Ils sont plus confortables, plus accessibles et plus lumineux, mais surtout, les 32 nouveaux trains du corridor Québec-Windsor pourraient créer un engouement autour de l’efficacité et de la ponctualité du transport ferroviaire, espère VIA Rail, qui doit encore à ce jour s’arrêter et céder le passage aux trains de marchandises.

« On va avoir un record de passagers cette année. Et on le voit, il y a un engouement pour le train. […] Il y a une pression populaire qui peut nous aider à faire avancer les choses, c’est ce qu’on espère », évoque la chef aux communications et marketing de la société d’État, Brigitte Dagnault, en entrevue.

Elle fait ainsi référence aux « discussions continuelles » avec les propriétaires des voies ferrées dans le corridor ferroviaire, en grande partie le Canadien National (CN) et le Canadien Pacifique (CP). Ces derniers, qui exploitent surtout des trains de marchandises, ont priorité sur les rails, ce qui retarde régulièrement les itinéraires des trains de passagers, au grand dam de ces derniers.

Avec son parc de trains Venture plus ergonomiques, accessibles et confortables, qui est maintenant livré à plus de 50 %, VIA Rail espère accélérer les discussions. « Nos nouveaux trains peuvent aller jusqu’à 200 km/h, donc si on pouvait rouler plus vite sur les rails, on le ferait », illustre Mme Dagnault.

« Le momentum pour le train passager, il est là. Que ce soit avec le train à grande fréquence (TGF), nos nouveaux trains et même le transport collectif de façon générale, on le sent. Espérons que ça nous aide à bonifier notre offre de service et à avoir les discussions avec les bonnes personnes », ajoute-t-elle.

Un train signature

Pour marquer le coup, VIA Rail présentera mercredi à Montréal l’un de ces 32 trains, avec une identité visuelle unique. Le train « Lumi », abréviation de lumineux, débarquera officiellement sur les rails cet été. De couleur jaune monochrome, il veut à la fois faire un clin d’œil au passé et à l’avenir, en rappelant notamment le design du train Turbo, qui a été en service jusqu’en 1982 entre Montréal et Toronto.

Ce nouveau venu entrera officiellement en service à la fin du mois d’août. Des essais doivent d’abord être lancés dans les prochains jours entre Ottawa et Montréal.

Jusqu’ici, 18 des 32 nouveaux trains Venture ont été livrés, dont 15 sont déjà en service, surtout entre Québec, Montréal, Ottawa et Toronto. D’ici la fin de 2024, on estime qu’environ les deux tiers de ces trains seront livrés, ce qui devrait permettre de desservir Windsor et le sud-ouest de l’Ontario.

L’ensemble des trains devrait entrer en service d’ici environ un an, à l’été 2025. Au total, ces nouveaux véhicules ont coûté environ 1,5 milliard de dollars et devraient circuler sur une échelle de quelque 1500 kilomètres.

Pour le vice-président aux projets majeurs de VIA Rail, Arnaud Lacaze, le « momentum » à saisir est bien réel, mais le fait est que les enjeux demeurent entiers. « Aujourd’hui, les trains de marchandises sont de plus en plus longs. Ils peuvent faire trois à cinq kilomètres de long, alors que nous, on fait 100 à 110 mètres. Il y a donc très peu de possibilités pour eux de se tasser », avoue-t-il.

« C’est pour ça que de notre côté, en connaissant les conditions canadiennes, on veut d’abord vraiment miser sur l’expérience client », persiste M. Lacaze.

Sièges ergonomiques redessinés, toilettes spacieuses, larges espaces de rangement, lumière omniprésente : les trains Venture ont tout pour plaire aux usagers, affirme le gestionnaire. « Il y a par exemple une connexion WiFi accrue et plusieurs espaces pour tenir des rencontres, en groupe de quatre. On veut vraiment que l’usager puisse se détendre ou travailler pendant tout son trajet », note-t-il.

Des cibles ambitieuses

Outre le mégaprojet de TGF, dont l’appel d’offres a été lancé en septembre dernier, VIA Rail doit aussi bientôt remplacer ses trains de longue distance, dont la fin de vie utile est fixée à 2035. Le gouvernement Trudeau s’est engagé dans son dernier budget à soutenir cet effort qui coûtera certainement plusieurs milliards, le réseau à couvrir totalisant environ 10 000 kilomètres de voies ferrées.

D’ici 2030, la société d’État se donne notamment pour objectif d’augmenter la capacité à bord des trains de près de 20 %, tout en dégageant des économies équivalant à 15 % de son déficit d’exploitation.

Bon an, mal an, VIA Rail calcule sa capacité en termes de sièges-milles disponibles (SMD), soit le nombre de sièges par passager et par mille – l’équivalent de 1,6 kilomètre parcouru. En 2023, ce chiffre était de 1,493 million ; en 2030, l’organisme espère atteindre 1,761 million.

L’organisation promet pendant ce temps de dégager des économies égales à 15 % du déficit d’exploitation, afin d’en arriver à pouvoir « autofinancer » le plan de transformation. Comme le déficit de 2023 est évalué à environ 381,8 millions, cela représente donc environ 57,3 millions.