Un secteur mou, une industrie sans avenir à cause d'un dollar qui frôle la parité... les fabricants de meubles (ceux qui restent à tout le moins) les ont toutes entendues. Mais voilà qu'un d'eux contre-attaque à l'aide de la 3D.

Stéphane Paquet

Un secteur mou, une industrie sans avenir à cause d'un dollar qui frôle la parité... les fabricants de meubles (ceux qui restent à tout le moins) les ont toutes entendues. Mais voilà qu'un d'eux contre-attaque à l'aide de la 3D.

«Montréal, c'est la capitale mondiale du 3D. On a la chance d'avoir tous ces whiz kids-là.»

Jean Deveault, vice-président au marketing des meubles Canadel, à Louiseville, près de Trois-Rivières, en a long à dire sur son nouveau joujou: un système d'animation 3D qui permettra aux consommateurs de reproduire des pièces de leur maison en y incorporant des meubles aux couleurs et tailles voulues.

«C'est la première fois que ça se fait. On va faire un malheur avec ça», dit-il. Il est tellement confiant que Canadel a décidé d'investir entre 1,1 et 1,4 million dans le projet.

Pour Canadel, qui exporte plus de 80% de sa production au sud de la frontière, la 3D permettra d'offrir au client «une expérience d'achat plaisante», selon les termes du patron de Canadel, Michel Deveault, le frère du premier.

Cette utilisation de la 3D permettra, espèrent les deux frères, de profiter plus à fond de l'avantage qui revient toujours quand on parle de produits québécois en concurrence avec la production chinoise: la possibilité d'offrir des meubles adaptés aux goûts des clients en raison de la proximité.

Michel Deveault appelle ça «la personnalisation de masse». Autrement dit, le client peut choisir la couleur de ses barreaux de chaise... sans avoir à attendre le conteneur chinois pendant des mois.

Chez Canadel, on pense même que le pire de la crise du meuble québécois est passé, que les consommateurs demandent maintenant autre chose que des bas prix venus d'Asie.

«Tu sens qu'il y a un réveil, dit Jean Deveault. Mon feeling, c'est que le produit domestique a plus d'avenir qu'il en avait.»

Depuis leur sommet de 2004, les ventes de Canadel sont en baisse de 25%. Pour les seuls États-Unis, c'est moins 30%, selon les estimations de Michel Deveault. Cette année, les ventes prennent toutefois du mieux par rapport à l'an dernier.

Canadel va présenter son système d'animation à la fin du mois à la foire de High Point, en Caroline du Nord. La Presse Affaires a tenté d'en avoir une démonstration pour le comparer à d'autres produits comme celui de Technologies 20-20 par exemple, mais on devra attendre.

Au printemps 2008, le fabricant de la Mauricie commencera la distribution aux quelque 1300 magasins qui vendent ses meubles en Amérique du Nord.

Déjà, des partenaires se greffent au projet. Les peintures Benjamin Moore offrent leurs couleurs pour la peinture virtuelle. D'autres acteurs offriront bientôt leurs lampes, leurs tapis.

L'entente avec Benjamin Moore ne rapportera rien à Canadel. Et pour les autres qui viendront? «C'est un nouveau modèle d'affaires, une nouvelle bibitte», se contente de dire Jean Devault.