Martin Imbleau est devenu PDG du port de Montréal en janvier dernier. L’ancien responsable du développement des affaires chez Énergir, qui a brièvement suivi sa collègue et patronne Sophie Brochu chez Hydro-Québec, a accepté sans hésiter l’offre de diriger l’Administration portuaire de Montréal. Un défi relevé dans les conditions difficiles marquées par la pandémie et un conflit de travail qui a paralysé les activités du port durant 10 jours. Le nouveau PDG nous explique comment il entrevoit l’expansion du port de Montréal.

Publié le 15 juin 2021

Vous veniez de prendre le poste important de vice-président, stratégies et développement des affaires, chez Hydro-Québec lorsque vous avez accepté de prendre la direction du port de Montréal. Pourquoi ce soudain changement de cap ?

J’ai toujours souhaité diriger un service public important comme peut l’être le port de Montréal. J’ai passé 23 ans chez Énergir, où j’ai été responsable du développement des affaires, des grands projets, des acquisitions et de la conversion vers les énergies renouvelables comme l’éolien, le solaire, le gaz naturel liquide et l’hydrogène.

J’ai passé tout ce temps comme le numéro deux de Sophie Brochu. Je l’ai suivie chez Hydro-Québec en avril 2020, mais quand j’ai été approché pour le poste de PDG du port de Montréal, je n’ai pas hésité. Je n’ai pas quitté Hydro-Québec, j’ai rejoint le port de Montréal.

Hydro-Québec reste tout de même le service public le plus important au Québec. Il y avait là pour vous tout un défi comme responsable du développement des affaires, non ?

Oui, mais je voulais faire évoluer une organisation, participer à la rendre plus performante. Le port de Montréal est au cœur d’une industrie très discrète et méconnue au Québec. C’est un port urbain qui s’étale sur 26 kilomètres de berges et qui existe depuis 300 ans, mais que personne ne voit.

Dans sa Constitution même, le gouvernement fédéral nous décrit comme un actif stratégique qui est responsable de la sécurité et du développement canadiens. Historiquement, le port était lié au transport, puis à la logistique. Il doit maintenant devenir un vecteur de développement durable en réalisant sa transformation énergétique.

On souhaite utiliser davantage l’intelligence artificielle et réduire notre empreinte carbone en électrifiant le plus possible nos opérations et en utilisant l’hydrogène liquide, que ce soit pour nos camions, nos grues et même les navires qui y transitent.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Le port de Montréal

Vous avez toutefois eu droit à un baptême du feu pour entamer votre mandat alors que vous êtes arrivé en poste en pleine pandémie et que vous avez dû naviguer durant un autre conflit de travail avec vos débardeurs. Cela a été difficile ?

J’avais déjà vécu l’arrivée dans un nouveau poste chez Hydro-Québec en pleine pandémie. L’intégration au port s’est bien déroulée, même si on a dû composer avec un contexte difficile.

Avant la grève des débardeurs, durant le premier trimestre, le port enregistrait déjà une baisse de 10 % de son achalandage en raison de l’incertitude qui régnait. Les compagnies maritimes ont préféré détourner leurs cargos vers d’autres destinations comme Halifax, New York ou Savannah.

C’est sans compter le blocus ferroviaire de l’an dernier, les deux semaines d’arrêt de travail durant l’été, la pandémie…

Oui, tous ces évènements nous ont marqués. Mais là, on commence à reprendre le dessus alors qu’on est revenus aux mêmes temps de livraison qu’avant le conflit. Durant la grève, l’économie québécoise a été privée de 10 à 25 millions de retombées économiques chaque jour.

Les gens ont réalisé l’importance du port de Montréal. Ce ne sont pas seulement les grandes entreprises qui ont été affectées. Les producteurs de porc n’arrivaient plus à exporter leur production, les détaillants de petites villes étaient en rupture de stock.

On est responsables de la livraison de commodités pour un marché de 110 millions de personnes, au Québec, en Ontario et jusqu’au Midwest américain. L’expansion des prochaines années sera axée autour de l’intelligence artificielle, de la performance et de l’environnement.

Parlant d’expansion, vous avez obtenu le feu vert du ministère fédéral de l’Environnement pour votre projet de nouveau terminal à Contrecœur qui suscite toujours des inquiétudes pour certaines espèces menacées. Comment allez-vous rassurer tout le monde ?

On a eu un rapport favorable du ministère de l’Environnement, mais on doit finaliser les conditions de réalisation de notre projet dont la construction doit démarrer au printemps ou à l’été 2022. On a déjà présélectionné trois consortiums et on va lancer prochainement l’appel d’offres.

Pour répondre aux inquiétudes que l’installation du nouveau quai pose sur le poisson chevalier cuivré, on a décidé de déplacer le projet et de reconstituer un nouvel herbier où ils pourront se nourrir. Ça va coûter cher, mais on va le faire. Les gens ont raison de s’inquiéter, mais on va le faire de façon responsable.

L’expansion à Contrecœur était peut-être inévitable, mais comment allez-vous gérer la hausse de l’achalandage autour du nouveau quai ?

Le port de Montréal est à pleine capacité avec ses 2,1 millions de conteneurs qui transitent par année. On doit bâtir les infrastructures de demain qui vont permettre d’absorber notre seule croissance organique.

Le nouveau quai de Contrecœur et les installations ferroviaires qui vont être aménagées à côté vont hausser notre capacité de 1,15 million de conteneurs par année. On est dans un marché unique à Montréal où on décharge un bateau de 5000 conteneurs pour le recharger de 5000 conteneurs de produits qu’on exporte.

Ce n’est pas urgent de le faire, mais ça presse. Il faut mettre en place les infrastructures avant que le marché arrive. Et pour ce qui est de la hausse de l’achalandage, oui, il va y avoir plus circulation, mais ce sera principalement du transport ferroviaire.

Le port de Montréal est un actif stratégique puisqu’il apporte les commodités dont on a besoin au quotidien. Il faut être impatient à court terme, mais patient à long terme. On prépare le terrain pour les 30 prochaines années.