On ne vantera jamais trop les vertus de l’épargne. Se priver aujourd’hui pour que s’accumule, petit à petit, un capital qui procurera des rendements ou permettra d’acheter un logis.

Mais comment se comportent les Québécois à cet égard ? Sommes-nous économes ou dépensiers ?

Bonne nouvelle, le taux d’épargne des Québécois est en progression constante depuis une quinzaine d’années, atteignant un sommet en 2023.

Mieux encore : les Québécois sont aujourd’hui les Canadiens qui épargnent le plus parmi les habitants des 10 provinces. Ils mettent de côté 10,1 % de leur revenu disponible, presque deux fois la moyenne canadienne, selon les données de Statistique Canada. Le revenu disponible est le revenu après impôts, transferts et cotisations.

Durant la pandémie, le taux d’épargne a grimpé partout au Canada, mais c’était beaucoup en raison des prestations versées par les gouvernements.

En 2023, ces effets pandémiques ont essentiellement disparu, ce qui permet de mieux comparer la situation à long terme. Et vérification faite, le taux d’épargne des Québécois a continué de grimper au premier trimestre de 2024, malgré le ralentissement économique.

Que se passe-t-il donc au Québec ?

D’abord, les impôts ont baissé, permettant à certains d’épargner davantage. Les revenus d’emplois au Québec ont aussi progressé plus vite qu’au Canada anglais. Il est également possible que le vieillissement ait pour effet d’inciter davantage de Québécois à épargner pour leurs vieux jours.

D’autres facteurs ont aussi eu des effets, constate le chef économiste adjoint à la Banque Nationale, Matthieu Arseneau. « C’est clair que les coûts de logement ont augmenté moins vite qu’ailleurs au Canada ces dernières années. Même chose pour le prix de l’énergie payé par les ménages pour leurs maisons », dit-il.

Évidemment, l’épargne est davantage possible pour les ménages plus aisés. Ce constat vaut pour l’ensemble du Canada, mais Statistique Canada n’a pas de données par provinces pour l’épargne par quintiles de revenus.

Bref, le taux d’épargne des Québécois a admirablement augmenté ces dernières années, en moyenne, plus que partout ailleurs au Canada. L’écart est particulièrement manifeste avec les Britanno-Colombiens.

Il faut dire que les Québécois, malheureusement, ont un patrimoine bien plus petit que celui des ménages des autres grandes provinces. Pire : le patrimoine relatif des Québécois par rapport à celui des autres Canadiens a fondu pendant des années, avant de se redresser, un petit peu, depuis 3-4 ans.

En moyenne, les ménages québécois avaient un patrimoine de 724 100 $ en 2023. Ce patrimoine équivaut à 74 % du patrimoine canadien moyen (981 800 $).

Le patrimoine est la valeur nette de tous les actifs des membres d’un ménage, après soustraction des dettes. Ce patrimoine inclut bien sûr l’immobilier (après l’hypothèque), mais aussi la valeur des rentes de retraite à recevoir, en plus des autres épargnes. Notez qu’un ménage compte 2,2 personnes au Québec, en moyenne.

Le patrimoine moyen au Québec a grimpé de 50 % depuis 10 ans. Il varie bien sûr selon les revenus et l’âge des ménages (250 400 $ pour le premier quintile de revenus et 1,96 million pour le 5quintile).

Mais voilà, le patrimoine des Québécois a grossi moins vite que celui des autres Canadiens. En 2010, le patrimoine des ménages québécois représentait près de 80 % de celui des Ontariens. Cette proportion est passée à 62 % en 2021, avant de remonter à quelque 64 % en 2023.

Constat semblable, quoique moins marqué, avec les résidants des Prairies et de la Colombie-Britannique. La région de l’Atlantique est la seule que le Québec dépasse (par 25 %), et les 3 à 5 dernières années marquent aussi un petit rebond du Québec.

Vous aurez deviné que le boom du marché immobilier en Ontario et en Colombie-Britannique est en bonne partie responsable du recul relatif du patrimoine des Québécois avec celui d’ailleurs.

En Ontario, par exemple, l’immobilier représente aujourd’hui 50 % de la valeur nette des ménages, contre 44 % en 2013. En comparaison, cette proportion est restée à peu près stable au Québec pendant cette décennie, à 34 %, selon les données de Statistique Canada.

Ce poids de l’immobilier se reflète dans le patrimoine, mais aussi dans l’endettement des ménages. Il s’agit d’un sujet chaud par les temps qui courent, compte tenu du niveau plutôt élevé des taux d’intérêt.

Ainsi, les Britanno-Colombiens sont les plus endettés au Canada, comme on pouvait s’y attendre. La dette des ménages y représente 216 % de leurs revenus disponibles en 2023, en moyenne, un niveau inquiétant, mais stable, depuis 10-15 ans.

Au Québec, ce taux d’endettement est bien moindre. Il représente 150 % des revenus disponibles en 2023, en recul sur les 165 % de 2016.

L’Ontario est la province qui reflète le mieux le gonflement préoccupant de la dette des particuliers. La dette y est passée de 167 % de la valeur des revenus disponibles en 2010 à 206 % en 2023.

L’endettement oblige bien des Canadiens à consacrer une part plus importante de leur paye aux paiements mensuels – notamment hypothécaires – d’autant plus avec la hausse des taux d’intérêt. Vient un moment où certains doivent remettre les clés à la banque.

Paradoxalement, la dette des Canadiens est aussi en net recul depuis 10-15 ans si on la compare avec la valeur de leurs actifs. Ce phénomène s’explique par la hausse de la valeur de leur propriété, bien sûr.

Au Québec, la dette équivaut à 14,3 % de la valeur totale des actifs des ménages – immobilier et valeurs des rentes incluses, je le répète – comparativement à 15,5 % en Ontario. En 2010, ces proportions étaient plus élevées de 2,5 points de pourcentage.

Voilà donc le portrait, amis lecteurs. Les Québécois semblent s’être transformés en écureuils, et c’est tant mieux vu le rattrapage à faire.