Périodiquement, généralement au printemps, la direction d'Hydro-Québec se met à avoir chaud. Pas à cause des températures élevées, mais parce que le niveau d'eau dans les réservoirs baisse dangereusement.

Mis à jour le 29 sept. 2007
Hélène Baril

Périodiquement, généralement au printemps, la direction d'Hydro-Québec se met à avoir chaud. Pas à cause des températures élevées, mais parce que le niveau d'eau dans les réservoirs baisse dangereusement.

La dernière fois, c'était en 2004. La pire chose qui peut arriver à Hydro et à tout le Québec, c'est que l'eau se fasse rare dans les réservoirs, ce qui forcerait la société d'État à diminuer sa production et ses ventes d'électricité.

Il s'agit d'un risque majeur. Le profit annuel d'Hydro peut varier de près de 650 millions, en plus ou en moins, en une seule année, selon la disponibilité de l'eau dans les réservoirs.

Le réchauffement climatique finira-t-il par tuer la poule aux oeufs d'or de l'État québécois?

Cette question de plusieurs milliards de dollars, ils sont plusieurs à se la poser chez Ouranos, le consortium sur la climatologie régionale et l'adaptation aux changements climatiques financé en partie par Hydro-Québec.

Malheureusement, «il n'existe encore aucune réponse précise à cette question», dit René Roy, chercheur et coordonnateur des projets liés aux ressources en eau chez Ouranos.

Avec ses collègues, René Roy cherche à connaître l'évolution de la température et des précipitations à long terme, soit jusqu'en 2050.

Leurs outils sont les mêmes que ceux qui servent à prévoir la météo au jour le jour, auxquels ils ajoutent des concentrations de gaz à effet de serre pour en mesurer les effets.

À ce jour, tous les modèles du genre expérimentés dans le monde ont donné des résultats différents.

«Pour ce qui est des températures, tous vont dans la même direction, à savoir un réchauffement graduel. C'est au niveau des précipitations que ça se gâte. Il y a une étendue de réponses variables», résume le chercheur.

Ceci dit, certaines indications commencent à se préciser. L'impact des changements climatiques ne sera pas le même au nord et au sud du Québec.

Pour le sud-ouest du Québec, les chercheurs s'attendent à une augmentation importante des températures et à une réduction des précipitations.

«On s'attend à ce que l'eau soit moins disponible qu'aujourd'hui, soit un déficit de 10 à 15%», dit René Roy. Pas de catastrophe en vue, selon lui, mais ça pourrait compliquer certaines activités industrielles, comme la navigation commerciale.

Pour la partie nord, où se trouvent les installations de production d'électricité, le scénario est différent.

«C'est un peu plus encourageant", dit-il. Les modèles prévoient une augmentation des températures, mais surtout en hiver, une période où il y a moins d'évaporation. Une augmentation des précipitations est aussi prévue, ce qui est une bonne nouvelle pour Hydro-Québec et pour son actionnaire, le gouvernement du Québec, qui compte sur les exportations d'électricité pour financer les services publics et réduire la dette accumulée.»

«C'est toujours un peu gênant de se réjouir des changements climatiques, mais ce qui est certain, c'est qu'il y aura des gagnants et des perdants», dit René Roy.

Jusqu'à preuve du contraire, Hydro-Québec se range du côté des gagnants. «On travaille avec un scénario qui prévoit plus de précipitations», confirme le porte-parole d'Hydro-Québec, Sylvain Théberge.