«La principale différence est que Jean-Pierre reçoit une rente hebdomadaire d'invalidité de 713 $ au lieu d'un salaire de 62 500 $, explique M. Brouillard. Le salaire de 62 500 $ est imposable mais les prestations d'invalidité de 713 $ ne le sont pas. Après impôt, il n'y a presque pas de différence.»

Troisième scénario

Dans un dernier scénario, Jacques Brouillard suppose qu'au terme de ses deux ans d'invalidité, Jean-Pierre prendrait plutôt une retraite anticipée. En conservant toujours le même train de vie, comme dans les deux premiers scénarios, les actifs du couple totaliseraient cette fois 304 000 $ en 2035.

La valeur de leur propriété — 244 000 $ — constituera alors l'essentiel de leurs actifs.

«Selon ce scénario, le couple n'aura aucune difficulté à maintenir son niveau de vie mais ses avoirs seront plus faibles», commente le conseiller.

S'il le juge nécessaire, Jean-Pierre peut donc envisager prendre une retraite anticipée dans un an et demi.

Mais qu'advient-il si le médecin autorise son retour au travail avant cette date? Le scénario 3 représente le scénario minimal pour que le couple puisse conserver son train de dépenses actuel.

Pour le respecter, Jean-Pierre doit se débrouiller pour conserver jusqu'en mars 2009 le même revenu net que maintenant, quelle que soit sa source (retour au travail, combinaison d'indemnité de départ et de revenus de travail moins stressant...)

Sinon, Jean-Pierre pourra entremêler diverses mesures — travail à temps partiel, réduction des dépenses... — pour atteindre cette échéance sans entamer ses économies.

Par contre, il n'est pas nécessaire que le couple vende sa maison. Après remboursement de l'hypothèque, une vente immédiate ne procurerait qu'un capital de 45 000 $ et il faudrait trouver à se loger ailleurs.

«Actuellement le coût de résidence est peut-être plus élevé qu'un loyer mais dans 18 ans, le sera-t-il encore, observe Jacques Brouillard? En 2025, l'hypothèque sera remboursée et la valeur de la propriété sera d'environ 200 000 $. Il sera toujours possible de vendre la propriété plus tard en réévaluant la situation.»

Jean-Pierre devra donc juger la situation selon le moment où son médecin lui donnera son congé. Mais il peut poursuivre sa convalescence sans stress: si nécessaire, il existe d'autres solutions que le retour à son travail d'origine.