Autre coup dur pour la biotech-pharma québécoise: Desjardins Capital de risque a décidé de se retirer comme investisseur actif de ce secteur qui souffre de la désaffection du marché.

Denis Arcand

Autre coup dur pour la biotech-pharma québécoise: Desjardins Capital de risque a décidé de se retirer comme investisseur actif de ce secteur qui souffre de la désaffection du marché.

La firme d'investissement vient de licencier deux directeurs d'investissement spécialisés dans les placements en biotechnologie et est à la recherche d'un acheteur ou d'un gestionnaire externe à qui céder le suivi des firmes les plus spéculatives parmi les 18 entreprises dans lesquelles elle a une participation, a appris La Presse.

«Nous n'investirons plus dans de nouvelles firmes du secteur biopharmaceutique, qui font de la recherche dans le domaine thérapeutique», a dit Danielle Routhier, la directrice des communications des Desjardins Capital de risque. Mais la firme continue de réinvestir lorsque nécessaire dans des firmes où elle a déjà une participation, a-t-elle ajouté.

Desjardins a d'ailleurs participé à une nouvelle ronde de financement mardi, injectant un montant non divulgué dans Enobia Pharma, une firme biopharmaceutique de Montréal dont elle est investisseur minoritaire depuis plusieurs années.

Diverses sources ont indiqué à La Presse que Desjardins Capital de risque a décidé qu'elle ne veut plus du risque financier considérable que représentent les firmes biotechnologiques sans revenus et vouées seulement à la recherche et au développement.

Desjardins Capital de risque, qui exploite neuf fonds régionaux (dont un publie des résultats financiers indépendants), a jeté l'éponge devant les coûts élevés, les délais très longs, la rareté des succès commerciaux et les radiations salées qui accompagnent les échecs cliniques de médicaments expérimentaux, estiment des gens qui connaissent ce secteur décimé du capital-risque.

Desjardins Capital de risque imite ainsi la Caisse de dépôt et placement, qui a complètement quitté l'investissement direct dans des firmes du secteur de la santé, il y a plusieurs années.

Décision imminente

Le président de Desjardins Capital de risque, Louis Roquet, n'était pas directement joignable mardi, a dit la porte-parole Mme Routhier.

«Mais M. Roquet fait dire que Desjardins Capital de risque étudie la possibilité de confier une partie du portefeuille thérapeutique (les biopharmaceutiques) à une équipe expérimentée qui a des actifs dans le secteur», a-t-elle dit.

«Et une décision est imminente.»

Interrogé sur l'impact financier des placements biotechs de Desjardins Capital de risque, Mme Routhier a indiqué: «Il y a eu des pertes, mais je ne peux pas les qualifier.»

Selon des sources, la firme aurait envisagé de confier la gestion de son portefeuille biopharmaceutique à Trudie Resch, vétéran du capital-risque en biotech, qui travaille déjà comme consultante chez Desjardins Capital de risque.

Mais deux sources ont indiqué qu'on examine aussi, depuis peu, la possibilité de céder le portefeuille à des gestionnaires externes. Des noms comme Multiple Capital, Proquest, et Genechem, tous établis à Montréal, ont été évoqués, mais personne n'a rappelé La Presse.

«Mais s'ils vendent leur portefeuille, ils vont devoir concéder une escompte considérable sur la valeur aux livres», a dit une source.

«Je ne suis pas certain qu'ils sont prêts à faire ça. Je ne sais pas s'ils ont un plan B.»

Directeurs licenciés

En attendant, deux des trois directeurs d'investissement de Desjardins Capital de risque, Anne-Isabelle Daviau et Fédéric Lemaître-Auger, ont été licenciés il y a près de deux semaines. Une seule, Marie-Agnès Chavane, reste en poste.

Selon Mme Routhier, Desjardins Capital de risque possède des participations valant 65 millions dans 18 firmes du secteur de la santé. En tout, la firme a 535 millions de dollars dans 285 firmes de divers secteurs. Le dernier investissement dans un nouveau dossier remonte à mai 2004, a dit Mme Routhier.