Le Québec a souvent été conspué pour avoir pris des mesures favorisant les droits collectifs au détriment des droits individuels.

Publié le 28 août 2021

Cette entrave à la liberté individuelle, nous a-t-on dit, est un obstacle à l’économie, un ennemi du monde des affaires. Vos mesures collectivistes, uniques en Amérique du Nord, font fuir le capital.

Or, voilà que pour la première fois, ou presque, des observateurs de renom saluent chaudement une décision du Québec brimant les libertés individuelles, soit l’implantation d’un passeport vaccinal. Et ils jugent que cette décision favorisera notre économie. J’y reviens plus loin.

L’implantation plus rapide du passeport au Québec – mesure largement acceptée – nous vient probablement de notre réflexe collectiviste, développé par le passé pour des raisons culturelles ou de survie.

La plus connue de nos décisions controversées demeure la loi 101, qui protège notre langue en interdisant notamment aux enfants d’immigrés de fréquenter une école anglophone et en faisant du français la langue de travail et d’affichage.

La récente loi 21 sur la laïcité est du même ordre, interdisant le port de signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité et notamment aux enseignants. Elle limite ainsi certains droits individuels au profit d’un meilleur vivre-ensemble pluriculturel, collectif et laïque, qui a pris ses racines dans les années 1960, il y a quand même plus de 50 ans.

On pourrait nommer bien d’autres mesures qui ont esquinté certains droits au bénéfice de la collectivité. Les assurances automobile ou médicaments, par exemple, qui ont privé des compagnies d’assurance de revenus importants. Ou encore, la Loi régissant le financement des partis politiques, qui a empêché certains riches particuliers et certaines riches entreprises d’influencer les élections.

Auxquels s’ajoutent une pléthore de mesures sociales-démocrates, comme notre système de garderie peu coûteux, notre Loi sur la protection du consommateur, nos universités accessibles, notre Caisse de dépôt et placement, notre Hydro-Québec, etc.

Toutes ces décisions, souvent critiquées, nous ont habitués à prendre en compte les intérêts collectifs des Québécois, parallèlement à leurs droits individuels.

Le Québec est la deuxième province à implanter le passeport vaccinal, après le Manitoba. La mesure n’est pas banale : elle interdit l’accès à de nombreuses activités aux non-vaccinés, enfreignant ainsi leurs droits individuels.

La Colombie-Britannique néo-démocrate vient d’emboîter le pas au Québec, mais pas les conservatrices Alberta et Saskatchewan, qui refusent de brimer leurs libertariens avec un tel visa. Ces deux provinces, faut-il noter, ont actuellement trois fois plus de cas qu’au Québec, toute proportion gardée. Ce n’est pas un hasard : elles ont le plus faible taux de vaccination au Canada (58 % de leurs habitants sont entièrement vaccinés, contre 68 % au Québec).

Quant à l’Ontario du conservateur Doug Ford, qui était frileuse, La Presse Canadienne nous apprend maintenant qu’elle fera un virage à 180 degrés, et qu’elle annoncera la semaine prochaine qu’elle imitera le Québec, essentiellement.

Cette entrave à la liberté individuelle aidera l’économie du Québec, comme celle des provinces qui adopteront un système de passeport, prévoit l’économiste en chef de la Banque TD, Beata Caranci.

L’institution songe même à diminuer ses prévisions économiques pour les provinces qui refusent d’implanter un tel passeport, a expliqué Mme Caranci à un journaliste de l’agence Bloomberg, dont l’article a été publié vendredi dans le National Post de Toronto.

Lisez l’article du National Post (en anglais)

Pourquoi donc ? Parce que, selon Mme Caranci, le passeport limitera la possibilité d’un nouveau confinement ou encore le risque de nouvelles restrictions à l’activité économique. Il donnera confiance aux consommateurs, qui seront alors plus enclins à fréquenter les restaurants, les salles de spectacle et autres lieux auparavant proscrits.

L’économiste en chef de la TD n’est pas la seule à encenser la décision du gouvernement du Québec. En éditorial vendredi, l’influent Globe and Mail de Toronto a exhorté Ottawa à implanter plus rapidement un passeport vaccinal national. Et il suggère d’utiliser la technologie du Québec.

L’éditorialiste – anonyme comme le veut la tradition de ce quotidien – juge que les provinces coopéreraient dans l’implantation d’un passeport pancanadien, ce qui leur éviterait de l’imposer elles-mêmes à leurs électeurs.

Avec la quatrième vague qui grossit, le passeport devient un outil indispensable. Non seulement il permettra à l’économie de poursuivre son erre d’aller, mais il obligera bien des récalcitrants, notamment les jeunes, à se faire vacciner, afin de reprendre leurs activités courantes.

C’est quand même intéressant de constater que notre réflexe collectiviste a aussi des avantages économiques, ne trouvez-vous pas ?