Rien n'était simple chez Norbourg.

Denis Arcand

Rien n'était simple chez Norbourg.

Dès l'achat des Fonds Évolution par Norbourg, en janvier 2004, les relations entre la firme de Vincent Lacroix et le fournisseur de services financiers de cette famille de fonds communs se sont dégradées, point où Norbourg a envisagé de poursuivre.

CITAC, un sous-traitant de Québec qui se chargeait des activités commerciales et financières comme les ventes et achats de parts de fonds Évolution, gardait trop d'argent au goût de M. Lacroix dans le fonds en fidéicommis de ces fonds communs récemment vendus à Norbourg par une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

C'est ce qui s'est dégagé hier des déclarations de Jean Hébert, un ancien vice-président de Norbourg que M. Lacroix a contre-interrogé jeudi.

Il semble que CITAC n'avait pas tellement confiance en Norbourg.

Ainsi, M. Hébert a indiqué hier que CITAC s'entêtait à conserver 10 millions de dollars dans le compte en fidéicommis des fonds nouvellement acquis par M. Lacroix.

«Ils disaient qu'ils prévoyaient un peu plus d'argent en cas de rachats importants. Je trouvais que (10 millions), c'était élevé», a dit jeudi M. Hébert, après avoir eu de la difficulté, au début, à se souvenir des réponses vers lesquelles M. Lacroix l'orientait.

Il faut dire que la veille, mercredi, M. Hébert avait déclaré qu'il avait trouvé incompréhensible et précipité, en 2004, que M. Lacroix congédie le sous-traitant CITAC pour ramener à l'interne, chez Norbourg, les opérations sur les fonds communs Évolution.

«M. Lacroix avait une gestion contrôlante«, avait-il dit.

Jeudi M. Lacroix a tenté d'atténuer la valeur du témoignage de M. Hébert en lui faisant admettre qu'«il y avait des problèmes» avec CITAC et que «la relation de confiance avait été éprouvée».

M. Lacroix n'est pas assisté par un avocat en cour et ses techniques d'interrogatoire sont lourdes et assez confondantes pour ceux qui l'écoutent.

Cela donne des questions et des réponses souvent sans lien évident et cela donne un auditoire qui bâille souvent (journalistes inclus).

Même les avocats de l'AMF sont rudement éprouvés et passent de longs moments à ne prendre aucune note. Jusqu'à présent, le juge Claude Leblond fait preuve d'une concentration héroïque, mais M. Lacroix le ménage.

Ainsi, après quelques questions particulièrement disparates, M. Lacroix (qui n'a rien perdu de sa bonhomie) a demandé en souriant au juge Leblond: «Est-ce que vous voulez prendre une pause, M. le juge? C'est pour vous, là...»

Toute la salle a éclaté de rire. Le juge Leblond s'est contenté de sourire et a accepté sur-le-champ la suggestion de l'accusé.

M. Hébert, tout comme le bras droit de M. Lacroix, Éric Asselin, était employé de l'AMF juste avant de se joindre à Norbourg. M. Hébert a dénoncé M. Lacroix à la police fédérale des marchés financiers.

Par ailleurs, jeudi, dans une autre cause, la Cour suprême du Canada a refusé d'entendre un appel d'anciens représentants en épargne collective qui ont tenté en vain de faire autoriser un recours collectif contre M. Lacroix.

Les représentants voulaient récupérer des commissions perdues dans l'affaire Norbourg, mais les tribunaux du Québec leur avaient dit non.