Vincent Lacroix est toujours à la recherche d'un trou comptable de 20 M$ dans les fonds communs Évolution qu'il a acquis de la Caisse de dépôt en 2003, mais il s'est encore buté à un mur lundi matin au palais de justice de Montréal.

Michel Munger

Vincent Lacroix est toujours à la recherche d'un trou comptable de 20 M$ dans les fonds communs Évolution qu'il a acquis de la Caisse de dépôt en 2003, mais il s'est encore buté à un mur lundi matin au palais de justice de Montréal.

En matinée, il amorçait le contre-interrogatoire de Normand Leclerc, qui a présidé les destinées de CITAC, une compagnie de Québec ayant agi à titre de soutien administratif pour les fonds Évolution.

Si les témoins précédents répondaient difficilement aux questions souvent pointues de l'ancien PDG de Norbourg, Normand Leclerc remettait fréquemment les pendules à l'heure.

M. Lacroix avait déjà remis en question les procédures de CITAC plus tôt lors du procès pénal. La compagnie maintenait une encaisse généreuse dans le compte en fiducie qui permet de transférer l'argent des investisseurs. Cela permettait de minimiser le nombre de transactions afin d'économiser sur les frais.

Revenant sur ce sujet, M. Lacroix a rappelé qu'une encaisse de 10 M$ se trouvait dans le compte à la fin de novembre 2004, alors qu'habituellement, les fonds communs investissent un maximum d'argent au nom des épargnants.

Normand Leclerc a pris le soin de souligner que c'est une acquisition de Norbourg et rien d'autre qui se trouvait derrière cette «anomalie». Après avoir mis la main sur Investissement SPA, une centaine de millions de dollars d'actifs ont été transférés vers les fonds Évolution, ce qui nécessitait des liquidités pour assurer les transferts.

On était loin du gouffre financier, relatait M. Leclerc, se souvenant que les dernières années ont donné lieu à des rachats continus par les investisseurs. «C'était une bonne nouvelle de voir des entrées massives» chez Évolution.

Parfois, c'est la pertinence des questions de l'accusé qui a été mise en doute par celui qui a cofondé et dirigé CITAC.

M. Lacroix s'est intéressé à la liquidation de 75% à 85% des positions détenues par les fonds Évolution est survenue en avril 2004, tout juste après l'arrivée de Norbourg dans le portrait. Il semblait chercher quelle a été la réaction ou le rôle de M. Leclerc devant une situation aussi inusitée.

M. Leclerc a dit avoir soulevé des questions auprès de la direction d'Évolution, mais se serait fait dire de «se mêler de ses affaires» à titre de fournisseur de soutien administratif.

Vincent Lacroix a demandé à M. Leclerc s'ils avaient discuté de l'endroit où se trouvaient les actifs en question. Il s'est fait rappeler que la stratégie de gestion des fonds ne regardait pas CITAC, qui, à l'époque, était sur le point de perdre Norbourg à titre de client au profit d'un soutien administratif à l'interne. Les discussions entre Norbourg et CITAC portaient donc davantage sur leurs relations que sur l'endroit où se trouvait l'argent.

Le PDG déchu de Norbourg s'est même permis de poser des questions sur un article publié par le journal Finance et Investissement en juin 2004. À l'époque, ce journal a semé le doute sur les sources de financement de Norbourg.

Normand Leclerc s'est fait demander s'il avait discuté de l'article avec la direction d'Évolution. Mais encore une fois, cela ne regardait pas CITAC. «Ce n'était pas l'objet de nos rencontres, nous n'avons pas mis l'accent là-dessus.»