Pour de nombreux entrepreneurs et industriels du sud du Québec qui ont un lien d'affaires avec Toronto, l'arrivée de la PME Air Sherbrooke a été une véritable bénédiction.

Stéphane Champagne, collaboration spéciale

Pour de nombreux entrepreneurs et industriels du sud du Québec qui ont un lien d'affaires avec Toronto, l'arrivée de la PME Air Sherbrooke a été une véritable bénédiction.

Le nouveau transporteur aérien fait bien des heureux dans la région, mais la PME n'arrive toujours pas à trouver un équilibre entre ses recettes et ses dépenses.

«Nous sommes déficitaires, mais nous essayons évidemment de contrôler nos coûts. Disons que pour le moment, ce qui compte le plus, c'est que nous offrons un service qui aide les entreprises de la région à se développer davantage (). Depuis qu'ils nous ont découverts, tous nos clients disent la même chose: plus jamais ils ne passeront par Montréal pour se rendre en avion à Toronto», explique Michel Laflamme, directeur général de Air Sherbrooke.

Ce n'est pas la première fois qu'une entreprise de transport aérien voit le jour à Sherbrooke. Des liens avec d'autres provinces et d'autres États américains avaient déjà été mis sur pied au cours de la dernière décennie.

Ces initiatives se sont toutefois soldées par des échecs. Air Sherbrooke semble être l'exception. En place depuis 2005, la PME a enfin trouvé sa voie, mais pas celle de la rentabilité. Du moins pas encore.

«Nous sommes à un siège de la rentabilité. Nous transportons 10 personnes par jour (aller et retour combinés). Et pour atteindre l'équilibre, il faudrait en transporter 11», lance Pierre Dagenais, directeur général de la Société de développement économique de Sherbrooke (SDES) et membre du conseil d'administration d'Air Sherbrooke.

C'est à la SDES que revient la tâche de financer le manque à gagner (de 200 000$ en 2006 et possiblement de 100 000$ en 2007) du petit transporteur aérien de l'Estrie. Air Sherbrooke croit cependant pouvoir remédier à la situation en devenant une coopérative cet automne et en courtisant davantage la clientèle torontoise.

«On peut profiter de programmes spéciaux pour les coops. Ce qu'on veut surtout, c'est de développer le sentiment d'appartenance des entreprises de la région, mais aussi de certains de nos actionnaires, dit Pierre Dagenais. C'est drôle à dire, mais il y en a qui oublient qu'ils sont actionnaires d'Air Sherbrooke et qui se rendent à Toronto avec une autre compagnie aérienne.«

Quant à la clientèle de Toronto,«il faut trouver une façon de l'attirer ici, même si la compétition est très forte. Nos (maigres) budgets de publicité ne nous permettent pas de nous afficher là-bas autant que nous le voudrions. C'est un très gros défi», ajoute M. Dagenais.

La PME compte actuellement 22 actionnaires, dont des hommes d'affaires, des entreprises, des institutions (les universités de Sherbrooke et Bishop), de même que des organismes locaux comme des CLD, des municipalités et bien sûr le SDES. Chaque actionnaire a dû débourser 10 000$ pour se joindre à Air Sherbrooke.

Le petit transporteur qui a élu domicile à l'aéroport régional de Sherbrooke dessert quelque 180 entreprises en Estrie (Sherbrooke, Magog, Lac Mégantic, etc.), en Montérégie (Bromont, Granby, etc.), dans le Centre-du-Québec (Victoriaville, Drummondville, etc.) et même en Chaudière-Appalaches (Thetford Mines).

Il s'agit notamment d'entreprises manufacturières ou biomédicales qui brassent des affaires avec Toronto ou dont le siège social est situé dans la capitale ontarienne. Air Sherbrooke n'emploie que deux personnes à plein temps, mais peut compter sur une armée de bénévoles (maires, industriels, présidents d'organismes, etc.). En 2006, l'entreprise affichait des ventes de 1,1 millions.

La PME offre cinq vols par semaine (sauf l'été) en direction de la Ville-Reine. Un départ le matin et un retour le soir même. Évidemment, voler sur les ailes de Air Sherbrooke (648$ aller-retour) est plus onéreux que de faire affaire avec WestJet ou Porter qui, elles, offrent le même trajet, à partir de Montréal, pour environ 300$. Mais, plaide Michel Laflamme, il faut voir au-delà du prix affiché.

«Le temps, c'est de l'argent, dit-il. Un homme d'affaires de la région qui va passer par Montréal devra tout d'abord s'y rendre (donc rouler près 200 km) et payer pour du stationnement. En plus, il devra arriver à l'avance tandis qu'ici à Sherbrooke, certains de nos clients arrivent cinq minutes avant le départ. C'est comme prendre l'autobus.»

L'appareil utilisé par Air Sherbrooke est un Beech King Air 100. Il appartient à Aéropro, une entreprise québécoise spécialisée dans la gestion d'aéroports régionaux, dont celui de Sherbrooke. Un vol aller-retour entre Sherbrooke et Toronto coûte environ 3000$ à Air Sherbrooke.