Au moment même où Ottawa s'interroge sur les frais bancaires, Desjardins hausse de 1,50 à 2 $ la surcharge qu'elle facture aux non-membres qui utilisent ses guichets automatiques.

Presse Canadienne

Au moment même où Ottawa s'interroge sur les frais bancaires, Desjardins hausse de 1,50 à 2 $ la surcharge qu'elle facture aux non-membres qui utilisent ses guichets automatiques.

Le mouvement coopératif devient ainsi l'institution financière dont l'utilisation des guichets automatiques coûtera le plus cher pour ceux qui n'y ont pas de compte.

Un porte-parole de Desjardins, André Chapleau, a expliqué mardi que l'augmentation visait à faire porter pleinement aux non-membres les coûts de leur utilisation des quelque 2800 appareils du Mouvement.

«(Les guichets), ça appartient collectivement à l'ensemble de nos membres, c'est leur patrimoine dans le fond, et lorsque des personnes qui ne sont pas membres de Desjardins les utilisent, je pense qu'il est normal qu'ils en assument une partie des coûts», a déclaré M. Chapleau dans un entretien téléphonique accordé à la Presse Canadienne.

«Cela dit, il est peut-être plus avantageux pour ces personnes-là, ultimement, de devenir membres d'une Caisse: ça leur coûte 5 $ et ils en seraient quittes pour avoir accès à un parc de guichets assez important au Québec», a ajouté le porte-parole de Desjardins.

Depuis lundi, les non-membres qui retirent de l'argent d'un guichet de Desjardins se voient facturer une surcharge de 2 $, qui s'ajoute aux frais Interac de 1,50 $ imposés par les banques. Ces dernières ne facturent pour l'instant que 1,50 $ aux clients des autres institutions financières, y compris Desjardins, à quoi il faut aussi ajouter les frais Interac de 1,50 $.

André Chapleau assure que la hausse a été décidée il y a plusieurs semaines, bien avant que le ministre des Finances, Jim Flaherty, ne lance le débat sur les frais encourus pour l'utilisation de guichets automatiques d'autres institutions financières.

«C'est une coïncidence qui fait que ça arrive comme ça», a-t-il affirmé.

Le porte-parole précise que l'entretien de ses guichets automatiques coûte plus de 42 millions $ par année à Desjardins. Il n'a pas voulu divulguer combien rapporterait l'augmentation au Mouvement.

L'augmentation touchera plus particulièrement les clients des banques qui comptent peu de guichets automatiques au Québec et qui doivent parfois se rabattre, par conséquent, sur les appareils de Desjardins.

Banque Laurentienne

Interrogé sur la question des frais bancaires à l'occasion de son assemblée annuelle des actionnaires, mardi, le président et chef de la direction de la Banque Laurentienne, Réjean Robitaille, a déploré que le débat soit devenu «très politisé».

«Oui, il y a des choses peut-être que les banques peuvent considérer (au sujet des frais), mais il y a également (...) un peu plus d'éducation qui peut être fait au niveau de la clientèle qui utilise les services des guichets des compétiteurs, a-t-il dit. Il y a d'autres moyens que de simplement utiliser les guichets automatiques des compétiteurs.»

M. Robitaille a rappelé que la Banque Laurentienne, comme toutes les autres institutions, offrent des forfaits qui permettent de réduire considérablement les frais bancaires, à la condition bien sûr de s'en tenir aux guichets maison.

«Avec la prolifération des guichets automatiques, les gens sont habitués d'avoir le service immédiatement, mais c'est eux qui décident ou pas, malheureusement, de payer cette surcharge-là», a soutenu Réjean Robitaille.

Les représentants de la Laurentienne et de Desjardins ne manquent pas de souligner que ce sont les guichets privés, non détenus par les institutions financières, qui facturent les frais les plus élevés.

M. Robitaille s'est par ailleurs dit «indisposé» de ne pas avoir été invité à la rencontre tenue lundi à Toronto par le ministre Flaherty pour discuter de la question. Seuls les dirigeants des six plus grandes banques du pays y étaient conviés.

Quant au Mouvement Desjardins, il n'est pas directement assujetti à la Loi fédérale sur les banques, mais toute modification aux frais bancaires de la concurrence aurait vraisemblablement une incidence sur ses activités.