Peu de gens savent que Montréal est le berceau de plusieurs grands journaux à potins américains. Et encore moins que le fisc mène une bataille contre l'entreprise montréalaise à l'origine de ces journaux, Globe International.

Francis Vailles

Peu de gens savent que Montréal est le berceau de plusieurs grands journaux à potins américains. Et encore moins que le fisc mène une bataille contre l'entreprise montréalaise à l'origine de ces journaux, Globe International.

Selon nos informations, Revenu Canada réclame 24,6 millions de dollars au fondateur du National Examiner et de l'hebdomadaire Globe, des journaux jaunes à grand tirage.

Le fisc a même pris une hypothèque sur le principal immeuble de l'entreprise, au 1350, rue Sherbrooke Ouest, à Montréal.

La Presse Affaires a mis la main sur l'hypothèque consentie à Revenu Canada par Globe International et Globe International Investments, le 3 janvier. L'hypothèque s'élève à 10,3 millions de dollars, soit l'équivalent de la valeur marchande de l'immeuble de 16 étages.

Globe International est la propriété du Montréalais Michael Rosenbloom. L'homme d'affaires de 77 ans a fait sa fortune dans l'industrie du commérage à partir de 1969 en rachetant un petit journal de Montréal, selon un article de la revue Commerce qui date de 1998.

Au moment du reportage de Commerce, le Globe et ses articles sur Leonardo DiCaprio, O.J. Simpson ou la résurrection d'Elvis tiraient à 120 millions d'exemplaires par année. Ce volume plaçait le Globe au troisième rang aux États-Unis, derrière le National Enquirer et le Star.

Mais à l'aube de ses 70 ans, Michael Rosenbloom a décidé de vendre une bonne part de son entreprise. En novembre 1999, American Media -l'éditeur du National Enquirer- a offert 100 millions de dollars comptant à M. Rosenbloom, en plus de 5 millions de dollars d'actions d'American Media. L'information est tirée des documents déposés à la Securities and Exchange Commission des États-Unis.

L'offre comprenait le Globe, l'Examiner et le Sun, mais également le siège social américain de l'entreprise, à Boca Raton, en Floride. Il n'a pas été possible de savoir quels éléments d'actif a conservé l'entité Globe International à Montréal.

Toutefois, tout indique que cette transaction est à l'origine du litige actuel de Globe International avec Revenu Canada. Dans l'acte d'hypothèque, il est indiqué que c'est l'avis de cotisation de l'année 2000 qui pose problème. Après des années de vérifications et de discussions, le fisc a décidé de réclamer 24,6 millions pour cette année-là, en septembre 2006.

Globe International s'y est opposé mais, en vertu de la Loi de l'impôt, une entreprise doit acquitter sur-le-champ la moitié de sa créance au fisc, quitte à être remboursée si la contestation lui donne raison. Il est possible qu'en plus de l'hypothèque, Globe ait aussi versé 2 millions de dollars, question d'atteindre, avec l'hypothèque de 10,3 millions, la moitié de la somme globale exigée par la loi (12,3 millions).

La porte-parole de Revenu Canada, Kareen Dionne, n'a pas voulu donner de détails, puisque les dossiers des contribuables sont confidentiels. Au moment de mettre sous presse, ni Michael Rosenbloom ni le vice-président, finances, de Globe International, Milo Smith, n'avaient rappelé La Presse Affaires.

Règle générale, Revenu Canada partage ses informations avec le ministère du Revenu du Québec dans de tels dossiers. On peut donc s'attendre à ce que la facture soit deux fois plus importante pour Globe International, soit une cinquantaine de millions de dollars.

Payants, les potins?...