Il y a de ces phénomènes qui font la manchette à répétition, mais qui n’arrivent jamais à toucher le grand public.

Publié le 4 juill. 2021

La pénurie de main-d’œuvre en est un bon exemple. À moins d’être un entrepreneur, un PDG ou un directeur des ressources humaines, avouez que les conséquences vous semblent bien théoriques. Et sans grand impact dans votre quotidien.

La pénurie de farine et de levure, il y a un an, était pas mal plus irritante. Quoi ? Je vais devoir sauter dans mon auto et me rendre dans un autre supermarché ? Idem pour les pénuries de bois traité et de Purell.

Pourtant, la difficulté des entreprises à pourvoir leurs postes vacants touche tous les consommateurs. Directement dans leur compte de banque.

D’abord parce que les entreprises doivent augmenter les salaires pour attirer et retenir des employés. Il n’y a pas de magie, elles refilent ensuite ce coût additionnel à leurs clients. Si ce n’est pas déjà commencé, ça ne saurait tarder.

Évidemment, le sujet est tabou. Personne n’a le goût d’annoncer publiquement que ses produits sont moins abordables qu’avant.

« C’est clair que si les coûts de main-d’œuvre augmentent, les prix vont finir par monter. C’est arithmétique », indique tout de même le directeur général du Conseil québécois du commerce de détail – un secteur particulièrement touché –, Jean-Guy Côté.

Karl Blackburn, qui est à la tête du Conseil du patronat, a raconté lors d’un récent webinaire l’histoire d’une restauratrice de la Gaspésie incapable de trouver un cuisinier en offrant le salaire habituel. Elle s’est donc résolue à lui verser 30 $ l’heure.

« La réalité fait en sorte que malheureusement, cette spirale de pénurie de main-d’œuvre risque d’avoir des conséquences importantes sur l’inflation et pour ces secteurs qui sont à faible marge de profit. Inévitablement, tout cela va se traduire par une augmentation des coûts des biens et des services. Ultimement, c’est le consommateur qui va payer plus cher », a déclaré M. Blackburn, cité par La Presse Canadienne.

Les exemples du genre n’ont pas fini de se multiplier.

À l’Association Restauration Québec, on observe du maraudage et de la surenchère dans l’industrie. Les employés ne sont plus gênés de dire à leur patron : « Tu veux que je revienne ? Combien tu me donnes ? », rapporte son porte-parole François Meunier. Quel est l’impact dans les menus pour le moment ? « Personne ne partage sa stratégie de prix », répond-il.

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La pénurie se fait sentir partout : dans la construction, dans les usines qui approvisionnent les quincailleries, dans l’industrie touristique, dans les résidences pour aînés.

Ceux qui entretiennent leur maison le savent : les coûts pour rénover montent en flèche, et ce n’est pas seulement à cause du prix des matériaux.

Chaque fois qu’il est question des craintes inflationnistes post-pandémie – tant au Canada qu’aux États-Unis –, la pénurie de main-d’œuvre est évoquée par les économistes. En passant, Desjardins prévoit un taux d’inflation de 2,8 % en 2021 au Québec.

Moins d’employés, ça veut aussi dire que la production de biens diminue. Combien d’histoires d’entreprises québécoises incapables de suffire à la demande, faute de personnel, avez-vous déjà lues ? Certaines usines, dans le secteur de l’agroalimentaire notamment, ont carrément cessé de fabriquer certains produits.

Qu’arrive-t-il quand moins de biens sont disponibles ?

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Ce ne sont pas les seuls coûts provoqués par la pénurie de personnel.

Comme consommateur, peut-être avez-vous remarqué que le service à la clientèle dans les commerces n’est pas toujours optimal. On ne peut pas trop en vouloir aux détaillants qui ont peiné à recruter pendant de longs mois, victimes de la concurrence de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et ensuite de la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) versées par Ottawa. Les mois de fermetures forcées par Québec ne les ont pas aidés non plus à conserver leurs précieux effectifs formés.

N’empêche, le service n’est pas toujours à la hauteur des attentes. C’est le cas depuis quelques années déjà, me direz-vous. C’est vrai. Je ne compte plus le nombre de fois où je suis entrée dans un magasin à la recherche d’un produit précis, bel et bien en stock, mais personne ne pouvait m’indiquer où le trouver. Alors, imaginez lorsqu’on est présentement à la recherche d’un conseil avant de faire un achat important ou complexe.

Ce n’est pas aussi anodin que ça en a l’air. Être bien conseillé n’est pas un caprice. Pensons à l’achat d’équipements sportifs spécialisés ou de matériel nécessaire à un projet de rénovation, par exemple. Une mauvaise décision peut coûter cher. Et ce, de multiples manières.

Comme petit épargnant, on a beau investir judicieusement, préparer sa retraite avec l’aide d’un spécialiste, s’attarder au rendement net de frais de ses fonds communs, suivre ce qui se passe en Bourse et regarder les circulaires des supermarchés… impossible d’échapper aux conséquences de la pénurie de personnel.