Au bout du compte, vous savez quoi, l’éjection de la Caisse de dépôt du projet de REM de l’Est est une très bonne nouvelle… pour la Caisse de dépôt.

Publié le 3 mai

Pardon ? Eh bien oui, car plus le projet avançait, plus sa rentabilité devenait incertaine pour l’institution. Les critiques exigeaient de longs tunnels aux coûts incertains, des structures aériennes aux designs emballants, des solutions inusitées aux problèmes environnementaux, des raccords au réseau de métro qui réduisaient l’achalandage payant. Et bien sûr, il fallait faire tout cela dans des délais records.

Or, l’ultime mandat de la Caisse, ne l’oublions pas, est de faire fructifier l’argent des déposants, notre argent, pas d’être l’intégrateur du réseau de transport public montréalais. Pas d’être le gérant des tractations politiques, architecturales et urbanistiques de la communauté montréalaise.

Ces derniers mois, les défis financiers du REM de l’Est commençaient à inquiéter sérieusement les déposants de la Caisse.

Ils s’interrogeaient sur sa pertinence financière et se demandaient pourquoi le PDG, Charles Emond, passait presque autant de temps à se dépêtrer avec ce projet de 10 milliards qu’à faire fructifier leurs 420 milliards de dollars de fonds⁠1.

Oui, la Caisse a aussi comme mandat de veiller au développement économique du Québec, mais les paramètres de plus en plus exigeants du REM de l’Est mettaient à risque le rendement du projet, surtout avec les habitudes de télétravail acquises avec la pandémie, qui viennent bousiller les prévisions d’achalandage.

Une facture de 100 millions

Depuis le début de son mandat, l’équipe de CDPQ Infra, sous la direction de Jean-Marc Arbaud, a travaillé d’arrache-pied pour trouver des solutions acceptables et imaginatives aux critiques du projet. Acceptables, tout en restant viables pour l’institution. Et la Caisse est donc allée au bout de ce qu’elle pouvait offrir.

Cela dit, la Caisse de dépôt n’a pas œuvré bénévolement depuis trois ans. Elle a dépensé près de 100 millions de dollars en salaires, études et autres frais, selon ma compréhension. Et elle demande au gouvernement « le remboursement des coûts encourus pour le projet, selon les modalités prévues par l’Entente en matière d’infrastructure publique conclue en 2015 ».

La facture sera sujette à négociation, bien sûr, d’autant qu’elle vient avec le transfert d’études qui n’auront plus toutes la même pertinence avec la transformation du projet.

À titre de référence pour les coûts, rappelons que le gouvernement du Québec avait investi 60 millions de dollars en 2016 dans les études de départ pour le prolongement de la ligne bleue du métro.

L’éjection de la Caisse ne sera pas sans conséquence pour l’institution. À l’international, elle jettera de l’ombre sur sa capacité à mener à bien ce genre de projets d’infrastructures de transport clés en main.

Il faut se demander, d’ailleurs, si Charles Emond poursuivra dans cette veine avec le même engouement que son prédécesseur Michael Sabia, surtout si les projets internationaux sont complexes et en milieu fortement urbanisé.

L’abandon du tracé vers le centre-ville de Montréal et le retrait de la Caisse peuvent donc être vus comme une bonne nouvelle pour la communauté, mais aussi pour l’institution financière.

Cela signifie aussi qu’il faudra bien plus de temps à l’est de Montréal pour avoir son réseau structurant. Car quoi qu’on dise, rendement oblige, la Caisse a mené le premier REM bien plus rondement que ne l’aurait fait n’importe quel organisme public.

La nouvelle équipe du projet, très politisée, n’aura pas les mêmes impératifs ni les coudées aussi franches. Qui veut parier que l’équipe formée des fonctionnaires du ministère des Transports, de la Ville de Montréal, de la Société de transport de Montréal et de l’Autorité régionale de transport métropolitain sera plus efficace et rapide que la Caisse ?

1. Presque tous les Québécois ont une partie de leur retraite entre les mains de la Caisse de dépôt. D’abord, tous les salariés québécois versent une cotisation à Retraite Québec, qui confie l’argent à la Caisse. L’institution gère aussi les fonds de retraite des employés du gouvernement du Québec (fonctionnaires, enseignants, infirmières, etc.), comme ceux de plusieurs municipalités (Laval, Québec, Sherbrooke, Terrebonne, etc.), sans oublier les nombreux employés de la construction, notamment.