Quand j’étais petit, je construisais des cabanes dans le sous-sol du bungalow familial, surtout l’hiver.

Publié le 24 déc. 2021

Le divan, la table et deux chaises servaient de structure. Les murs et les plafonds étaient faits de vieux draps que ma mère consentait à nous refiler, heureuse d’alimenter notre imaginaire. Les coussins meublaient l’intérieur.

Et là, avec mon plus jeune frère, je jouais à me protéger des méchants qui rôdaient dans les parages. J’avais le sentiment d’être réellement à l’abri, d’être capable d’affronter le pire, le froid, les loups, les bandits et les soldats ennemis. Et chaque fois, nous réussissions à terrasser l’invisible, à le vaincre ou à le faire fuir.

Je repense souvent à ces cabanes de mon enfance, surtout quand je descends dans mon propre sous-sol pour terminer, dans le lit de la petite chambre, une nuit écourtée par le tourbillon de la journée précédente.

J’y repense beaucoup ces derniers temps, avec cet ennemi invisible qui nous accable. Je m’emmitoufle bien serré sous les « couvertes » du petit lit, me remémorant le sentiment de sécurité que nous procuraient nos cabanes d’antan, invincible.

Comme la plupart des gens, j’ai été sidéré d’entendre François Legault annoncer le retour des restrictions sanitaires, durant la conférence de presse du jeudi 16 décembre. Quoi ? Il faut annuler les gros partys de Noël et du jour de l’An ? Il faut faire une croix sur ces rencontres que nous préparions depuis des semaines pour recharger nos batteries ?

Et plus la semaine avance, plus la déferlante de cas nous oblige à faire face à l’implacable réalité : non, la guerre n’est pas finie ; non, la vaccination massive ne met pas un terme aux restrictions, aux hôpitaux submergés ; non, les relations sociales ne redeviendront pas ce qu’elles étaient avant, pas encore.

Au terme de cette conférence de presse, après l’annonce du retour des restrictions, j’imaginais la longue sirène qui retentissait dans les villes d’Europe, lors de la Seconde Guerre mondiale, pour alerter la population d’un bombardement imminent. Aux abris, citoyens !

Écoutez le son des sirènes

On a tous envie de céder au découragement. Mille et une questions nous viennent à l’esprit. Combien d’autres variants Omicron surgiront-ils encore ? À quelle fréquence faudra-t-il se refaire vacciner ? Le passeport vaccinal deviendra-t-il valide seulement avec trois doses ?

Les mesures sanitaires auront-elles raison de notre cohésion collective ? Notre santé mentale tiendra-t-elle le coup ? Comment l’avenir des jeunes sera-t-il touché ?

Parviendrons-nous à immuniser l’ensemble de la planète pour étouffer le virus ? Faudra-t-il recommencer tous les ans ?

Et dans l’immédiat, l’absentéisme au travail de la masse de gens infectés simultanément provoquera-t-il une désorganisation de nos services ?

Quand j’étais petit, nos cabanes, bien souvent, ne restaient pas intactes. Les déplacements nombreux que nous faisions à l’intérieur pour affronter l’adversaire faisaient se décrocher les draps qui étaient fixés à la structure avec des épingles à linge.

Les occupants se lançaient alors des invectives, priant l’un et l’autre de mieux ramper entre la table et le divan pour préserver la cabane. Après l’intervention maternelle pour une soudaine collation salutaire, nous nous remettions à la tâche, préparant l’abri pour la prochaine bataille. Le jeu durait un certain temps, avant de s’effacer pour mieux revenir quelques jours plus tard.

Face à la COVID-19, nous sommes tenus de faire face à l’adversité. De nous remettre en question, bien sûr, mais aussi de nous faire confiance, collectivement. De puiser dans nos réserves, de nous entraider et de faire preuve d’ingéniosité.

Le virus fonctionne par vagues, ne l’oublions pas. Dans quelques semaines, la courbe s’aplatira, comme par le passé, et avant la fonte des neiges, nous pourrons de nouveau agir avec plus de liberté. Entre-temps, nos brillants chercheurs auront trouvé de nouvelles armes pour nous protéger.

Pour ce temps des Fêtes, je vous souhaite donc bon courage, chers lecteurs. Joyeuses Fêtes, malgré tout… et bonne chance avec vos cabanes !