La fiscalité est un sujet aride qu’on imagine très mal être la source d’inspiration d’une chanson populaire ou d’une téléréalité emballante. Pourtant, ça nous touche quotidiennement, de la réception de sa paie à l’achat d’essence pour son auto.

Publié le 15 janvier

Il suffit de s’intéresser un peu aux chiffres pour découvrir des phénomènes fascinants. Je vous donne un exemple entendu vendredi midi lorsque la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques a dévoilé l’édition 2022 de son Bilan de la fiscalité au Québec.

On y apprend que les recettes fiscales au Québec, en 2020, ont atteint 174 milliards de dollars. C’est la somme de tout ce que vous avez versé en impôt fédéral, impôt provincial, taxes de vente, impôt foncier et cotisations au Régime de rentes du Québec. Si l’impôt sur le revenu a augmenté (de 3,2 %), grâce au versement de la PCU notamment, les taxes de vente ont plutôt baissé de 7,5 %.

Pourquoi ? Parce que les salles à manger des restaurants ont été fermées pendant plusieurs mois, entre autres. Nous avons donc acheté une plus grande part de nos aliments à l’épicerie et ces produits ne sont pas taxables (sauf exception).

Cette modification forcée de nos habitudes d’achat a provoqué l’explosion du coût de la « détaxation des produits alimentaires de base », c’est-à-dire le fait de ne pas taxer les légumes et la viande. La note a atteint 2,5 milliards de dollars pour l’État. Les pays européens ont sans doute été moins frappés par cette conséquence financière parce que les aliments vendus dans les supermarchés y sont taxés, ce qui serait « impensable » ici, a souligné le titulaire de la Chaire, Luc Godbout, de l’Université de Sherbrooke.

Consultez la liste des aliments détaxés et taxés

En 2019, les recettes fiscales au Québec avaient été supérieures de 1 milliard de dollars.

* * *

Le ministre des Finances, Eric Girard, participait aussi à l’évènement et il en a profité pour répondre aux questions du public.

Québec aidera financièrement les ménages d’ici à la fin de janvier à composer avec l’inflation. Envisagez-vous d’autres mesures si on atteint un niveau aussi élevé que celui des États-Unis (7 %) ?

J’ai eu l’occasion de travailler à la Banque du Canada et c’est important de rappeler que la maîtrise de l’inflation au Canada est la responsabilité de la banque centrale. Elle a le mandat de ramener l’inflation entre 1 % et 3 % et ils ont dit que nous serions là au deuxième semestre de 2022. À chacun ses responsabilités. Si l’inflation ne revient pas à des niveaux plus modérés dans un an, je vais regarder [l’idée d’une aide additionnelle]. Il faut dire aussi qu’on va avoir une amélioration de l’inflation, c’est mathématique lorsqu’on regarde la composante énergie. C’est évident que cette composante-là va disparaître parce que les prix de l’énergie au premier trimestre de 2022 sont inférieurs aux prix de l’an dernier.

Pourriez-vous permettre aux travailleurs les plus âgés de cesser de cotiser au Régime de rentes du Québec pour les encourager à demeurer sur le marché du travail ?

Le Régime de rentes est un régime autofinancé, alors à partir du moment où on permet à certaines personnes de ne plus cotiser, on va devoir augmenter les cotisations des autres. Et ce sont les employeurs et les employés qui cotisent. Donc, non, ce n’est pas notre intention. On a entendu la suggestion, on l’a étudiée. Mais est-ce qu’on a l’intention de faire ça ? Non, c’est clair.

Au Canada, le patrimoine net est assez concentré. Est-ce que cela justifierait de hausser l’impôt des plus riches ?

Au Québec, le fameux 1 % paie plus de 19 % des impôts. Alors je dirais qu’au Québec, puisque notre fardeau fiscal est élevé, l’ensemble des cohortes qui paient de l’impôt paient trop d’impôt. Alors non, je ne crois pas qu’un groupe doit être ciblé pour être taxé [davantage].

Est-ce que la réduction du fardeau fiscal fait partie de vos objectifs à moyen et long terme pour le ramener plus près de la moyenne canadienne ?

Bien sûr ! On aimerait avoir le même niveau de richesse que la moyenne canadienne, on aimerait ne plus recevoir de péréquation, on aimerait avoir le même fardeau fiscal. Tout ça va prendre du temps et c’est la somme des gestes qui va nous amener là. C’est important de garder le cap. Durant la crise, on a vraiment fait un effort important pour que nos gestes dans l’urgence soient cohérents avec ce qu’on veut faire à long terme.

Quelle est votre vision à long terme sur la priorisation de la réduction de la dette versus le financement des autres missions et priorités de l’État comme la crise climatique ?

Je pense que la réduction du poids de la dette nous permet de répondre justement à ces autres priorités : lutter contre les changements climatiques, assurer le financement des services de l’État, viser à réduire le fardeau fiscal dans le temps. Donc, c’est important. Moi, j’associe la saine gestion des finances publiques et la bonne gouvernance des affaires de l’État. Réduire le poids de la dette dans le temps, ça nous permet d’avoir une cote de crédit double A, d’emprunter à des taux compétitifs, de réduire le poids de la dette, de faire face aux intempéries. On vient d’avoir la pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale et on a réussi à l’absorber, à donner les moyens au service de la santé, on a réussi à aider nos entreprises. Alors c’est extrêmement important d’avoir un bon bilan.

Les propos du ministre ont été édités par souci de concision.

Consultez le Bilan de la fiscalité au Québec – Édition 2022 et son outil interactif
Regardez une capsule vidéo qui résume le document