Les États-Unis ont affiché un nouveau déficit commercial record en 2006, plombé par le pétrole et le déséquilibre des échanges avec la Chine qui irrite de plus en plus les Américains.

Agence France-Presse

Les États-Unis ont affiché un nouveau déficit commercial record en 2006, plombé par le pétrole et le déséquilibre des échanges avec la Chine qui irrite de plus en plus les Américains.

Le déficit a atteint 763,6 G$ US l'an dernier contre 716,7 G$ US en 2005, a indiqué mardi le département du Commerce.

C'est la cinquième année consécutive de record pour le déficit commercial, un phénomène inquiétant aux yeux des partenaires des États-Unis qui voient le pays vivre au-dessus de ses moyens.

«Les Américains empruntent plus de 50 G$ US par mois», souligne Peter Morici, professeur d'économie à l'Université du Maryland.

«La dette totale atteint 6000 G$ US, et avec des taux d'intérêt de 5%, le service de la dette coûte environ 2000 $ US par travailleur et par an», ajoute-t-il.

Mais un mieux est peut-être en vue : le déficit ne s'est aggravé que de 6,5% l'an dernier, après quatre années de hausse à deux chiffres.

La dépréciation du dollar «a sans doute un peu aidé» à ce ralentissement, estime John Lonski de Moody's Investors Service.

L'euro a pris plus de 11% face au dollar l'an dernier, et selon M. Lonski la dégringolade n'est pas terminée. «Tant que nous aurons cet énorme déficit des comptes courants il sera très difficile de dire avec certitude que le dollar a touché son cours le plus bas», assure-t-il.

L'an dernier, les États-Unis ont accéléré à la fois leurs achats et leurs ventes à l'étranger : les exportations ont progressé de 12,8% à 1438 G$ US et les importations de 10,5% à 2201 milliards.

Comme les années précédentes, le déséquilibre de 2006 s'explique par l'appétit des Américains pour les produits fabriqués à l'étranger, aggravé l'an dernier par la flambée des cours du pétrole.

Alors que le prix moyen à l'importation du baril de pétrole atteignait un record de 58 $ US, les importations de matières premières ont bondi de 79 G$ US l'an dernier.

De fortes hausses ont également été enregistrées pour les voitures, les produits de consommation et les biens d'équipement.

Cet appétit de consommation se traduit par une dépendance de plus en plus grande envers la Chine, grande pourvoyeuse de produits à bas prix, qui a représenté l'an dernier plus du quart du déficit commercial total (232,5 G$ US).

La situation fait bondir les industriels qui jugent le yuan sous-évalué et accusent Pékin de provoquer des délocalisations massives d'emplois sans que le gouvernement américain ne réagisse.

«L'aggravation de notre déficit commercial et la perte concomitante de trois millions d'emplois dans l'industrie sont une conséquence directe de notre politique commerciale», a estimé l'association des industriels américains pour une action commerciale (AMTAC), en appelant le Congrès à intervenir pour durcir le ton face à la Chine.

Les États-Unis se sont toujours refusés jusqu'à présent à accuser la Chine de manipulation de son taux de changes, préférant le dialogue. Mais ils ont récemment demandé l'arbitrage de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) sur les subventions versées par Pékin à son industrie.

À plus court terme, les chiffres publiés mardi risquent d'entraîner une révision à la baisse de la croissance américaine.

En décembre, le déficit a été plus important que prévu (61,2 G$ US contre 58,1 milliards en novembre).

«La croissance du quatrième trimestre va sans doute être révisée en nette baisse, à un peu moins de 3% au lieu des 3,5% annoncés initialement», estime M. Lonski.