Ça semble paradoxal, mais pour maintenir l’amour et l’harmonie dans son couple, il faut se résoudre à parler – souvent et beaucoup – d’un sujet qui n’est pas romantique pour deux sous : l’argent.

Publié le 30 janvier

Pour faire réfléchir ceux qui savent déjà qu’amour et finances sont indissociables, et pour en convaincre les autres, Pierre-Yves McSween et son complice Paul-Antoine Jetté consacrent 400 pages à la question dans le livre La facture amoureuse (Saint-Jean Éditeur). « C’est incontournable : la relation amoureuse te fera vivre la plus grande aventure financière, fiscale et légale de ta vie », affirment les deux comptables professionnels agréés.

S’en suit une démonstration patente. Au moyen d’exemples concrets et de situations vécues qui font tantôt sourire, tantôt soupirer en exposant les facettes les plus pitoyables de la nature humaine.

McSween et Jetté ont le mérite d’avoir élaboré la liste, et elle est longue, de toutes les formes de « factures amoureuses » qui nous attendent (ou pas) dans le détour. Celles qui vident les comptes de banque. Et les autres, plus sournoises, qui n’affichent pas de montant en dollars, mais dont l’incidence est parfois pire : renoncer à sa liberté, accumuler des frustrations, subir les actions d’autrui.

Sans surprise, même les sujets les plus arides, comme la planification successorale, les régimes matrimoniaux ou les stratégies de décaissement à la retraite, sont abordés avec l’humour provocateur et emblématique de Pierre-Yves McSween. On a parfois l’impression que le duo, qui se connaît depuis 20 ans, beurre un peu épais parce qu’il craint de se faire dire que les finances, c’est ennuyant.

« Je n’ai pas besoin de beurrer épais, je suis cave de même ! », rétorque l’animateur de l’Indice McSween, à Télé-Québec. L’humour, ajoute-t-il, est ce qui l’a rapproché de Paul-Antoine Jetté au temps où ils travaillaient dans le même bureau. « Quand je faisais des niaiseries, il était un bon public. Il m’a donné confiance. »

Pour le duo, l’humour est devenu « un outil pédagogique incroyable » pour passer des messages.

« Comme professeur, raconte Pierre-Yves McSween, j’expliquais les ratios financiers avec des rhum & Coke pour que ça marque l’imaginaire. »

« Quand tu essaies d’expliquer un concept et que tu vas à l’extrême, eh bien, l’extrême est souvent très drôle, car ça en devient ridicule. Mais ça permet d’expliquer quelque chose », ajoute Paul-Antoine Jetté, professeur d’administration au Cégep régional de Lanaudière.

Leur ton badin permet aussi d’aborder des questions délicates sans faire sentir personne coupable ou niais. De toute manière, observent-ils, lorsqu’un membre du couple s’enrichit au détriment de l’autre, « ça part souvent d’une bonne intention ». Ils évitent donc habilement de pointer les méchants et de dire à leurs victimes quoi faire pour obtenir justice.

« C’est un outil pour parler d’argent, pas pour détruire des couples », lance Pierre-Yves McSween.

D’ailleurs, le duo se garde bien de proposer « des recettes financières parfaites ou idéales à l’amour ». De fait, il n’y a pas une seule bonne façon de partager les dépenses qui puisse s’appliquer à tous les couples et à tout âge. Et il est fort possible que la méthode la plus adéquate doive changer au fil du temps. Le livre présente plutôt une série de possibilités qui font vite réaliser pourquoi l’argent provoque tant de conflits. Ce n’est pas simple !

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

La facture amoureuse, de Pierre-Yves McSween et Paul-Antoine Jetté

Les auteurs abordent aussi l’essentiel sujet de la violence financière, dont on entend trop peu parler.

À l’instar d’autres formes de violence conjugale, « il y a plusieurs degrés », insiste avec raison Pierre-Yves McSween. « On a créé des profils de types de violence et tout le monde va se reconnaître. Tout le monde fait des gestes de violence, volontaires ou non. Parce que contrôler l’autre, c’est un geste de violence. Mais détruire la santé financière du couple ou être laxiste sur les finances, c’est violent aussi. »

Voilà un exercice qui permettra (ou qui devrait permettre) aux lecteurs de faire leur examen de conscience, de mettre des mots sur des situations inconfortables et d’aborder franchement le sujet avec l’autre.

Le problème, avec l’argent, c’est qu’il cache plein de choses – des comportements malsains, des habitudes, des bibittes du passé, des traits de personnalité gênants – même au sein de couples qui s’aiment depuis longtemps. Pas pour rien que c’est si souvent tabou et conflictuel.

En plus, les finances et la fiscalité sont des mondes complexes qui font peur. McSween et Jetté admettent avoir eux-mêmes appris des choses « qui les ont jetés par terre » en rédigeant leur bouquin. Des exemples ? Paul-Antoine a découvert les risques d’être l’unique souscripteur des REEE de ses enfants alors que sa conjointe y contribue.

« Moi, j’ai découvert que les conséquences du mariage sont bien pires que je croyais ! », répond Pierre-Yves, qui n’est pas marié. Petit test éclair : si vous êtes marié selon la société d’acquêts (régime par défaut au Québec), êtes-vous capable d’énumérer les acquêts qu’un divorce séparerait 50-50 ? Vos dettes en font-elles partie ?

En prime, juste à temps pour la Saint-Valentin, La facture amoureuse propose un outil d’autodiagnostic amoureux. À remplir ensemble (ou en secret) avant le souper aux chandelles (ou après).