« C’est pas juste ! » Très jeunes, les enfants voient les iniquités. Ce qui leur donne éventuellement droit à un petit cours sur la différence entre l’égalité et l’équité. Voilà que ces concepts risquent de s’inviter à vos prochains soupers entre amis grâce à la mesure phare du budget Girard : un cadeau de 500 $ à presque tous les Québécois. À 94 % des adultes, pour être précis.

Publié le 22 mars

Comme on pouvait s’y attendre, le gouvernement donne un second coup de pouce aux ménages qui voient le coût de la vie bondir pas mal plus vite que leurs revenus. Mais cette fois, la somme ne sera pas versée uniquement aux moins nantis.

Tous les adultes dont le revenu net est de 100 000 $ ou moins auront droit à 500 $ non imposables. Peu importe qu’ils vivent seuls ou pas. Le versement se fera automatiquement, une fois la déclaration de revenus traitée par Revenu Québec. Voilà une bonne raison pour ne pas se traîner les pieds, même quand on est un étudiant ou un aîné qui ne paie pas un sou d’impôt.

En tout, 6,4 millions de contribuables toucheront cette aide financière. Cela inclut autant le contribuable en couple qui gagne 109 900 $ par année et qui a versé 10 000 $ dans son REER (le REER diminue d’autant le revenu) que son voisin d’en face, un célibataire dont les revenus sont d’à peine 40 000 $.

Même ceux dont le revenu net se situe entre 100 000 $ et 104 999 $ auront droit à leur part du gâteau.

Somme obtenue en fonction du revenu net*

Jusqu’à 100 000 $ : 500 $
101 000 $ : 400 $
102 000 $ : 300 $
103 000 $ : 200 $
104 000 $ : 100 $
105 000 et plus : 0 $

*Ligne 275 de la déclaration de revenus

Il est assez étonnant que le montant de ce versement ponctuel n’ait pas été modulé en fonction des revenus. Les 3,3 milliards prévus pour cette mesure auraient pu être répartis de manière à favoriser les plus vulnérables, ceux pour qui le prix du bœuf (+17 %), du lait (+6 %) et de l’essence (+32 %) est devenu un casse-tête sans précédent. Simple question d’équité.

Croire que tout le monde est affecté également par l’inflation n’est « pas vrai pantoute », s’est d’ailleurs indignée la co-chef de Québec solidaire, Manon Massé.

« Avec leur chèque, y’en a qui vont s’acheter des New Balance haute performance. Et il y en a d’autres qui vont peut-être réussir à acheter des souliers en rabais pour leur enfant après avoir payé l’épicerie », a lancé l’élue en référence aux nouvelles chaussures du ministre Girard.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Si les 1,3 million de personnes gagnant plus de 75 000 $ annuellement avaient été exclues du programme, par exemple, cela aurait fait 650 millions de plus à verser à ceux qui sont frappés de manière disproportionnée par l’inflation.

En janvier, seuls les 3,3 millions de contribuables touchant le crédit d’impôt pour la solidarité avaient eu droit à la « prestation exceptionnelle pour le coût de la vie » de 275 $ (personnes vivant seules) ou de 400 $ (couples). Et personne n’avait crié à l’injustice. Cette fois, les couples toucheront 1000 $.

Lisez le texte « Le vaccin anti-inflation d’Eric Girard »

Le ministre des Finances, Eric Girard, devait évidemment tracer une ligne. Il s’est défendu de l’avoir mise trop haut en cette année électorale.

« Vous accordez beaucoup d’importance aux 100 000 $ [de revenus], moi, j’accorde beaucoup d’importance aux 25 000 $ de consommation, a-t-il dit en conférence de presse. C’est important de réaliser que l’inflation touche tout le monde. Ce n’est pas vrai qu’une famille de quatre personnes avec un revenu avoisinant 100 000 $ n’est pas affectée par l’inflation. »

Eric Girard faisait ainsi référence à la façon dont il avait établi le montant de 500 $. Cette année, le prix du panier de consommation de base devrait atteindre 22 496 $, contre 21 497 $ en 2021. Le régime fiscal (ce qui inclut l’Allocation famille, notamment) est indexé de 2,64 %, tandis que l’inflation devrait plutôt toucher 4,65 %. L’écart de 2,01 points représente un coût additionnel de 432 $ pour la nourriture, le transport et le logement. « Dans le fond, on a arrondi », a indiqué Éric Girard.

Il serait surprenant que les plus riches se plaignent dans les tribunes téléphoniques à la radio de recevoir une somme dont ils n’ont pas vraiment besoin pour combler leurs besoins de base. Tout le monde sourit en trouvant 20 $ par terre ! En revanche, la réaction des gagne-petit et des groupes qui les défendent risque de faire plus de bruit.

Mais au bout du compte, à sept mois des élections, la Coalition avenir Québec devrait surtout marquer des points avec cette mesure simple et rapide contre l’inflation, le fléau de l’heure.

Ce qu’il faut savoir

  • • Soyez prudents. À 21 h, mardi soir, des fraudeurs avaient déjà envoyé des textos incitant leurs futures victimes à cliquer sur un lien pour obtenir leur « incitatif de 500 $ ». But de l’opération : obtenir des mots de passe pour accéder à leurs comptes de banque. Je vous rappelle que vous n’avez aucune démarche spéciale à faire pour obtenir le montant annoncé par le gouvernement, hormis transmettre votre déclaration de revenus comme d’habitude.
  • Les petits rapides qui ont déjà reçu leur avis de cotisation n’ont pas besoin d’entreprendre des démarches. Les 500 $ leur seront versés dans quelques semaines.
  • Si vous avez une dette envers l’État, il utilisera les 500 $ (en tout ou en partie) pour se payer.
  • Les étudiants, les résidents permanents et temporaires, ainsi que les titulaires d’un permis de séjour temporaire sont admissibles.
  • Les mineurs ayant des enfants avec qui ils résident ont droit au versement.
  • Les prisonniers (plus de 183 jours), les personnes décédées et ceux qui ont déménagé hors Québec avant le 1er janvier 2022 sont exclus.