Vincent Lacroix affirme avoir versé 100 000 $ à un fonctionnaire du ministère des Finances pour obtenir 1 M$ en aide gouvernementale aux fonds communs Norbourg.

Denis Arcand

Vincent Lacroix affirme avoir versé 100 000 $ à un fonctionnaire du ministère des Finances pour obtenir 1 M$ en aide gouvernementale aux fonds communs Norbourg.

M. Lacroix affirme avoir rencontré ce fonctionnaire au Salon d'épargne et placement de Québec en janvier 2001.

Il y a rencontré un vieux copain de la faculté d'administration de l'Université de Sherbrooke, Jean Renaud devenu fonctionnaire au ministère des Finances.

À l'époque, le gouvernement du Québec encourageait l'industrie des services financiers en offrant divers programmes d'aide au lancement de fonds communs.

Justement, M. Renaud «m'a informé qu'il travaillait sur le programme du ministère des Finances lié au démarrage des fonds mutuels», affirme M. Lacroix.

Il a repris contact avec M. Renaud à l'été 2001 et M. Renaud a donné un coup de main pour remplir les formulaires. À un moment donné, «il y a eu une demande», dit M. Lacroix.

«Évidemment, on peut prendre le terme que l'on veut, là, mais j'appelais toujours ça «ticket à l'entrée», moi, pour le ministère des Finances, pour l'approbation des fonds."

Vincent Lacroix affirme avoir remis 100 000 $ en plusieurs paiements au comptant.

«Bien disons que les termes étaient que avant l'arrivée du chèque, du grand chèque, si on veut, d'un million, il devait y avoir certains paiements qui étaient faits.»

L'échéance et «la périodicité des paiements» n'était pas vraiment rigide, mais M. Lacroix dit que c'était «probablement (...) moitié avant, moitié après».

En échange, M. Renaud devait ajuster les montants admissibles à un niveau plus élevé que ce qu'ils auraient dû être, affirme M. Lacroix.

Jean Renaud, joint mercredi au téléphone, a nié catégoriquement avoir reçu 100 000 $ au comptant de M. Lacroix: «Non. Je ne vois pas pourquoi il l'aurait fait. C'est faux.»

«Norbourg était une entreprise qui demandait des crédits d'impôt comme d'autres dans le domaine. Et je traitais avec (Vincent Lacroix) et je le rencontrais à l'occasion tout comme je le faisais avec d'autres. C'était dans mes fonctions, de voir ce qui se passait dans le secteur et de voir ce qui en était.»

Renaud était consultant pour Norbourg à l'époque de la perquisition du 25 août 2005. Il était alors en congé sans solde de deux ans de la fonction publique. «Je suis de retour aux Finances», a-t-il affirmé mercredi.

Quand on lui a demandé de préciser son statut, à savoir s'il se rendait travailler régulièrement au ministère, M. Renaud a répondu: «Présentement, c'est un dossier qui doit se régler aussi.»

Au ministère des Finances, le porte-parole Jacques Delorme a indiqué que M. Renaud est «temporairement à l'emploi du ministère des Finances, où il n'occupe plus ses anciennes fonctions». Il n'a pas voulu dire si M. Renaud allait être muté à un autre ministère ni pourquoi.

M. Lacroix affirme que plusieurs des frais réclamés par Norbourg au ministère des Finances n'étaient pas admissibles, étant liés «à des opérations autres que le démarrage de fonds communs. On tournait autour de 10 %. Donc, c'est à peu près 100 000 $. Sur le million de subventions (...)»

M. Renaud a nié ces allégations: «Non, il a eu ce à quoi il avait droit. Ce qu'il a présenté, ses demandes étaient admissibles. C'est un dossier qui était standard, comme les autres.»

Le paiement final s'est fait dans une chambre à l'hôtel le Concorde, à Québec, en novembre 2001, dit M. Lacroix. Il précise qu'aucun témoin n'a jamais assisté aux versements qu'il prétend avoir fait à M. Renaud.

Outre les 100 000 $ au comptant que M. Lacroix dit avoir versé à M. Renaud, Norbourg a aussi fait un chèque de 20000$ à une firme pour laquelle M. Renaud travaillait, et qui n'a fait que quelques heures de travail sur le site Internet de Norbourg.

«C'était dans l'ordre, si vous me permettez l'expression, du «ticket à l'entrée» pour le démarrage des fonds mutuels», dit-il.

M. Renaud a aussi nié ces allégations: «Ces 20 000 $ étaient pour services rendus, ce n'est pas ma compagnie. C'était pour un site Internet, et je l'ai référé.»

Le syndic Gilles Robillard a indiqué à La Presse qu'il avait demandé d'interroger M. Renaud mais ce dernier ne s'est pas présenté.