Les élèves de fin de secondaire sont en pleine période d’examens ministériels au Québec, qui peut être déterminante pour leur avenir. Or, Francis Vailles a découvert que ces examens sont souvent facultatifs au Canada anglais et que l’évaluation des apprentissages apparaît moins sévère chez les anglophones. Aujourd’hui, en deuxième volet, les examens au Canada anglais.

Publié le 14 juin

En Colombie-Britannique, l’examen de maths du Ministère à la fin du secondaire ne compte pas. Il ne change rien à l’obtention du diplôme, contrairement au Québec.

« Fiou », pourraient se dire les élèves. Car selon les derniers résultats à cet examen, seulement 40 % ont atteint le niveau de compétence attendu. Une catastrophe.

Ce relevé de la situation publié en janvier par l’Institut Fraser m’a fait sursauter. Au Québec, pendant ce temps, l’examen de maths administré aux élèves du même niveau (4secondaire) comptait pour la moitié de la note au bulletin (avant que la pandémie ne force son annulation). Et il va sans dire que le taux de réussite dépasse nettement 40 %, puisque ce cours est obligatoire pour avoir le diplôme(1).

Maintenant, devinez qui du Québec ou de la Colombie-Britannique a le meilleur taux de diplomation au secondaire dans le temps minimal requis ? Bravo, vous avez gagné, c’est la Colombie-Britannique, avec 81 %, contre 75 % au Québec, selon la méthode de Statistique Canada(2). Êtes-vous surpris ?

Dans une autre analyse, l’Institut Fraser a comparé toutes les provinces concernant les « épreuves standardisées » des différents ministères de l’Éducation, qu’on appelle au Québec les épreuves uniques.

Nouvelle surprise pour moi : dans le reste du Canada, les examens uniformes sont souvent moins nombreux ou non obligatoires. Et quand ils le sont, ils comptent pour une part moins importante de la réussite, ce qui vient forcément influencer la diplomation.

Lisez la chronique « Examens ministériels : la notation des élèves change selon la culture »

Des exemples ? En Ontario, c’est en 9année (3secondaire) que le Ministère évalue les compétences en maths, pas en 4secondaire, comme au Québec. Oh, et détail non négligeable, les écoles ontariennes sont libres d’utiliser les résultats de l’examen du Ministère pour attribuer la note au bulletin ou d’en faire fi, à leur guise.

Parions que plusieurs ne le font pas, puisqu’aux dernières nouvelles, seulement 44 % des élèves inscrits en maths appliquées le réussissaient (84 % en maths théoriques). En Ontario, le seul test « standardisé » qui compte vraiment pour obtenir le diplôme, c’est celui de littéracie, en 10année.

Au Québec, l’ai-je dit, il y a 5 examens qui comptent (50 % de la note finale), répartis sur 2 ans : maths, français, sciences, anglais et histoire.

Autre exemple : au Nouveau-Brunswick, les élèves du réseau francophone n’ont encore aucune épreuve centralisée en fin de secondaire. Et chez les anglophones, les quatre examens ministériels ne comptent pas dans la note finale au bulletin.

On continue ? En Saskatchewan, aucun examen uniforme n’est proposé.

Surgit cette question : quel genre de diplôme obtiennent les élèves hors Québec ? L’absence d’examen ministériel a-t-elle le même effet depuis des années sur la diplomation qu’elle a eue récemment dans le réseau anglophone québécois, où la réussite a explosé avec l’annulation des épreuves du gouvernement vu la pandémie (voir le texte de lundi) ?

Selon le relevé de l’Institut Fraser, l’Alberta est la seule autre province, outre le Québec, à administrer des épreuves uniques aux élèves de fin de secondaire dans plusieurs matières. Ces examens comptent pour 30 % de la note finale.

Et il se trouve que le taux de diplomation en Alberta a été généralement plus bas qu’ailleurs ces dernières années, quoique plus élevé qu’au Québec.

Cela dit, pendant la pandémie, le Québec a décidé de changer la pondération des cinq épreuves uniques pour l’année 2022, la faisant passer au secondaire de 50 % à 20 %. Le ministère de l’Éducation maintiendra cette pondération pour l’année prochaine (2022-2023), au moins, selon un récent règlement.

L’abaissement de 50 % à 20 % est arbitraire, basé sur aucune recherche, selon Nicole Monney, professeure au département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Mme Monney voit toutefois cette baisse d’un bon œil, même sans pandémie, jugeant qu’à 50 %, un élève peut être fortement pénalisé sur la base d’un seul examen. « Et on dévalorise tout le reste du travail fait par les enseignants pendant l’année », dit Mme Monney, qui est membre d’une des commissions du Conseil supérieur de l’éducation.

En 2018, le Conseil supérieur jugeait néanmoins que « les épreuves uniques ont leur raison d’être à des fins de sanctions des études », mais sans se prononcer sur la pondération de 50 %.

Quoi qu’il en soit, Mme Monney se dit persuadée que « les exigences au Québec sont plus élevées qu’ailleurs au Canada ».

Et de son côté, la chercheuse Catherine Haeck, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), croit qu’avec cette baisse de 50 à 20 %, « le taux de diplomation au Québec va augmenter, j’en suis certaine ».

Est-ce une bonne idée, cette baisse ? « Je ne sais pas, mais il est important qu’on nous permette d’accéder aux données pour l’évaluer, dans quelques années, ce qu’il est très ardu de faire actuellement », dit Mme Haeck.

À la lumière de ces renseignements, force est de constater que le taux de diplomation des élèves québécois n’est pas aussi catastrophique qu’on le dit bien souvent. Et qu’on devrait en tenir compte dans nos politiques publiques.

1. Même chose en langue d’enseignement. L’examen britannico-colombien de 10année ne compte pas, et cette fois, 74 % de ceux qui l’ont passé ont atteint le niveau attendu, selon le relevé de l’Institut Fraser.

Consultez le relevé de l'Institut Fraser (en anglais)
2. Consultez les données de Statistique Canada

Précision sur la chronique précédente

Pour une raison technique, le chiffre après la virgule a disparu dans la 2colonne de chacun des deux tableaux de la chronique précédente parue dans La Presse+. Cette disparition ne permettait pas de bien saisir les comparaisons. Voici les tableaux, tels qu’ils auraient dû être publiés.

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