Avec des taux d'intérêt aussi bas, tout le monde est parti à la chasse aux rendements. Plus ça va, plus il faut chercher loin pour débusquer des taux un peu plus dodus. Dans bien des cas, il est préférable de rester sur ses gardes, de jouer de prudence...

Stéphanie Grammond

Avec des taux d'intérêt aussi bas, tout le monde est parti à la chasse aux rendements. Plus ça va, plus il faut chercher loin pour débusquer des taux un peu plus dodus. Dans bien des cas, il est préférable de rester sur ses gardes, de jouer de prudence...

Par exemple, il ne vaut pas le coût de geler son argent à long terme. Une obligation fédérale de 30 ans verse moins qu'une obligation de trois mois.

Cela reflète l'appétit des caisses de retraite pour les obligations à long terme, au moment où l'offre diminue car le gouvernement fédéral, qui affiche des surplus budgétaires, n'a plus besoin d'en émettre.

Mais cela témoigne aussi d'un aveuglement des investisseurs. «On suppose qu'aucune surprise néfaste ne surviendra d'ici 30 ans. C'est une vision assez optimiste du monde!», blague Benoît Durocher, président d'Addenda Capital.

Autant investir à plus court terme. «Ceux qui achètent des obligations du Canada de cinq ans en haut de 4% ne le regretteront pas», dit Paul-André Pinsonnault, économiste principal revenus fixes, à la Financière Banque Nationale.

Non, ce n'est pas beaucoup. Mais si la Banque du Canada abaisse les taux en 2008, comme il le pense, les investisseurs encaisseront un petit gain en capital.

Il faut comprendre que la valeur des obligations est garantie à l'échéance, mais que dans l'intervalle, elle fluctue en fonction des taux d'intérêt. Si les taux des nouvelles obligations baissent, les obligations déjà existantes qui ont un taux plus élevé, prennent de la valeur.

Par contre, si les taux d'intérêt remontent, comme le prévoit M. Durocher, les obligations perdront un peu de valeur. Cela est encore plus vrai pour les obligations à plus long terme, toujours plus vulnérables à une remontée des taux. Selon cette logique, il vaudrait mieux rester cantonnés dans le court terme.

Grappiller un peu de rendement

Pour grappiller un peu plus de rendement, les investisseurs peuvent acheter des obligations de provinces ou de municipalités.

Par exemple, une obligation 30 ans du gouvernement du Québec donnera environ 0,5% de plus qu'une obligation fédérale.

Si on suppose que le dollar canadien va redescendre un peu, il n'est pas fou d'acheter un peu d'obligations américaines, dont les taux sont un peu plus alléchants. Un bon du Trésor américain verse 5,14%, versus 4,35% au Canada.

On peut aussi viser des obligations de sociétés. Par exemple, on peut dénicher une obligation d'une société canadienne de bonne qualité (Financière Power - cote A) d'une échéance 30 ans qui donne environ 5,25%. «1% de plus que l'obligation du fédéral, c'est acceptable», dit M. Pinsonnault.

Mais dans l'ensemble, les obligations de sociétés sont chères, surtout du côté des obligations de pacotille. «L'investisseur n'est pas très bien rémunéré pour le risque accru qu'il va prendre», considère Sébastien Rhéaume, vice-président responsable des obligations de sociétés chez Addenda Capital.

En effet, le risque de défaut de crédit n'est pas négligeable, non seulement avec les titres de pacotilles (cote BB ou moins), mais aussi avec les obligations de qualité (cote AAA, AA, A et BBB).

Aucune société n'est à l'abri d'une faillite ou d'une privatisation qui la surendettera et réduira sa cote de crédit. C'est ainsi que les obligations de Terasen, une firme de l'Ouest canadien, ont perdu 7% après avoir été décotées de trois coches d'un seul coup.

Il faut donc avoir un portefeuille assez grand pour pouvoir diversifier et détenir des obligations de plusieurs émetteurs.