Cette semaine, il a dépassé les records de 2022

Ça n’a rien à voir avec les festivités du 4 juillet, mais le prix du beurre atteint des sommets aux États-Unis, ces jours-ci. Cette hausse ne devrait toutefois pas se refléter dans les supermarchés au nord de la frontière. Le point sur le beurre, en cinq questions.

Comment expliquer cette hausse ?

Les réserves étant particulièrement basses, l’industrie qui voit (déjà) les Fêtes arriver veut stocker le beurre nécessaire pour la fabrication des bûches et tartes salées qui se vendent beaucoup durant la période précédant Noël. La saisonnalité joue dans cette hausse d’une autre façon, note Bruno Larue, du département d’économie agroalimentaire et sciences de la consommation de l’Université Laval : la production de crème glacée a demandé beaucoup de crème au cours des dernières semaines. Plus de crème, donc moins de gras laitier disponible pour fabriquer du beurre.

« Le prix du beurre a augmenté depuis trois ou quatre ans de façon continue, pas juste dans les dernières semaines », note M. Larue. Notamment parce que les fabricants américains ont préféré en faire moins, pour ne pas devoir soutenir des stocks dans le contexte économique actuel.

Pourquoi le prix reste-t-il stable ici ?

Le beurre étant un produit laitier, il est soumis à la gestion de l’offre au Canada, ce qui n’est pas le cas aux États-Unis, où le prix reçu par les producteurs fluctue davantage.

Au Canada, c’est la Commission canadienne du lait qui fixe le prix, une fois par année, selon un calcul mathématique basé sur les coûts de production à la ferme et l’indice des prix à la consommation.

Cela fige le prix payé par les transformateurs qui font du beurre, mais pas celui payé par les consommateurs qui l’achètent à l’épicerie, précise Charles Langlois, président-directeur général du Conseil des industriels laitiers du Québec.

« Les détaillants n’ont toutefois pas tendance à énormément faire varier le prix du beurre, précise-t-il, sauf lors de campagnes de promotion. »

Et parfois, ces offres sont particulièrement alléchantes, le but étant d’attirer la clientèle en magasin, avec un prix imbattable sur cet ingrédient de base.

« Le beurre peut assurément jouer le rôle de produit d’appel », dit Charles Langlois, précisant qu’on voit parfois des prix oscillants autour de 4 $ la livre, ce qui est nettement sous le coût habituel du beurre.

Les industriels québécois peuvent-ils profiter de la situation ?

Oui. Un peu.

Le premier principe de la gestion de l’offre est de satisfaire le marché local, de s’assurer de l’équilibre entre la demande et l’offre en protégeant le marché. « Ça veut aussi assurer un revenu stable aux producteurs », ajoute Charles Langlois.

Mais rien n’empêche un industriel d’ici de vendre ses produits à bon prix chez les voisins avides de beurre.

L’inverse est aussi vrai : le Canada importe hors tarif un peu de beurre, et d’autres produits laitiers comme du fromage, selon ce qui est permis dans le cadre de ses ententes commerciales avec l’Union européenne ou selon l’Accord Canada–États-Unis–Mexique ou l’Accord de partenariat transpacifique.

Ce qui explique la présence de beurre français dans certaines épiceries – et dans les croissants des boulangers qui le préfèrent au beurre local.

Ces fluctuations de prix et cette hausse sur le marché américain pourraient éventuellement avoir un effet ici. « Ça pourrait créer des opportunités d’affaires pour les gens qui utilisent du beurre pour faire leurs produits », précise Charles Langlois. Selon lui, une entreprise qui travaille avec du beurre américain pour ses viennoiseries pourrait être tentée de changer de fournisseur si le prix américain devient trop élevé. D’autant que, selon un rapport du département de l’Agriculture des États-Unis, le prix du beurre devrait continuer de monter chez nos voisins du Sud.

S’il y a une hausse de la demande pour le beurre canadien, les prix sur le marché local pourraient-ils augmenter ?

Les prix du beurre augmentent continuellement, partout – la hausse est aussi observée en Europe. La situation aux États-Unis pourrait avoir une petite influence sur le marché local, mais le marché américain du beurre et du fromage est relativement fermé, détaille Andrew Novakovic, du Centre en excellence laitière de l’Université Cornell. Et ce, pour une raison plus gustative qu’économique : « le type de fromages et de beurre que nous produisons ne correspond pas particulièrement à la demande mondiale ni à ce que produisent les autres grands fournisseurs », explique le professeur, qui précise toutefois qu’il y a certaines exceptions. Et que la production laitière canadienne est – en général – dans la même situation.

C’est en partie pour cela que les prix du beurre aux États-Unis sont dictés par l’offre et la demande locales.

Quand a-t-on recommencé à manger du beurre ?

Le cycle de consommation du beurre est particulièrement révélateur des tendances en alimentation : alors qu’il avait été mis à l’index dans les années 1970 ou 1980, où on s’est tournés vers la margarine, le beurre a repris une image de gras plus naturel au tournant des années 2000. Influencée par d’efficaces campagnes publicitaires, notre consommation de beurre a progressivement augmenté depuis 10 ans.

En savoir plus
  • Les grands consommateurs de beurre (consommation annuelle par habitant)
    Danemark : 8,9 kg
    France : 8,2 kg
    Islande : 5,9 kg
    Pakistan : 5,9 kg
    Allemagne : 5,4 kg
    Suisse ; 5,4 kg
    Autriche : 5,3 kg
    Inde : 4,6 kg
    Source : Agriculture et Agroalimentaire Canada, pour l’année 2022 – beurre et huile de beurre (ghee)