La semaine de quatre jours gagne en popularité dans certains pays d’Europe et même, ici et là, aux États-Unis. En Grèce, on va dans l’autre sens.

Une nouvelle loi visant à stimuler la productivité grâce à la semaine de six jours est entrée en vigueur cette semaine.

Semaine de 48 heures

Les employés peuvent choisir d’ajouter huit heures – payées à 40 % de plus que le temps normal – à leur semaine de 40 heures.

C’est à contre-courant de la tendance vers la semaine de quatre jours qui, d’après des études, favorise la productivité, le bien-être et la satisfaction des employés.

Contrer le travail au noir des Grecs

Le gouvernement grec espère que cette loi atténuera la pénurie de main-d’œuvre et veut contrer les heures supplémentaires payées sous la table et l’évasion fiscale liée aux heures non déclarées. Mais des chercheurs doutent que la nouvelle loi grecque ait l’effet espéré ; au contraire, elle pourrait entraîner une hausse du taux de rotation, l’épuisement professionnel, la maladie et même la mort.

PHOTO HILARY SWIFT, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Des soudeurs à l’œuvre sur un tronçon de gazoduc dans le nord de la Grèce en mai dernier. Le gouvernement grec espère contrer les heures supplémentaires payées sous la table et l’évasion fiscale.

« À coup sûr, c’est une décision à courte vue et un pas dans la mauvaise direction », croit Malissa Clark, directrice du Healthy Work Lab de l’Université de Géorgie, qui étudie l’équilibre travail-vie privée. « On sait que les longues heures de travail nuisent à la santé des employés. »

Aux États-Unis, 77 % des travailleurs estiment que la semaine de 40 heures sur quatre jours serait extrêmement ou plutôt positive pour leur bien-être, révèle un sondage Gallup. Selon des entreprises américaines qui ont essayé ou adopté la semaine réduite, on constate ses avantages.

Semaine de six jours en Asie

Dans plusieurs pays d’Asie et d’autres régions en développement, la semaine de six jours est la norme. Mais à l’échelle mondiale, on tend plutôt à raccourcir la semaine de travail. En France, des projets-pilotes examinent la semaine de quatre jours. La Belgique est le premier pays à l’avoir adoptée, en 2022. D’autres pays y songent aussi, notamment l’Islande, le Japon et l’Afrique du Sud.

Mais tout le monde n’est pas convaincu : on redoute des problèmes de personnel, la baisse de productivité, l’augmentation des coûts et le bouleversement des activités.

La loi grecque ignore le corpus de recherche démontrant qu’augmenter les heures de travail nuit à la productivité au lieu de la stimuler, affirme Brigid Schulte, directrice du programme sur l’équilibre travail-famille « Better Life Lab » au groupe de réflexion New America. En réalité, augmenter les heures de travail amène souvent le personnel à faire plus d’erreurs, à exécuter les tâches moins vite, en plus de causer de l’épuisement, du stress et des maladies.

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Le tourisme est un des secteurs qui manque de main-d’œuvre.

On juge l’arbre à ses fruits. Si, tout d’un coup, la Grèce redresse son économie, il faudra peut-être réévaluer nos données. Mais d’après moi, ça n’arrivera pas.

Brigid Schulte, directrice du programme sur l’équilibre travail-famille « Better Life Lab »

La loi grecque donne l’option de travailler 48 heures, mais ne l’exige pas. Les lois de l’Union européenne, elles, imposent aux employeurs de ne pas faire travailler leurs employés plus de 48 heures par semaine en moyenne, heures supplémentaires incluses. Selon Mme Clark, la loi grecque crée seulement une perception de choix, car l’augmentation de salaire incite les gens à travailler plus longtemps. « C’est dur de dire non [à l’argent], dit-elle. Par ailleurs, quelles seront les normes et les attentes au sein de l’organisation ? »

Malgré l’expérience grecque et même si la semaine de quatre jours progresse lentement ailleurs, Mmes Schulte et Clark estiment que la réduction des heures de travail est une tendance lourde. Elles pensent que les entreprises vont continuer à améliorer leurs procédés et à tirer parti de la technologie, ce qui révélera que la semaine réduite profite aux travailleurs et aux actionnaires.

« Derrière la semaine plus courte se cache une mission d’excellence organisationnelle, a déclaré Mme Schulte. Travailler moins d’heures profite aux entreprises, aux travailleurs et à l’économie, si c’est fait comme il faut. »

Cet article a été publié dans le Washington Post.

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