Les succursales de la LCBO sont fermées depuis vendredi en Ontario, mais on peut tout de même acheter de l’alcool ailleurs dans la province – et ça sera le cas de plus en plus, avec une imminente libéralisation du secteur. Le point sur le marché de l’alcool en Ontario, en cinq questions.

Est-ce que les Ontariens s’apprêtent à passer un été sec ?

C’est le message que le syndicat a envoyé lors du déclenchement de la grève, la semaine dernière, en accusant Doug Ford d’imposer un « été sec » aux Ontariens.

La réplique du premier ministre n’a pas tardé : lundi, Doug Ford a présenté une carte qui permet de trouver les points de vente où il est toujours possible d’acheter de la bière et du vin, malgré la grève.

Et ces endroits vont se multiplier, puisque le gouvernement ontarien veut libéraliser la vente d’alcool. Les premières mesures d’assouplissement entrent en vigueur dans moins d’un mois.

Les employés de la LCBO (Liquor Control Board of Ontario) estiment que cette ouverture du marché risque de faire baisser les ventes de la société d’État, ce qui pourrait mener à des pertes d’emplois.

Quel est ce plan de libéralisation de l’alcool ?

À partir du 1er août, les épiceries pourront ajouter les prêts-à-boire à leur offre – qui comprend déjà la bière et le vin.

Un mois plus tard, le 5 septembre, les dépanneurs ontariens pourront aussi élargir leur offre de boissons alcoolisées avec les prêts-à-boire, de la bière et du vin.

L’élargissement des points de vente fait le bonheur de plusieurs maillons de la chaîne, dont celui de l’association Beer Canada.

« L’augmentation du nombre de points de vente autorisés à vendre de la bière passera de moins de 2000 détaillants à potentiellement plus de 8000 et c’est une très bonne nouvelle pour les consommateurs de bière ontariens et les brasseurs canadiens », indique le président de Beer Canada, CJ Hélie.

Au Québec, les cannettes de boissons prêtes à boire faites à partir d’alcool distillé sont vendues à la Société des alcools du Québec (SAQ), mais celles faites de malt se trouvent dans les dépanneurs et les épiceries – où il y a aussi de la bière et du vin.

Est-ce que cet élargissement pourrait changer le marché ?

Oui, mais il ne faut pas s’attendre à ce que les Ontariens désertent les succursales de la LCBO du jour au lendemain, explique Frédéric Laurin, professeur d’économie à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

« Si on compare avec le Québec, dit-il, les supermarchés et les dépanneurs ne viennent pas chercher tant que ça de parts de marché à la SAQ. »

Par contre, peut-être que certains consommateurs vont découvrir de nouveaux produits, dans de nouveaux endroits. « Je crois que c’est ça, la stratégie du gouvernement ontarien, précise le professeur Laurin, de montrer qu’il y a des alternatives. Et qu’elles peuvent être le fun. »

Les petits commerces offrent un service personnalisé, ce qui est précieux pour les alcools qui se distinguent.

« Des vins de plus petits producteurs, moins connus, qui ont besoin d’être plus contextualisés », poursuit ce spécialiste du marché, qui donne en exemple des vermouths ou des pastis faits par des artisans qui passeraient complètement inaperçus sur les tablettes d’une société d’État.

Selon Frédéric Laurin, si des commerçants ontariens profitent de l’occasion pour se distinguer, ils pourraient développer un créneau et attirer une nouvelle clientèle.

« Les Ontariens sont des buveurs de bière, dit-il. Ils adorent la bière. » Ils achètent présentement leur bière à la LCBO et dans les boutiques de la chaîne The Beer Store.

Il y a de la place pour développer le marché des microbrasseries. Pour le reste des boissons, le mouvement devrait être marginal, selon Frédéric Laurin. La LCBO ne doit pas craindre de perdre les acheteurs de vin d’entrée de gamme.

Les succursales de la SAQ près des frontières ontariennes ont-elles été prises d’assaut ?

À la SAQ, on ne va pas mesurer l’impact de la grève en Ontario avant quelques jours, s’il y en a un.

Il faut aussi savoir que si les succursales physiques de la LCBO sont fermées, il est quand même possible de passer une commande en ligne.

La grève prévoit une fermeture des succursales pour 14 jours, puis une réouverture de certaines les vendredis, samedis et dimanches à partir du 19 juillet.

La LCBO compte plus de 600 magasins dans la province.

Dans ce cas, qui souffre de la fermeture des LCBO ?

Les restaurateurs. Car si les consommateurs peuvent se procurer de l’alcool ailleurs, la situation est autrement plus complexe pour les bars et les restaurants, qui doivent acheter leurs bouteilles par le système de la société d’État ontarienne.

« Il y a vraiment un niveau de stress élevé en ce moment pour nos restaurateurs en Ontario », confie Maximilien Roy, vice-président du regroupement Restaurants Canada, qui précise que certains restaurateurs comptent les jours depuis le déclenchement de la grève.

Plusieurs ont fait des provisions, mais certains manqueront d’alcool avant les 14 jours prévus.

Le regroupement Restaurants Canada exhorte la direction de la LCBO à trouver une solution efficace très rapidement. Pour le moment, il est possible pour les restaurateurs de commander en ligne, mais le choix est très limité – une trentaine de produits.

« On demande à la LCBO et au gouvernement ontarien de retourner à la table de négociation le plus vite possible pour régler ça », dit Maximilien Roy.