En fouillant la cote R, j’ai fait certaines découvertes préoccupantes. Dont celle-ci : le programme d’enseignement au secondaire a l’un des plus faibles taux de diplomation parmi les principaux programmes offerts dans les universités au Québec.

Publié le 5 février

Et encore, ce taux de diplomation a reculé significativement ces dernières années, selon les données que m’a fournies le ministère de l’Enseignement supérieur.

Ainsi, le taux de diplomation après 4 ans d’études – la durée normale du bac en enseignement au secondaire – n’était que de 47,3 % en 2020. Ce taux est en recul constant depuis un sommet de 56,2 % en 20161.

Pour avoir un portrait plus juste, il est préférable d’ajouter 2 ans au parcours d’études (un seul cours reporté ou un seul échec peut faire chuter la diplomation en 4 ans). Après 6 ans d’études ou moins, donc, la proportion des inscrits qui avaient terminé leur bac en enseignement du secondaire était de 72 % en 2020, ce qui représente un recul de 5,2 points par rapport au taux de 77,2 % de 20181.

Sur les 15 programmes universitaires comparés, celui de l’enseignement au secondaire arrive au 12e rang, loin derrière le travail social (89 %), l’administration des affaires (86,6 %) ou le génie civil (82,6 %). Ouch !

Le taux de diplomation pour l’enseignement préscolaire et primaire est plus élevé que celui pour le secondaire, à 79,7 % en 2020 (après 6 ans). Mais là encore, cette diplomation pour le primaire est en baisse, et elle passe sous les 80 % pour la première fois depuis 5 ans (la diplomation des 4 années précédentes était de 82,5 % en moyenne).

Que se passe-t-il ? Difficile de répondre à cette question.

Est-il possible que les conditions de travail ardues des enseignants au secondaire, notamment au public régulier, aient incité certains étudiants à abandonner, notamment après leur stage ? La médiatisation négative de la profession a-t-elle pu éroder la vocation ?

Ce n’est pas clair, puisque le nombre absolu de diplômés sur 6 ans était essentiellement le même en 2020, soit 1053, qu’au cours des années précédentes. Il y a donc davantage de candidats au départ qui tentent leur chance, mais qui échouent. Certains pourraient ne pas avoir les aptitudes pour l’enseignement, que ce soit pour les maths, le français ou autre chose.

« Certains étudiants qui sont très brillants en maths sont rebutés par les groupes d’ados lorsqu’ils font leurs stages dans les écoles », m’explique Pascale Lefrançois, doyenne de la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.

À l’Université de Montréal, le taux de diplomation des enseignants en maths est d’ailleurs beaucoup plus faible que la moyenne des programmes d’enseignement au secondaire.

À l’UQAM, on fait valoir que certains étudiants en enseignement au secondaire abandonnent quand ils constatent qu’il y a peu de débouchés dans leur domaine de prédilection (géographie, éducation physique, etc.).

Selon Mme Lefrançois, ce n’est pas le test de français auquel sont soumis les futurs enseignants – dont la réussite est exigée pour l’obtention du diplôme – qui est en cause. La plupart des abandons ont lieu durant la première année du bac, soit avant le test, explique-t-elle.

Quoi qu’il en soit, espérons que la récente amélioration des conditions de travail des enseignants, notamment leur rémunération, aura un effet d’attraction sur les jeunes pour cette profession essentielle.

Autre explication possible de la faiblesse relative de la diplomation en enseignement au secondaire : la proportion plus importante d’étudiants plus faibles que dans bien d’autres programmes universitaires.

Selon mes observations, la diplomation est fortement corrélée avec le niveau de la cote R, qui mesure le rendement scolaire au cégep. De fait, plus la cote R moyenne des étudiants est basse, plus le taux de diplomation à l’université est faible, et inversement.

En droit, par exemple, où la cote R moyenne est particulièrement forte (31,9), le taux de diplomation est de 93,1 % (sur 6 ans). À l’autre bout du spectre, la sociologie vient au dernier rang pour la diplomation (63,9 %) et à l’avant-dernier rang pour la cote R moyenne (26,2).

La corrélation diplomation-cote R est encore plus forte quand on fait le parallèle avec la cote R minimale exigée des universités, plutôt que la cote R moyenne des admis. Selon mon analyse, les programmes où les contingents d’étudiants sont les plus disparates (grand écart entre les faibles et les forts selon la cote R) ont les taux de diplomation les plus faibles.

Ainsi, 4 des 5 programmes qui ont les groupes les plus disparates figurent en queue de peloton de la diplomation. C’est le cas en enseignement au secondaire, en informatique, en histoire et en science politique.

Autrement dit, il appert que les taux d’échec sont plus élevés quand les facultés de certaines universités donnent la chance à une proportion plus importante d’étudiants plus faibles, qui ont des cotes R minimales basses, ce qui n’est guère surprenant2.

En informatique, le taux de diplomation est de seulement 68,8 % après 6 ans, et ce faible taux coïncide avec des exigences moindres à l’admission dans quelques facultés (cote R du dernier admis de 20 à l’Université de Sherbrooke et de 22,1 à l’Université Laval).

Il est possible, aussi, que la forte demande pour des informaticiens incite certains étudiants à entrer sur le marché du travail sans terminer le bac.

Travail social et sciences infirmières

Par ailleurs, les programmes de sciences infirmières et de travail social vivent la situation inverse de celle de l’enseignement au secondaire : leur taux de diplomation augmente de façon constante depuis 5 ans.

En 2020, le taux de diplomation des étudiants en sciences infirmières s’élevait à 89,2 %, soit 5 points de plus que cinq ans auparavant. Dans ce cas, le nombre de diplômés a aussi augmenté de quelque 500, à 1811. En travail social, le taux est passé de 83,7 % à 89 % en 5 ans.

Les universités gagneraient à se pencher sur ces taux de réussite, même si elles n’ont pas toujours intérêt à le faire, vu la dynamique de leur financement (selon le nombre d’admis). En effet, miser sur une hausse de leur taux de diplomation pourrait les inciter à admettre moins d’étudiants, ce qui diminuerait leurs revenus. À méditer.

1. Le taux de diplomation en 2020 représente en fait la diplomation de la cohorte de l’automne 2016 quatre ans plus tard. Ou encore la diplomation de la cohorte de 2014 six ans plus tard.

2. Pour le confirmer, il faudrait avoir une statistique de dispersion des notes des étudiants (l’écart-type pour la cote R), mais le Bureau de coopération universitaire (BCI), l’organisme qui compile les données, n’a pu nous fournir cette information.