La vaisselle? Pas avant 21h. Le sèche-linge? Jamais entre 6 et 8h le matin. Les Québécois devront bientôt se poser ce genre de questions s'ils veulent contenir l'augmentation de leur facture d'électricité.

Hélène Baril

La vaisselle? Pas avant 21h. Le sèche-linge? Jamais entre 6 et 8h le matin. Les Québécois devront bientôt se poser ce genre de questions s'ils veulent contenir l'augmentation de leur facture d'électricité.

On en parle déjà depuis un bout de temps, mais la Régie de l'énergie pousse maintenant dans le dos d'Hydro-Québec pour qu'elle développe une tarification différenciée dans le temps.

Dans sa décision de mardi qui accorde à Hydro-Québec une augmentation de 1,9% des tarifs d'électricité à compter du 1er avril, la Régie estime que la société d'État traîne un peu les pieds et revient à la charge sur cette question.

La Régie a demandé à Hydro d'associer, heure par heure, les coûts d'approvisionnement en électricité aux différentes catégories de consommateurs.

«Cet outil servira éventuellement au développement d'une tarification différenciée dans le temps, telle qu'évoquée dans la stratégie énergétique du gouvernement», dit la Régie qui précise que la correction de la structure tarifaire actuelle est une priorité pour elle.

Corriger les structures tarifaires, ça veut dire appliquer un tarif différent selon le niveau de consommation, la saison de l'année ou les heures de la journée. Ces différents tarifs visent à diminuer la consommation lorsque le réseau est très sollicité et, ultimement, à réduire les besoins de nouvelles centrales de production toujours plus coûteuses à construire.

À la demande de la Régie, Hydro a déjà étudié la possibilité d'un tarif différent selon la saison, comme c'est le cas en Ontario, où les tarifs sont plus élevés en été, période de forte consommation à cause des climatiseurs, qu'en hiver.

Au Québec, pour atteindre le but visé, il faudrait que les tarifs de l'hiver soient plus élevés que ceux de l'été, et plus élevés que les autres sources de chauffage. Comme les besoins de chauffage sont difficilement compressibles, les consommateurs devraient se tourner vers d'autres sources d'énergie s'il veulent réduire leur facture énergétique.

Réduire la demande d'électricité utilisée pour le chauffage est d'ailleurs un des objectifs de la stratégie énergétique que le gouvernement libéral a mis beaucoup de temps à mettre au point.

«La nouvelle structure tarifaire de l'électricité (...) enverra aux consommateurs québécois un meilleur signal de prix lorsqu'ils doivent choisir la source d'énergie qu'ils utiliseront pour se chauffer. On doit en effet se demander s'il est toujours pertinent de systématiquement chauffer à l'électricité», dit le document gouvernemental.

Hydro a déjà tenté une expérience de tarifs différenciés, sur une petite échelle. Deux tarifs ont été proposés aux clients volontaires, qui disposaient d'une source de chauffage autre que l'électricité.

Un tarif plus élevé que le tarif régulier, soit 14,41 cents le kilowattheure s'applique entre 6 et 11 heures et entre 15 et 22 heures, du lundi au vendredi et de décembre à mars.

En dehors de ces périodes, soit le week-end, en milieu de journée et l'été, le tarif est de 4,01 cents le kilowattheure, soit beaucoup plus bas que le tarif régulier d'environ 7 cents le kilowattheure.

L'expérience n'a pas été jugée concluante par Hydro, qui estime que la formule ne présente pas beaucoup d'avantages pour la gestion de la demande de pointe et qu'elle est trop contraignante pour ses clients, qui doivent faire attention à leur consommation pendant une trop longue période de temps, soit 800 heures par année.

À la demande de la Régie, Hydro doit se brancher et proposer une formule de tarifs différenciés lors de sa prochaine demande d'augmentation, l'automne prochain. Peu importe la formule retenue, Hydro devra aussi proposer des moyens de mesurer la consommation selon des tarifs différents selon les heures de la journée ou selon la saison.

Les compteurs intelligents, qui ont commencé à remplacer les compteurs traditionnels en Ontario et en Californie, sont une solution coûteuse qui ferait grimper la facture des consommateurs, estime Hydro, qui a commencé à examiner cette question l'an dernier à la demande de la Régie.

En Ontario, par exemple, les consommateurs devront payer 30 cents de plus par mois pour financer le déploiement des compteurs intelligents. Au Québec, la mise en vigueur d'une tarification différenciée ne doit pas faire augmenter la facture, a prévenu le gouvernement.

Selon Hydro-Québec, il est possible de mettre en vigueur des tarifs différenciés en utilisant des compteurs un peu plus sophistiqués que les compteurs actuels mais beaucoup moins que les compteurs intelligents.

Les compteurs dits à double registre, l'un pour le prix élevé et l'autre pour le prix bas, pourraient suffire.

Pour plus de détails, il faut attendre à l'automne, a indiqué mercredi la porte-parole d'Hydro, Hélène Laurin. Quelle que soit la formule retenue, elle ne sera pas imposée à tous les clients, qui auront le choix d'y adhérer ou pas, a-t-elle ajouté.