Même si le marché québécois d'eau en bouteille est contrôlé par les multinationales Danone, Nestlé, Pepsi et Coca-Cola, la PME québécoise Amaro arrive tout de même à vendre des millions de litres d'eau de source par année.

Stéphane Champagne COLLABORATION SPéCIALE

Même si le marché québécois d'eau en bouteille est contrôlé par les multinationales Danone, Nestlé, Pepsi et Coca-Cola, la PME québécoise Amaro arrive tout de même à vendre des millions de litres d'eau de source par année.

Son secret: privilégier les gros formats. L'entreprise de Saint-Cuthbert dans Lanaudière vend plus de 94 % de son eau en format de 18 litres. Elle en effectue la distribution dans les entreprises, les tours à bureaux et dans les résidences privées grâce à un réseau de 100 distributeurs indépendants aux quatre coins de la province.

Amaro serait par conséquent le dernier embouteilleur d'eau en importance appartenant à des intérêts québécois. Tous les autres, Naya, Montclair, Labrador et compagnie, sont passés aux mains de multinationales étrangères.

" Le 18 litres est notre niche. Nous ne pourrions pas concurrencer les multinationales dans le marché des petits formats (355 ml à deux litres). Elles ont un pouvoir de négociation que nous n'avons pas. Nous ne sommes vraiment pas de taille ", explique Daniel Colpron, président d'Amaro.

La recette d'Amaro semble fonctionner, car la PME vend près de 100 000 unités de 18 litres par semaine, soit près de cinq millions de cruches annuellement. Plus de 81 millions de litres d'eau de source sont ainsi pompés tous les ans dans les cinq puits aquifères de la PME appartenant à la famille Colpron.

La chaleur aidant, la semaine dernière, Amaro a fracassé son propre record en écoulant 119 000 cruches d'eau en une semaine. Le principal rival de la PME en sol québécois est l'eau de source Labrador, également disponible en format de 18 litres.

L'entreprise vend environ 90 % de son eau au pays d'Hydro-Québec. Les autres 10 % trouvent preneurs dans l'est de l'Ontario (Ottawa, Cornwall, etc.). Les ventes d'Amaro se divisent comme suit: 50 % à domicile, et 50 % dans les entreprises et les tours à bureaux.

La PME se félicite d'avoir soumissionné et obtenu le privilège de desservir en eau tous les bureaux et bâtiments du gouvernement québécois.

Le marché résidentiel offre lui aussi d'excellentes possibilités, croit Daniel Colpron. " Les refroidisseurs (supports réfrigérés qui accueillent les bouteilles de 18 litres) se vendent maintenant partout. Dans les magasins de meubles, les grandes surfaces, les quincailleries. Chaque fois qu'une personne achète un refroidisseur, c'est un client potentiel pour nous ", explique M. Colpron, détenteur d'un MBA des HEC de Montréal.

Boire de la bonne eau est quelque chose qui toujours plu à Daniel Colpron. Ce dernier a donc fortement conseillé à son père Hubert d'acheter Amaro lorsque la PME a été mise en vente dans les années 80 par son fondateur Armand Rheault (d'où le nom Amaro).

En 1987, après avoir oeuvré dans les enseignes lumineuses, la famille Colpron (le père Hubert et ses enfants André, Daniel, Liane et Jacques) est donc devenue propriétaire de la petite PME, qui occupe alors un local de 5000 pieds carrés et vend quelque 5000 cruches par semaine. Vingt ans plus tard, les installations d'Amaro ont presque décuplé.

La PME compte cinq puits sur un territoire forestiers de 800 arpents, soit 28 millions de pieds carrés. Elle fait travailler près de 50 personnes à Saint-Cuthbert et possède trois lignes d'embouteillage.

L'eau mise en bouteille par Amaro est une eau de source naturelle qui est filtrée, puis ozonée. L'ozonisation est une opération visant à oxygéner et à stériliser l'eau. Elle n'est pas considérée comme un traitement de l'eau.

Amaro peut donc conserver sur ses étiquettes l'appellation d'eau de source naturelle, à ne pas confondre avec l'eau embouteillée qui provient d'aqueducs municipaux et qui a été traitée.

Pas si simple

De 1987 à 2000, la croissance a plutôt été lente pour Amaro, reconnaît le président de l'entreprise. Mais depuis 2003, la PME enregistre une hausse annuelle de ses ventes d'environ 20 %, affirme Daniel Colpron, selon qui vendre de l'eau n'est pas aussi simple que les gens peuvent le croire.

" Les gens nous disent, " On sait bien, l'eau ça ne coûte rien. " Ils ont en partie raison, car pour le consommateur, l'eau est gratuite. Ce qui coûte quelque chose, c'est la mise en bouteille et la distribution. Peu importe où elle se trouve au Québec, une personne va payer en moyenne 6 $ pour recevoir chez elle une bouteille d'eau de source de 18 litres. Comparez pour voir combien ça coûte envoyer une seule enveloppe par FedEx ou UPS ", explique M. Colpron.

Le président d'Amaro serait d'accord si le gouvernement venait à imposer des frais pour le prélèvement de l'eau.

" Mais il faudrait que ce soit équitable pour tout le monde. Les industries, les terrains de golf sont de grands consommateurs d'eau, beaucoup plus que les embouteilleurs ", fait valoir Daniel Colpron.

Au fil des ans, la famille Colpron a reçu de nombreuses offres d'achat. " Mais on a toujours refusé ", affirme le président de la PME. Et ce, malgré le fait qu'il n'y a pas de relève en vue.

" Il n'y a aucun de nos enfants qui est intéressé par l'entreprise. Ce n'est pas grave, car ça ne nous empêchera pas par exemple d'embaucher des gestionnaires et de garder l'entreprise dans la famille ", note M. Colpron.

AmaroActivités :Mise en bouteille et vente d'eau de source

Année de fondation : 1972

Actionnaires : Famille Colpron

Chiffre d'affaires : N/D

Marché :Québec et Ontario

Siège social : Saint-Cuthbert

SiteWeb : www.amaro.ca

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