Si les départs massifs à la retraite d’entrepreneurs baby-boomers ont généré un nombre sans cesse croissant de ventes, de fusions et d’acquisitions d’entreprises au cours des dix dernières années, le nombre de transactions plafonne depuis deux ans. Le mouvement devrait toutefois profiter d’un meilleur contexte pour repartir à la hausse en 2025, anticipe Christine Pouliot, associée chez PwC Canada.

Les deux dernières années ont été marquées par la hausse de l’inflation et des taux d’intérêt, ce qui a provoqué un léger refroidissement des activités de vente et de rachat d’entreprises, un mouvement que l’on avait déjà commencé à observer avec l’éclosion de la pandémie de COVID.

« Beaucoup de propriétaires entrepreneurs ont décidé de repousser la mise en vente de leur entreprise à cause de la COVID. Ils ont retardé leur projet parce qu’ils voulaient d’abord renouer avec la croissance et afficher de belles performances financières.

« La hausse des taux d’intérêt est toutefois venue freiner l’ardeur de nombreux acheteurs, mais la Banque du Canada vient d’envoyer un signal très positif en réduisant pour une première fois son taux directeur », souligne Christine Pouliot, associée au Groupe Transactions chez PwC Canada et directrice générale du groupe fusions et acquisitions au Québec.

C’est pourquoi elle est d’avis que le marché va retrouver son allant des dernières années à partir de 2025, quand les conditions de financement vont redevenir plus favorables.

Cela fait plus de 20 ans que Christine Pouliot navigue dans le monde des transactions entre entreprises. Titulaire d’une maîtrise en finances et détenant le titre d’analyste financière agréée, elle dirige depuis quatre ans le Groupe Transactions de PwC, qui a pris beaucoup d’expansion au cours des dernières années.

« En 2017, on était 15 professionnels des transactions et notre équipe en compte maintenant 30. On a progressé au rythme où augmentent les transactions. On est le plus gros groupe de professionnels en fusions et acquisitions dans le marché intermédiaire des PME qui réalisent entre 20 et 500 millions de chiffre d’affaires », résume la directrice générale.

On savait que le départ à la retraite des baby-boomers allait provoquer un mouvement de vente d’entreprises sans précédent, mais on se rend compte aujourd’hui que cette réalité va durer encore pour au moins les 10 prochaines années.

« Il y a beaucoup d’entrepreneurs propriétaires qui ont retardé la vente de leur entreprise. Même rendus à 75 ans, ils hésitent à le faire. Et on estime que ce sont près de 60 % des entreprises qui vont se mettre en vente au cours des 10 prochaines années, alors on n’a pas fini d’en voir, des transactions », constate Christine Pouliot.

Du carburant pour alimenter les transactions

Malgré l’abondance des transactions qui vont devoir se réaliser au cours des prochaines années, ce ne sont pas les sources de financement qui vont manquer alors qu’on estime que les fonds d’investissement privés disposent à l’heure actuelle de plus de 1300 milliards en liquidités qu’ils peuvent déployer partout dans le monde.

« La multiplication des fonds d’investissement privés et la présence grandissante de gros investisseurs comme le Fonds de solidarité ou la Caisse de dépôt ainsi que le développement de “family offices” représentent une part importante maintenant dans l’offre de financement de transactions », note Christine Pouliot.

Il y a 20 ans, lorsqu’elle a débuté dans le métier, les investisseurs financiers (les fonds d’investissement privés et les investisseurs institutionnels) ne participaient qu’à 10 % des transactions alors que les investisseurs stratégiques (une entreprise concurrente ou étrangère) concluaient à eux seuls 90 % des achats d’entreprises.

Aujourd’hui, les investisseurs financiers sont impliqués dans au moins 40 % des transactions entre entreprises, avec des niveaux d’intervention différents.

« Un fonds d’investissement privé comme Walter Capital ou Claridge va prendre des participations minoritaires alors que des fonds spécialisés comme Novacap vont prendre des participations majoritaires.

« Ces fonds donnent plus d’options aux entrepreneurs propriétaires qui peuvent vendre 100 % de leur entreprise à un investisseur stratégique, vendre la majorité à un fonds et garder une participation minoritaire ou vendre une portion minoritaire à un gros investisseur comme la Caisse et monétiser une partie de leur entreprise », évoque Christine Pouliot.

Chose certaine, les entrepreneurs propriétaires qui décident de réaliser un transfert familial ou de vendre à un repreneur de l’extérieur doivent prendre un soin particulier à garder en place les employés clés qui ont participé au succès de leur entreprise.

C’est sûr que le but premier d’une vente d’entreprise, c’est de monétiser l’investissement d’une vie, mais les entrepreneurs veulent aussi assurer la pérennité de leur entreprise et ils doivent voir à ce que leurs meilleurs éléments fassent partie de la suite des choses, en leur cédant des actions ou des options avant de réaliser une transaction.

Christine Pouliot, associée, Groupe Transactions, PwC Canada

Christine Pouliot travaille toujours du côté des propriétaires d’entreprise vendeurs qu’elle va accompagner tout au long de leurs démarches, et l’important, selon elle, c’est de bien se préparer et surtout d’avoir une histoire à raconter.

« Ce n’est pas comme vendre une maison où tu mets une pancarte et puis tu attends la visite d’acheteurs. Il faut arriver avec un bel historique de croissance et de bonnes perspectives.

« C’est pour ça qu’on a observé un plateau au cours des deux dernières années. Plusieurs propriétaires ont préféré rétablir leur bilan et attendre que les conditions de financement s’améliorent. Mais le mouvement va reprendre, c’est certain », assure Christine Pouliot.