Pour le deuxième trimestre d'affilée, les manufacturiers canadiens font preuve d'un optimisme modéré: ils sont plus nombreux à prévoir que leur production va augmenter plutôt que diminuer au cours du présent trimestre.

Rudy Le Cours

Pour le deuxième trimestre d'affilée, les manufacturiers canadiens font preuve d'un optimisme modéré: ils sont plus nombreux à prévoir que leur production va augmenter plutôt que diminuer au cours du présent trimestre.

L'enquête sur les perspectives du monde des affaires menée début juillet par Statistique Canada auprès de 3000 d'entre eux fait aussi ressortir que les fabricants d'aliments, de produits chimiques, pharmaceutiques, métalliques et de caoutchouc ainsi que de matériel de transport voient la vie en rose alors que les producteurs de pétrole, de papier et de machines broient du noir.

Sur une base régionale, la morosité persiste au Québec, au Manitoba, au Nouveau-Brunswick et dans l'Île-du-Prince-Édouard.

Somme toute, le secteur dans son ensemble prend du mieux malgré l'appréciation de 6% du dollar canadien et une hausse du taux directeur par la Banque du Canada depuis la dernière enquête d'avril.

«Les fabricants sont restés optimistes pour le troisième trimestre avec le meilleur bilan des opinions pour la production depuis le quatrième trimestre 2004», note Marc Pinsonneault, économiste à la Financière Banque Nationale.

À RBC Groupe financier, on a créé un indice à partir de ces données pour mieux en suivre le cours au fil du temps. Une lecture supérieure à 50, comme c'est le cas pour un deuxième trimestre d'affilée, est synonyme d'expansion.

«Avant ces deux derniers trimestres, l'indicateur était resté sous la barre de 50 pendant neuf trimestres de suite», rappelle l'économiste Dawn Desjardins.

«Cela laisse supposer que la fabrication contribuera légèrement à la croissance de l'économie», renchérit Ted Carmichael de JP Morgan.

L'enquête révèle aussi que le volume des nouvelles commandes devrait continuer de grossir, bien qu'à un moindre rythme qu'au deuxième trimestre, où il avait vraiment rebondi.

Commandes en carnets

En revanche, le volume des commandes en carnets est à la baisse cette fois-ci alors qu'il était constant au printemps.

Les producteurs de métaux de base et de papier sont grandement responsables de ce recul. Le Québec sera donc forcément touché étant très engagé dans ces deux sous-secteurs.

Quatre manufacturiers sur cinq jugent les stocks quasi normaux, mais on compte trois fois plus d'entreprises à les considérer comme trop élevés plutôt que trop faibles.

Au chapitre de l'emploi, enfin, plusieurs fabricants se plaignent du manque de travailleurs qualifiés, qui représente le principal frein à l'augmentation de leurs effectifs.

Cette réalité est mal distribuée à l'échelle du pays cependant puisque les manufacturiers du Québec et de l'Ontario envisagent de nouveaux licenciements d'ici à l'automne.

«Le secteur manufacturier semble aller mieux qu'on le croyait, note Jacqui Douglas, de TD Valeurs mobilières. Même si la force du dollar est toujours perçue comme une entrave, un nombre grandissant d'entreprises déplorent la pénurie de travailleurs qualifiés.»

Si tel est le cas, la Banque du Canada sera amplement fondée à majorer une autre fois son taux directeur, début septembre. Depuis le 10 juillet, il est fixé à 4,50%, soit 75 points centésimaux de moins que le taux directeur de la Réserve fédérale américaine.