À voir comment les Québécois épargnent en vue de leur retraite, on jugerait qu'ils ont l'intention de travailler toute leur vie. Pourtant, ils quittent leur emploi à l'orée de la soixantaine en moyenne.

Rudy Le Cours

À voir comment les Québécois épargnent en vue de leur retraite, on jugerait qu'ils ont l'intention de travailler toute leur vie. Pourtant, ils quittent leur emploi à l'orée de la soixantaine en moyenne.

Sur 5,07 millions de contribuables québécois, à peine trois sur 10 ont versé en moyenne 4493$ dans un régime enregistré d'épargne-retraite (REER), en 2005.

En fait, cette moyenne cache une réalité plus trouble encore: la contribution médiane des ménages (pas celle des contribuables) s'élevait à 2430$ en 2005 soit grosso modo la même pour la troisième année d'affilée. Bref, non seulement la contribution est modeste, mais elle ne suit même pas le rythme de l'inflation.

En cette matière, les Québécois se situent dans la bonne moyenne canadienne.

L'écart considérable entre la médiane et la moyenne s'explique par le fait que les plus riches cotisent davantage que les moins bien pourvus. S'il n'y a là rien d'étonnant, l'ensemble du tableau l'est davantage.

Entre 1999 et 2005, seuls les gens gagnant plus de 80000$ par année ont accru le montant de leurs contributions annuelles dans un REER. «Bref, l'écart de contributions entre personnes à revenus élevés et revenus faibles s'élargit», s'inquiète Benjamin Tal, économiste chez CIBC Marchés mondiaux.

Le corollaire de cette réalité, c'est que les droits de cotisations inutilisés dans un REER s'accumulent.

Au Québec, ils atteignent désormais 113 milliards: à l'échelle du pays, la valeur de l'épargne à l'abri de l'impôt que les Canadiens ont renoncé à accumuler s'élève à 491 milliards.

M. Tal constate aussi que, plus on s'approche de 65 ans et plus on cotise davantage pour rattraper le temps perdu. En 2005 les contributions des 25-44 ans étaient moins élevées qu'en 1999 alors que celle des 55-64 ans avaient bondi de 40 %. La Fontaine ne s'était pas trompé en écrivant Le lièvre et la tortue.

«Même si les Canadiens les plus âgés ont les REER les mieux garnis, les chiffres ne sont guère impressionnants, constate en outre M. Tal. Chez les 55-64 ans, la valeur médiane de leur REER est d'à peine 60000$.»

Dans un monde de faibles taux d'intérêt comme le nôtre, cela fournit des rendements d'à peine quelques milliers de dollars par année. Même de bons placements qui donneraient 10% de rendement par année rapporteraient tout juste 6000$, sans amputer le capital.

Des études actuarielles ont montré qu'une Québécoise qui s'est retirée du marché du travail à 65 ans l'an dernier a sept chances sur dix d'avoir besoin d'un revenu de retraite pendant 22 ans. Le rendement de son REER, la rente maximale de 10365$ de la RRQ et les quelque 7330$ de la pension fédérale de la Sécurité de vieillesse n'en feront pas une riche personne.

Surtout qu'il y a de fortes probabilités qu'une femme de sa génération ait été à l'écart du marché du travail pendant plusieurs années, ce qui réduira d'autant le montant des chèques de la RRQ.

Les revenus de retraite doivent correspondre grosso modo à 70% des revenus du travail, prévient la Régie des rentes sur son site Internet.

Les données compilées par M. Tal font aussi ressortir que les Québécoises sont moins nombreuses que les Québécois à contribuer à un REER et que leurs contributions moyennes sont moins élevées (3794$ contre 5065$). Cela est certainement attribuable au fait que leur rémunération équivaut à environ 75% de celle des hommes, à la fois parce qu'on les retrouve souvent dans des catégories d'emplois moins bien rémunérés et parce qu'elles travaillent en moyenne moins d'heures.

Évidemment, si elle a eu la chance de travailler pour un employeur qui offrait un régime complémentaire de retraite, sa situation est moins périlleuse. Mais ces régimes sont plus rares et moins généreux qu'il y a quelques années à peine. À peine un employeur privé canadien sur trois en parrainait l'an dernier, selon Statistique Canada.

Vous avez jusqu'à la fin du mois pour contribuer dans un REER.