Liliane Colpron, présidente de la Boulangerie Première Moisson, regarde le prix de la farine grimper depuis des mois.

Maxime Bergeron

Liliane Colpron, présidente de la Boulangerie Première Moisson, regarde le prix de la farine grimper depuis des mois.

Elle espérait qu'il retombe -comme d'habitude-, mais elle a dû se faire à l'idée et réagir: elle vendra son pain 5% plus cher à ses clients de gros dès la semaine prochaine.

Le même scénario se répétera partout sur la planète. Le prix du blé a atteint un sommet de tous les temps mercredi en début de journée à la Bourse de Chicago, à 9,1125 $ US le boisseau, un bond de 81% depuis le début de l'année.

Cette hausse affectera le coût d'une foule de denrées alimentaires.

Sans trop s'en apercevoir, les consommateurs canadiens ont déjà encaissé des augmentations assez salées depuis un an. Le prix du pain a grimpé de 4,9% entre juillet 2006 et 2007; celui des pâtes alimentaires, de 6%, selon Statistique Canada. Et c'est loin d'être fini.

«Il y a une autre hausse qui s'en vient en octobre, qui pourrait être plus importante que celle de l'an dernier», a souligné Manon Genest, porte-parole québécoise du Conseil canadien des distributeurs en alimentation, qui représente les épiciers.

Chez Première Moisson, l'accroissement prochain des prix de 5% ne sera peut-être pas le dernier. Car l'augmentation réelle des cours du blé -donc de la farine- est bien plus élevée.

«Ça ne compense pas du tout la perte qu'on subit pour le moment, a dit Liliane Colpron. Il y a beaucoup de hauts et de bas dans le prix de la farine, on pensait que c'était volatil simplement comme ça l'est d'habitude, mais là, il y a déjà trois mois qu'elle est en hausse perpétuelle et on vient de nous dire que ça ne va pas arrêter.»

Les stocks au plus bas

Pourquoi le blé caracole-t-il à de tels sommets? Les mauvaises récoltes en Australie et au Canada (les agriculteurs de l'Ouest prévoient une baisse de production de 20% cette année), combinées à la demande en forte croissance de l'Inde et de pays comme l'Égypte, expliquent en partie l'explosion des cours.

Pendant ce temps, les stocks mondiaux de blé sont à un creux de 26 ans, ce qui amplifie la pression sur les prix.

Selon Robert Gibson, chercheur principal de la firme torontoise Octagon Capital, le cours des denrées agricoles n'est pas prêt de redescendre.

«Je crois que le cycle d'inflation des denrées agricoles va durer pendant encore longtemps, a expliqué l'analyste à La Presse Affaires. Mais ce qui va se produire, c'est que les fermiers vont planter les céréales les plus payantes. Si je suis un fermier et que je vois les prix monter comme ça, je vais me mettre à planter du blé. Diverses denrées vont en profiter à divers moments.»

Les cours du maïs ont grimpé de 53% depuis un an en raison de la forte demande des producteurs de biocarburants, et ceux de l'orge ont gagné 41%, rapporte l'agence Bloomberg.

Plusieurs gros consommateurs de produits du blé, dont Kellogg Co, General Mills Inc et Sara Lee Corp., ont déjà augmenté les prix de leurs produits alimentaires en raison de la hausse des cours.

Au Canada, le géant Weston, qui commercialise plusieurs marques de pain, est lui aussi frappé de plein fouet.

«Le blé est le principal ingrédient de la farine, et la farine est notre principal ingrédient, alors l'augmentation du prix du blé a un impact significatif sur le coût de nos produits», a expliqué Geoff Wilson, vice-président aux finances.

Weston recourt cependant à des programmes de couverture (hedging), qui lui permettent de mieux absorber les hausses des prix du blé.

Après avoir commencé la journée en forte progression à la Bourse de Chicago, les contrats de blé pour livraison en décembre ont perdu quelques plumes pour clôturer à 8,605$US le boisseau (l'équivalent de 27 kg).