Le problème des algues bleues affectera-t-il la valeur des résidences secondaires en bordure de plan d'eau ?

Marc Tison

Le problème des algues bleues affectera-t-il la valeur des résidences secondaires en bordure de plan d'eau ?

Restons calme : les propriétaires de chalets riverains ne sont pas sur le point de se retrouver sur le sable. Mais tôt ou tard, des cyanobactéries en goguette pourraient teinter leur bilan financier.

Un peu partout au Québec, les propriétaires de résidences secondaires contemplent l'eau de leur lac d'un oeil circonspect. Les algues bleues sont sur toutes les lèvres — façon de parler, bien sûr. Leur lac Carré, Long, Rond ou Noir se transformera-t-il en lac Bleu-vert ?

«Chez les propriétaires, il y a une espèce de vent de panique par rapport à l'utilisation de l'eau puisée dans le lac», observe le notaire Pierre Dupré, de Mont-Tremblant. «Il y a une effervescence dans les puits artésiens.»

Il s'agit déjà là d'une dépense de quelques milliers de dollars. D'autres inquiétudes ont cependant trait à des sommes plus importantes : quel effet une prolifération de cyanobactéries peut-elle avoir sur la valeur des propriétés ?

Les fleurs d'eau feront-elles fuir — font-elles déjà fuir — les acheteurs ? On observait déjà depuis quelque temps un intérêt de plus en plus marqué pour les lacs non navigables, c'est-à-dire sans le bruit et la pollution causés par les embarcations à moteur.

Pierre Dupré, qui est lui-même propriétaire sur les rives du lac Ouimet — un des lacs apparus sur la liste des pestiférés —, ne manifeste pas une grande inquiétude face au risque d'une chute de la valeur immobilière.

«Je n'ai pas l'impression que ça va avoir un impact important», indique le notaire. Cette semaine, il a enregistré la vente de deux propriétés en bordure du lac Mercier, lui aussi sur la liste ignominieuse. Après avoir recueilli toute l'information nécessaire, les clients ont tout de même acheté les terrains vacants, à plus de 200 000 $ pièce.

Pour l'instant, donc, les acheteurs ne détalent pas. «Mais ça les refroidit», observe Luc Léonard, courtier immobilier affilié à Sutton-Laurentides, dans le secteur Mont-Tremblant. «Ce n'est pas agréable, il ne faut pas se le cacher. Est-ce que je serais prêt à payer trois fois le prix un terrain sur le bord de l'eau ? Si le problème ne se règle pas, ce n'est pas certain...»

Pour sa part, l'évaluateur agréé André Charbonneau, lui aussi de Mont-Tremblant, ne tient pas compte des problèmes d'algues bleues dans l'évaluation des propriétés. Pas encore. «Pour l'instant, le problème est trop jeune pour voir une tendance se dessiner», indique-t-il. Mais il reconnaît que si une prolifération massive et récurrente s'installe — il cite en exemple la baie Missisquoi, sur le lac Champlain —, «oui, ça va se répercuter sur le prix».

La question : l'invasion des petits organismes bleu-vert est-elle imminente ?