Certains gangs de rue majeurs de Montréal sont devenus à ce point organisés qu'ils blanchissent de l'argent à la Bourse.

Caroline Touzin

Certains gangs de rue majeurs de Montréal sont devenus à ce point organisés qu'ils blanchissent de l'argent à la Bourse.

C'est la découverte qu'a faite la police de Montréal récemment en échangeant des informations avec d'autres corps policiers grâce au Service du renseignement criminel du Québec (SRCQ).

Le SRCQ a présenté aux médias son premier portrait complet du crime organisé, mardi, dans la Vieille Capitale.

Des gangsters en complet-cravate se présentent devant un courtier pour acheter des actions en disant, par exemple, qu'ils ont un héritage à investir.

«Souvent, l'investissement en Bourse se fait par l'entremise d'une tierce personne qui n'a aucune idée de la nature des activités de l'investisseur», a expliqué à La Presse, le chef de la police de Montréal, Yvan Delorme, en marge de la conférence de presse. M. Delorme est également le nouveau président du SRCQ.

Comme la mafia et les motards avant eux, les gangs de rue se mettent à investir dans l'économie légale. Ils achètent des commerces, des maisons somptueuses et des voitures de luxe.

Selon le Fonds monétaire international, le blanchiment d'argent représente chaque année de 22 à 55 milliards de dollars canadiens au Canada.

La mafia, les motards et les gangs «travaillent de plus en plus ensemble», a indiqué le chef de la police de Montréal.

En pleine réorganisation, ces groupes criminels s'associent pour offrir des «services complémentaires», a ajouté pour sa part le directeur général de la Sûreté du Québec, Normand Proulx. La «paix sociale» qui règne entre le trio à l'heure actuelle est un indice, a précisé, M. Delorme, en entrevue à La Presse.

Visites de gangsters en région

Des 342 groupes criminels répertoriés par les corps policiers au Québec, il y a 57 gangs de rue uniquement dans la métropole. De ce nombre, une vingtaine sont considérés «majeurs».

Ces gangs se promènent en régions, surtout pour conduire «leurs filles» dans les bars de danseuses. Des bars généralement contrôlés par les motards.

Les motards fournissent également des drogues de synthèse (ecstasy, speed), du pot et de la cocaïne aux gangs qui les revendent dans la rue. Le marché illicite le plus exploité par les groupes criminels au Québec est sans aucun doute celui de la drogue. C'est aussi vrai pour l'ensemble du Canada.

La police a découvert que le marché de l'héroïne au Québec n'est plus uniquement contrôlé par des groupes turcs et libanais. Des groupes de l'Amérique du Sud, spécialisés dans l'exportation de cocaïne, se mettent à faire le commerce de l'héroïne.

On ne parle pas ici des grands gangs latinos ennemis, les MS-13 et les M-18, qui eux aussi, scrutent le marché montréalais.

Comme le révélait La Presse, l'hiver dernier, des gangs de rue n'hésitent pas à intimider les intervenants du système judiciaire.

L'an passé, le SRCQ a répertorié 41 actes d'intimidation contre des avocats, des policiers ou des juges, dont plus de la moitié commis par des gangs de rue.

Ces gangs «se font également remarquer par leur violence dans les établissements correctionnels au Québec», peut-on lire dans le bilan.

Liens plus serrés entre gangs et mafieux

La police prévoit un rapprochement entre la mafia et les gangs de rue à la suite de la condamnation du parrain de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto, et de l'arrestation de plusieurs présumés mafieux lors de l'opération Colisée.

Les gangs tissent de plus en plus de liens également avec d'autres gangs du Canada et des États-Unis.

Le Québec compte aussi des groupes criminels est-européens, autochtones (exportation de drogues aux États-Unis, casinos virtuels, importation d'armes à feu), du Proche et du Moyen-Orient (héroïne) et asiatiques (production de marijuana).

Chaque groupe a maintenant ses «cracks de l'informatique» qui lui permettent de diversifier ses activités criminelles sur le web, a souligné le chef de police Delorme.

Si la criminalité n'a plus de frontières, les policiers ne doivent pas en avoir non plus quand vient le temps de se transmettre de l'information, a expliqué le nouveau président du SRCQ qui collige les informations des 34 corps policiers de la province.

Le SRCQ transmet ses données à son pendant canadien, le SCRC, qui a recensé l'an dernier près de 800 groupes du crime organisé au pays, dont plus de 300 gangs de rue.