Paradis fiscaux, boutique érotique et argent comptant: un scandale financier à Saint-Hyacinthe passé inaperçu a toutes les allures d'un mini-Norbourg.

Francis Vailles

Paradis fiscaux, boutique érotique et argent comptant: un scandale financier à Saint-Hyacinthe passé inaperçu a toutes les allures d'un mini-Norbourg.

La GRC a même décidé d'entreprendre une enquête criminelle sur cette affaire abracadabrante, en novembre dernier, après avoir pris connaissance de divers faits et témoignages troublants. L'Autorité des marchés financiers (AMF) s'est également mise de la partie.

L'entreprise en question s'appelle Gestion 2007 International et son principal dirigeant est Rock-Robert Bilodeau. Fondée en 2001, l'entreprise recrutait des investisseurs en leur promettant des rendements irréalistes pour des produits financiers internationaux qui se sont révélés fictifs. Les rendements promis atteignaient parfois 70% par année.

Le scandale a éclaté en févier 2006 lorsque Rock-Robert Bilodeau et ses entreprises se sont mis sous la protection de la loi sur les faillites. L'information sur ce dossier nous vient essentiellement des documents publics du syndic de faillite Roy Métivier Roberge.

Globalement, 135 investisseurs réclament 18,9 millions de dollars. Cette somme inclut les intérêts attendus sur les quelque 9 millions qu'ils ont directement investis.

Les réclamations pourraient augmenter, toutefois, puisque certains investisseurs n'ont pas encore produit de preuve de réclamation. C'est le cas du Groupe Fides, de Drummondville, qui y a soi-disant investi plusieurs centaines de milliers de dollars. Le Groupe Fides était dirigé par Gaby Cournoyer, pour qui l'AMF réclame une peine d'emprisonnement.

Au fil de son enquête sur Gestion 2007 International, le syndic a constaté des irrégularités à faire dresser les cheveux sur la tête. D'abord, plusieurs investisseurs injectaient des fonds et recevaient leurs paiements d'intérêts en argent liquide, sans pièces justificatives et sans états de compte.

Dans bien des cas, l'argent des investisseurs a été prêté à des entreprises sans qu'aucun document justificatif ait été produit. Les prêts ont également été faits à des entreprises en faillite ou à des gens qui ont disparu.

Jean Lelièvre, responsable du dossier au syndic Roy, Métivier, Roberge, croit qu'on a affaire à une combine de type Ponzi. Il s'agit d'un stratagème par lequel des gestionnaires remboursent le capital et les intérêts des investisseurs non pas avec leurs placements qui ont fructifié, mais avec les contributions des autres investisseurs.

Cette combine, inventée par l'américain Charles Ponzi au début des années 20, fonctionne sur le principe de «voler Pierre pour rembourser Paul». Rien ne transparaît tant que les demandes de remboursement sont peu nombreuses. La structure s'effondre quand plusieurs réclament en même temps.

Le syndic n'est pas encore en mesure d'estimer combien d'argent sera rendu aux investisseurs. Des quelque 8,1 millions de dollars que le syndic tente de récupérer, seulement 1,1 million avait été reçu, le printemps dernier.

Du reste, environ 5,5 millions sont irrécupérables ou ont peu de chance d'être récupérés. «L'essentiel des fonds va être perdu», a déclaré M. Lelièvre au cours d'une conversation téléphonique.

Parmi les prêts irrécupérables, mentionnons une avance de plus de 180 000$ à la boutique érotique Concept Lee Love, de Sainte-Foy, dont Rock Bilodeau est actionnaire.

Rock Bilodeau a également prêté 225 000$ au garage Brother Auto Care, d'Ottawa. Les actionnaires, des Chinois, ont plié bagage depuis et sont retournés en Chine sans laisser d'adresse.

Trois gros investissements de Gestion 2007 sont classés au rang des créances douteuses. D'abord, une somme de 2,6 millions est due par Libertas International, une firme de Gatineau présidée par Bernard Massé.

Le syndic n'a trouvé aucune pièce justificative pour ce prêt, qui a servi à rembourser à 100% les créanciers d'une quasi-faillite de Libertas, il y a deux ans.

Le syndic a interrogé Bernard Massé, mais «les réponses évasives obtenues nous laissent très perplexes quant à ces prêts et à l'utilisation qui en a été faite», écrit le syndic dans son rapport d'août 2006.

Aujourd'hui, les 2,6 millions risquent d'être perdus, puisque Libertas s'est de nouveau mise sous la protection de la loi sur la faillite.

Par ailleurs, une somme de 373 829$ a été prêtée à deux entrepreneurs d'outre-mer, Gene Dion et Marc Toutloff. Cet argent a transité par le Luxembourg pour aboutir dans un compte bancaire du Panama.

Il a vraisemblablement été investi dans un produit appelé Forex (spéculation sur devises étrangères).

L'été dernier, le syndic a eu un bref entretien téléphonique avec Gene Dion, mais «il nous a mentionné ne rien devoir, que le projet n'aurait pas fonctionné avant de mettre fin à la discussion abruptement», écrit le syndic dans son rapport.

Enfin, 700 000$ ont été investis en capital-action dans les entreprises de Pierre Morency, producteur et organisateur de conférences. Le syndic considère que les entreprises n'ont probablement aucune valeur marchande.

Le syndic a localisé des fonds dans une dizaine de banques étrangères, dont certaines sont au Luxembourg, aux Bahamas, à New York et au Panama.

Les investisseurs sont souvent des particuliers peu fortunés qui y ont parfois injecté toutes leurs économies. Certains sont mieux nantis.

Par exemple, le créancier Groupe organisation logique financière, de Mascouche, réclame 2,2 millions de dollars. Il a été impossible de joindre les deux actionnaires, Robert Parent et Serge Desjardins.

De son côté, la société à numéro 9116-0945, de Saint-Lambert, réclame 1,2 million. Cette entreprise est la propriété unique du Français Claude Sabbah, qui fait des conférences mondiales intitulées Biologie totale des êtres vivants et Déprogrammation biologique.

Nous avons joint Rock-Robert Bilodeau au téléphone, mais il n'a pas voulu répondre à nos questions.

Quoi qu'il en soit, les investisseurs devront prendre leur mal en patience. Dans son avis aux créanciers en octobre dernier, le syndic a mentionné que l'enquête criminelle de la GRC pourrait prendre plusieurs mois, voire plusieurs années. De son côté, le syndic aura probablement terminé plus tôt.