Learjet ne retrouvera jamais les sommets atteints dans le passé si Bombardier (T.BBD.B) ne crée pas de nouveaux modèles.

Marie Tison

Learjet ne retrouvera jamais les sommets atteints dans le passé si Bombardier [[|ticker sym='T.BBD.B'|]] ne crée pas de nouveaux modèles.

C'est le constat qu'établit Richard Aboulafia, vice-président à l'analyse de Teal Group, une firme américaine de consultation spécialisée dans l'aéronautique et la défense, dans un rapport d'analyse sur Learjet, une famille de biréacteurs d'affaires de Bombardier.

Bonne nouvelle: à Montréal, des ingénieurs de Bombardier travaillent présentement à des aspects du Learjet. Mais voilà, l'avionneur refuse de préciser s'il s'agit d'améliorer les modèles existants, de créer un nouveau modèle ou encore, de mettre au point une nouvelle plate-forme pour toute la famille.

«Nous cherchons toujours à innover et à investir dans de nouveaux produits, affirme Leo Knaapen, responsable des relations publiques et des communications de Bombardier Aéronautique, Avions d'affaires. Nous faisons de la recherche sur des produits potentiels, nous explorons constamment de nouvelles technologies.»

Pour Richard Aboulafia, ce n'est pas un luxe.

Learjet, un constructeur basé à Wichita, au Kansas, a connu des années difficiles avant d'être acquis par Bombardier en 1990. Il a graduellement repris de l'altitude pour connaître une excellente année en 2000, avec la production de 134 appareils.

L'entreprise a cependant piqué du nez après les événements de 2001, ne livrant que 31 appareils en 2003.

«La situation s'est un peu rétablie en 2004 mais, faute d'un nouveau produit, Learjet ne revivra pas de sitôt les jours glorieux de 1999-2001», écrit M. Aboulafia.

À l'heure actuelle, Bombardier fabrique trois modèles de Learjet: l'appareil léger 40 XR, l'appareil léger supérieur 45 XR et l'appareil intermédiaire 60 XR.

Il s'agit essentiellement de versions d'appareils plus anciens, soit le Learjet 23, qui a effectué son premier vol en 1963, et le Learjet 45, lancé en 1992.

«Bombardier a pris du retard par rapport à ses concurrents», affirme M. Aboulafia en entrevue téléphonique.

Le problème, selon lui, c'est que le modèle de base de Bombardier, le Learjet 40 XR, représente déjà un gros morceau pour quelqu'un qui veut acquérir un premier biréacteur d'affaires.

«Même si son prix est assez raisonnable (8,75 millions US), il ne peut concurrencer les biréacteurs plus légers», croit-il.

La direction de Bombardier a souvent fait savoir qu'elle n'était pas intéressée à se lancer sur le marché des biréacteurs très légers. Il s'agit d'un marché où plusieurs constructeurs jouent du coude, comme Cessna, Embraer, Honda et Eclipse Aviation.

En outre, Bombardier estime que la marge de profit de ces appareils risque d'être plutôt faible.

L'avionneur pourrait quand même lancer un appareil légèrement plus petit que le Learjet 40 XR, sans entrer directement dans la catégorie des biréacteurs très légers.

«Ce serait une très bonne chose, affirme M. Aboulafia. Cela montrera l'intérêt que porte Bombardier à la famille Learjet, et cela constituerait un modèle de base plus accessible.»

Il insiste sur l'importance d'un tel modèle de base. Une fois qu'un client acquiert un premier appareil, il a tendance à rester «dans la famille» lorsque, après un certain temps, il cherche à acquérir un appareil plus performant... et plus cher.

«C'est la stratégie que poursuit Cessna», indique M. Aboulafia. Leo Knaapen soutient toutefois que la clientèle de Bombardier ne demande pas d'appareils plus petits.

«Les clients nous disent qu'ils aiment les appareils que nous offrons», déclare-t-il.

Il affirme qu'avec ses trois familles (Learjet, Challenger et Global), Bombardier couvre 96% du marché. L'avionneur ne laisse de côté que le marché des biréacteurs très légers. «C'est la gamme la plus étendue qu'offre un constructeur», lance M. Knaapen.

L'analyste Benoît Poirier, de Valeurs mobilières Desjardins, indique que Bombardier pourrait effectivement «descendre une coche» avec un nouvel appareil Learjet, sans descendre jusque dans la catégorie des appareils très légers. Il croit cependant que Bombardier travaille plutôt sur une toute nouvelle plate-forme pour l'ensemble de la famille Learjet.

«Mais ils ne diront rien tant qu'ils ne seront pas prêts à le présenter officiellement», déclare-t-il.

Il s'attend également à ce que Bombardier lance une version plus petite du Challenger 300, un appareil de catégorie intermédiaire supérieur, très populaire à l'heure actuelle.

Un tel appareil se situerait ainsi entre les familles Learjet et Challenger et pourrait concurrencer les nouveaux appareils qu'Embraer espère lancer dans les catégories intermédiaire et intermédiaire supérieure.

L'avionneur brésilien profitera du congrès de la National Business Aviation Association (NBAA), qui se déroulera à Atlanta du 25 au 27 septembre prochain, pour présenter une maquette grandeur nature d'un de ces appareils.

Leo Knaapen soutient qu'à l'heure actuelle, Bombardier a trois priorités lorsque vient le temps de parler d'aviation d'affaires: s'assurer que la mise en service du Learjet 60 XR (une nouvelle version du Learjet 60) se passe comme prévu, améliorer le service après vente et poursuivre les efforts en recherche et développement.