Les travailleurs canadiens ne sont pas obsédés par l'argent. Au contraire, les plus heureux expliquent que c'est le sentiment de s'accomplir et un environnement de travail sain qui font leur bonheur.

Michel Munger

Les travailleurs canadiens ne sont pas obsédés par l'argent. Au contraire, les plus heureux expliquent que c'est le sentiment de s'accomplir et un environnement de travail sain qui font leur bonheur.

Voilà ce qui ressort d'un sondage réalisé sur Internet par la firme NorthStar Research Partners auprès de 8750 travailleurs canadiens pour le compte du site d'emploi Workopolis.

L'enquête a permis d'établir un palmarès des 20 professions qui procurent le taux de satisfaction le plus élevé au pays. Les sondés ont dû noter, sur une échelle de 1 à 10 le niveau de satisfaction pour chacun des 11 critères.

Si le palmarès est dominé par la passion des chefs de la direction d'entreprise et par celle des professeurs, un courant de bien-être personnel s'affiche nettement dans les critères retenus pour se sentir satisfait au travail.

Les Canadiens qui aiment leur emploi ne placent pas l'argent ou les conditions de travail au sommet de la pyramide des valeurs, mais bien la qualité de leur environnement et leur capacité de s'accomplir.

Ainsi, la culture organisationnelle prend le premier rang, suivie de l'occasion d'utiliser ses compétences et de celle de se développer au niveau professionnel.

Les conditions de rémunération, les heures de travail flexibles et le niveau de stress se trouvent dans les bas fonds de leurs priorités.

«Je ne suis pas étonné des résultats, lance Bruno Gendron, vice-président à la région de l'est du Canada chez Workopolis, en entrevue téléphonique. Je pense que les gens heureux au travail ne font pas référence à la rémunération, aux heures de travail flexibles et au stress. Ils s'intéressent à la capacité de s'accomplir au boulot. Ceux qui adorent ce qu'ils font sont rares mais ils ne songent pas à l'argent.»

À la lumière de ces données, un travailleur à la recherche de salut dirait-il non à un emploi moins captivant mais plus lucratif ?

«C'est effectivement la conclusion que nous pouvons déduire, répond M. Gendron. Quand un professionnel se connaît et aime ce qu'il fait, il change d'emploi seulement pour les bonnes raisons, donc pour ce qui le fait vibrer.»

Paradoxalement, si l'on demande aux Canadiens de quoi ils s'ennuieraient s'ils quittaient leur emploi actuel, ils invoquent les critères les moins importants aux yeux de ceux qui s'affirment les plus satisfaits.

Ainsi, la flexibilité des heures de travail arrive au premier rang chez 28% des répondants, l'environnement suivant de près avec 24%. Les conditions de rémunération se classent troisièmes avec 20%.

Au bas de l'échelle, l'occasion de servir la communauté (7%), les occasions d'avancement (7%) et l'occasion de travailler à la maison (6%) traînent de la patte.

Quant à ce qu'il faudrait changer dans leur situation d'emploi, 36% des travailleurs souhaitent gagner plus d'argent. Les jeunes de 18 à 24 ans y croient davantage, soit dans une proportion de 41%.

L'avancement au sein de l'entreprise se trouve loin derrière, avec 12% de répondants. Seulement 3% se plaignent de ne pas pouvoir laisser libre cours à leur créativité.

Bruno Gendron estime que les entreprises font généralement preuve de bonne foi, mais qu'elles ne comprennent pas toutes le besoin de créer un milieu de travail stimulant.

«Nous observons un réel changement au plan des priorités professionnelles, dit-il. Les employeurs n'en sont peut-être pas tous conscients, mais par contre, c'est généralement ce qu'ils rêvent de donner à leurs employés. Ils veulent fournir un environnement qui permet de se réaliser, d'être mis au défi et de rester longtemps.»

Il reste à voir quelles leçons le travailleur moyen peut tirer d'une telle enquête.

«Pour maintenir votre satisfaction au travail, conseille Bruno Gendron, il importe de bien évaluer à quel point votre emploi actuel se mesure par rapport aux valeurs que vous chérissez le plus.»

Des exemples ?

«Si une nouvelle voiture fournie par l'entreprise peut être un facteur de motivation essentiel pour certains, illustre notre interlocuteur, d'autres privilégieront la chance d'être créatif ou autonome. Pour quelqu'un qui a l'impression de faire du surplace, il importera de rester ouvert à toute nouvelle occasion comme facteur de motivation.»