Grâce aux nouvelles étiquettes sur le devant des emballages des produits alimentaires, les consommateurs canadiens qui se rendent à l’épicerie seront bientôt avertis si un produit contient trop de matières grasses, de sucre ou de sodium. Une telle politique peut nous aider à faire de meilleurs choix alimentaires. Cependant, des exemptions pour certains produits rendent les nouvelles règles un peu bizarres.

Publié le 9 juin

Il semble que nous verrons tous bientôt différents symboles sur les emballages alimentaires des produits en épicerie. Santé Canada adoptera probablement sous peu une politique forçant l’apposition de symboles nutritionnels sur le devant de l’emballage des aliments riches en gras saturés, en sucre et en sodium. Cette approche nous offrira enfin des étiquettes claires et faciles à lire.

Le seuil d’acceptabilité que Santé Canada entend appliquer s’annonce assez simple. Pour les aliments préparés ou les aliments transformés ainsi que les aliments destinés uniquement aux enfants de 1 à 4 ans, le seuil de tolérance s’établit à 15 % des valeurs quotidiennes (VQ). Cela signifie que si la portion d’un produit dépasse 15 % de l’apport quotidien maximal en gras saturés, en sucre ou en sodium, une étiquette sera posée sur l’emballage pour que le consommateur puisse la voir au premier coup d’œil. Pour les repas et plats préemballés, le seuil s’établit à 30 %.

À première vue, la politique semble logique. Difficile d’argumenter contre plus de clarté, plus de transparence et, par conséquent, une population en meilleure santé. Mais la situation devient bizarre lorsqu’on examine la liste des exemptions. De nombreux produits seront exemptés de cette politique. Par exemple, les produits d’un marché de producteurs, les produits qui ne sont pas vendus directement aux consommateurs, les produits de viande et de poisson crus à ingrédient unique et non transformés, tous les produits laitiers et les œufs. La liste comprend des exemptions techniques, pratiques et liées à la santé, comportant 16 catégories au total.

Bœuf et porc

Étonnamment, certaines viandes comme le bœuf et le porc hachés ne font pas partie de la liste des exemptions. Cela signifie que dans quelques mois, le bœuf et le porc hachés, deux sources de protéines animales non transformées, naturelles et abordables que de nombreux consommateurs mangent très fréquemment, porteront une étiquette indiquant qu’ils contiennent trop de gras saturés. Pendant ce temps, les produits laitiers, qui contiennent sans doute autant de gras saturés, profitent de l’exemption.

Le lobby puissant du lait a fourni suffisamment de preuves et de données scientifiques à Santé Canada pour démontrer que les gras saturés présents dans les produits laitiers sont différents et plus sains.

Peut-être, mais Santé Canada a certainement des explications à donner, compte tenu de la façon dont il a maltraité les produits laitiers dans sa dernière édition du guide alimentaire, publié en 2019. Le manque de cohérence crève les yeux.

De plus, les seuils établis par Santé Canada conviennent pour les produits crus et non cuits. Peu de gens mangeront du bœuf et du porc hachés crus ! Une fois cuits, les niveaux de graisses saturées de ces viandes s’abaissent normalement sous le seuil établi par Santé Canada.

Puis, il y a l’abordabilité des protéines. Alors que les prix au détail des coupes de spécialité du bœuf et du porc ont grimpé en flèche ces derniers temps, le bœuf et le porc hachés restaient relativement abordables. En fait, près de 50 % du bœuf consommé au Canada se mange sous forme de bœuf haché. Pourtant, Santé Canada veut apposer une mise en garde sur ces produits que plus de 90 % des Canadiens consomment, alors que notre taux d’inflation alimentaire avoisine les 10 %.

La discrimination à l’encontre de ces deux produits, malgré les exemptions, répond probablement aux idéologies élitistes encouragées par certains bureaucrates déconnectés. On a souvent l’impression qu’Ottawa veut sauver les consommateurs d’eux-mêmes.

Les industries du bœuf et du porc constituent non seulement un apport important pour notre économie, mais font également partie de nombreuses traditions canadiennes ancrées dans notre ADN culinaire.

Alors que nous essayons de comprendre comment mener une vie plus saine, avertir les Canadiens que certains aliments de base non transformés deviennent soudainement dangereux pour leur santé n’a aucun sens.

Les recommandations diététiques, comme la plupart des choses, doivent s’appliquer avec modération.

Le Canada deviendrait l’un des premiers pays au monde à se doter d’une politique sur le devant des emballages ciblant les produits à ingrédient unique. Beaucoup d’autres pays avant le Canada avec ce type d’étiquetage n’ont pas exigé que les produits à ingrédient unique portent de tels avertissements.

Au cœur de la politique se trouve l’intention d’aider les consommateurs à faire des choix mieux éclairés et plus sains à l’épicerie, en particulier lorsqu’il s’agit d’aliments transformés. Santé Canada vise délibérément deux aliments de base très importants que les gens consomment depuis des siècles. Une telle démarche n’a aucun sens. Ces produits doivent tout simplement s’ajouter à la liste des exemptions pour cette nouvelle règle d’étiquetage sur le devant de l’emballage.